Société

À quand un congé de naissance suffisamment long et bien rémunéré pour chaque parent ?

le système actuel des congés familiaux en Belgique crée des inégalités entre les partenaires

Dès la naissance d’un enfant, le système actuel des congés familiaux en Belgique crée des inégalités entre les partenaires. Chez les couples hétérosexuels, il renforce les rôles parentaux genrés en assignant les femmes aux tâches de soin et les hommes au rôle de principal pourvoyeur de revenus du ménage. Pourtant d’autres modèles sont possibles, comme le montrent les expériences de pays voisins.

En Belgique, un congé de naissance toujours trois fois plus court pour le père que pour la mère

En Belgique, le congé de maternité est l’un des plus courts d’Europe (maximum quinze semaines, dont dix obligatoires). Malgré son allongement récent, le congé de naissance des pères est trois fois plus court encore (maximum quatre semaines, aucun jour obligatoire).
Il est bien sûr indispensable que les femmes disposent de suffisamment de temps pour se remettre de leur accouchement, créer du lien avec leur bébé et, si elles le souhaitent, allaiter leur enfant. Cependant, elles doivent trop rapidement s’acquitter des soins au bébé seules, dès que leur partenaire a repris le chemin du travail. Les pères et co-parentes ont de facto moins d’opportunités de créer du lien avec leur enfant, tandis que les mères assument la majorité des tâches familiales et domestiques. 
La littérature scientifique a aujourd’hui largement démontré que les habitudes qui se prennent dans la période qui suit la naissance exercent une influence sur l’organisation familiale à long terme. Les femmes vivent la majeure partie de leur congé de maternité sans le soutien de leur partenaire, et les inégalités se creusent ensuite au fil du temps : les femmes sont surreprésentées dans les emplois en temps partiel. Elles ont aussi beaucoup plus recours au congé parental. Ces aménagements liés à leur rôle de mère de famille ont des impacts à long terme sur l’ensemble de leur carrière et de leur rémunération et les exposent donc à plus de risques de vulnérabilité ou de violences économiques.

En Espagne, un changement sociétal important et rapide 

En 2021, l’Espagne est devenue le premier pays au monde à accorder un congé de naissance rigoureusement identique aux deux parents. Chaque parent dispose aujourd’hui de dix-neuf semaines de congé rémunéré à 100% du salaire. Ce congé est non transférable entre parents et les six premières semaines sont obligatoires (pour chacun des parents).
Une étude espagnole récente montre que tant le comportement des pères que le regard de la société ont évolué en seulement quelques années. La grande majorité des hommes y prend la quasi-totalité des semaines disponibles, et les employeurs ont intégré l’idée que l’arrivée d’un enfant implique désormais un congé d’une durée identique pour les deux parents, quel que soit leur genre.

Pays nordiques : l’échec des congés transférables entre parents

Dans la plupart des pays nordiques, les parents peuvent, dans une certaine mesure, se répartir une partie du congé de naissance. Ces pays ont fait le constat que, lorsque les parents peuvent se répartir les congés, ce sont encore et toujours les mères qui en prennent la plus grande partie, et que ce mécanisme est donc inefficace pour instaurer plus d’égalité entre les mères et les pères. La Suède envisage même de complètement supprimer le principe de transférabilité entre parents après avoir constaté que les mères prenaient 72% des congés.
Les pays nordiques s’accordent en revanche pour affirmer qu’instaurer un quota pour les pères et les co-parentes a un réel effet positif sur l’égalité de genre. Aujourd’hui, que ce soit en Suède, en Finlande, au Danemark, en Norvège ou en Islande, chaque parent a un quota individuel de congés non transférables à l’autre parent. Au fil du temps, le « quota paternel » a été progressivement augmenté, et les pères nordiques prennent un congé plus souvent que partout ailleurs dans le monde.

Belgique : aller enfin vers plus d’équilibre

L’accord de gouvernement fédéral prévoit une réforme des congés familiaux, avec la création, annoncée pour 2026, du « crédit familial » : le rassemblement des différents congés familiaux (maternité, paternité, congé parental…) en un pack de congés liés à l’enfant (et non plus à chaque parent). Or, l’expérience des pays nordiques le montre, les stéréotypes de genre sont encore malheureusement trop ancrés pour permettre d’introduire un système de congés transférables qui soit vecteur d’égalité.
La Ligue des familles a posé la question à un échantillon représentatif des parents belges (sondage Dedicated) : s’ils pouvaient se répartir le congé de naissance, à peine 28% des couples se le partageraient à 50/50. Dans la moitié des familles, la mère en prendrait la plus grande partie. Il en va de même en ce qui concerne le congé parental. Évidemment, chaque parent aimerait pouvoir moduler les congés familiaux en fonction de ce qui convient à sa famille. Mais, en pratique, on voit que, si les parents peuvent se répartir les congés familiaux, cela renforce encore les inégalités entre les femmes et les hommes au sein de la famille et dans la vie professionnelle. 
L’accord de gouvernement prévoit bien un mécanisme de « stimulation de la prise de congés par les deux parents ». Si cela se concrétisait sous la forme d’un bonus de congés (par exemple, si le père prend minimum neuf semaines de congé, comme prévu dans une proposition de résolution du CD&V et des Engagés), ce serait, pour la Ligue des familles, une double peine pour les femmes qui assument seules la plus grande partie des tâches familiales : leurs conjoints sont moins présents et, en plus, elles ont droit à moins de congés. Double peine aussi pour les familles à bas revenus qui ne peuvent se permettre financièrement les congés familiaux.

► La Ligue des familles plaide pour des congés égaux et renforcés pour tous les parents, quels que soient le genre, le statut professionnel ou le lien à l’enfant (biologique, adoptif ou d’accueil). Elle appelle à allonger le congé de paternité, à le rendre en partie obligatoire et à mettre à profit la future réforme pour créer un système qui favorise réellement les égalités de genre.