Loisirs et culture
Attention, talent brut ! Marine Schneider a été choisie pour dessiner l’affiche des éditions 2026 et 2027 du prix Bernard Versele. L’occasion de rencontrer cette artiste qui s’est rapidement fait un nom dans le monde du livre, entre rêve réalisé, voyages et créations de liens.
C’était il y a un peu plus de vingt-cinq ans, une fillette s’active dans le garage de son papa transformé en atelier artistique. Si la peinture à l’huile lui est « un peu » interdite, elle s’empare des pastels secs et se raconte des histoires. Les mots et les images se mêlent.
« C’est vraiment le premier métier auquel j’ai pensé. Faire des livres pour enfants. J’en ai fabriqué avant de savoir écrire, je pense. À 10 ans, grosse fierté, je réalise une BD de vingt pages. C’est énorme pour un enfant de cet âge. »
Marine Schneider se revoit dans l’atelier de son papa. Ce n’était pas un peintre professionnel. C’était un hobby. Mais la petite fille qu’elle était nourrissait une certaine frustration : « Je me disais, mais pourquoi je n’arrive pas à faire aussi bien que lui ? ».
Avec le temps, le papa a lui aussi été confronté au talent de sa fille. « Je pense qu’il est fier de moi, il vient souvent voir mes expos, mes séances de dédicaces. Il soutient mon travail ». Jusqu’ici, pas de collaboration entre les deux. « Il m’a bien proposé, à une époque, d’illustrer ses poèmes. Mais on a des univers très différents ».
Son monde à elle, Marine Schneider l’a façonné au gré de ses envies et de ses voyages. Après un bref passage à l’ERG (École de recherche graphique), elle s’en va au Colorado, aux États-Unis, comme jeune fille au pair, « encore un lien avec les enfants ». Elle a 18 ans. Puis retour aux études à la LUCA School of Arts de Gand. C’est à cette époque qu’elle découvre la Norvège.
« J’étais à Bergen pour un Erasmus. J’y rencontre un éditeur norvégien. Je lui tends timidement ma carte de visite avec le nom de mon blog en lui disant que je suis illustratrice. Alors que j’étais encore étudiante ». Le culot paye. L’éditeur l’appelle, lui propose une collaboration avec une autrice. Cela débouchera sur trois livres en norvégien (Je suis la mort, Je suis la vie, Je suis le clown). Ils marqueront les débuts de Marine Schneider dans le monde de la littérature jeunesse.
Dans les yeux de l’ours
Depuis, elle a publié plus d’une vingtaine de livres, dont Hekla et Laki, récompensé d’une pépite d'or au Salon de Montreuil. Encore une histoire de voyage. En Islande, cette fois. « Un volcan est entré en éruption, j’ai été le voir et je me suis dit, il faut absolument que je fasse un livre là-dessus. J’étais fascinée par les couleurs de la lave, de la roche ».
Cette fascination visuelle se double, à ce moment-là, de questionnements autour de la transmission, liés à une maternité toute proche. « Qu’est-ce que je lui transmets ? Qu’est-ce qui lui appartient, à nous, à moi ? ». Le petit au centre de ces réflexions a aujourd’hui 8 ans et un petit frère. Marine a en effet un autre petit garçon, âgé de 5 mois. Le papa du deuxième est dessinateur BD, il s’agit de Jérémie Moreau, artiste de talent, lui aussi, détenteur d’un Fauve d’or décroché à Angoulême en 2018 pour La saga de Grimr. L’environnement est donc propice à l’exposition artistique pour la fratrie.
« Là, récemment, je suis allée à Planckendael avec mon grand fils. On avait tous les deux un carnet. Je trouve que ses animaux étaient tellement mieux que les miens. Plus expressifs. Plus vivants. Il avait une liberté folle. Comme lorsqu’il est chez son papa. Chez moi, j’ai toujours l’impression qu’il se freine. Il se dit peut-être que, de toute façon, je dessine mieux que lui, alors que je suis complètement fascinée par son travail. »
« Petite, j’étais fascinée par Les Trois Brigands de Tomi Ungerer. J’avais très, très peur et, en même temps, je trouvais ça génial. J’oscillais entre deux sentiments. Je le lisais encore et encore »
Les animaux. Il y en a beaucoup dans l’œuvre de Marine Schneider. Au début, elle le concède, c’était pour éviter de dessiner des humains, tâche complexe et intimidante. Puis, elle a trouvé dans cette contrainte auto-imposée un vrai plaisir. « On utilise beaucoup les animaux pour parler de l’humain finalement ». L’ours s’est ainsi fait sa tanière dans l’univers de la dessinatrice. Et cela grâce à son séjour au Colorado.
« Là, lors d’une promenade avec un ami dans les bois, on s’est retrouvé face à un ours. La rencontre a été stressante, mais belle, marquante. Au point que des années plus tard, lorsque l’éditeur Versant Sud m’a proposé de réaliser un album toute seule dans la série les Pétoches qui parlait de la peur au sens large, cette histoire d’ours s’est imposée pour devenir Hiro, Hiver et Marshmallow. Puis a suivi Grand Ours, Petit Ours. »
La lecture qui relie
La question nous taraude. L’autrice raconte-t-elle ses propres livres à ses enfants ? Oui, ça arrive. Mais ce n’est pas comme si elle lisait le livre d’un autre ou d’une autre. « Je me permets ce que je ne me permets pas d’habitude. Je change le texte, par exemple. C’est mon livre, j’en fais ce que je veux (elle sourit) ».
Lorsqu’elle écrit, Marine Schneider pense aux échanges qui pourraient surgir du partage de ses livres. « Ce sont des albums qui amènent des questions, des discussions. Je laisse les choses ouvertes. C’est une chance d’apporter cet espace à l’adulte et à l’enfant. Même si cela peut être difficile d’être confronté à des questions sur la mort, la disparition ».
Son métier, Marine Schneider le considère comme le plus beau, comme l’accomplissement de son « grand rêve de petite fille ». Elle parle, simplement, de cette chance de voir ses livres partagés et lus à travers le monde. Parfois, il y a cette rencontre, cette réaction d’un petit lecteur, d’une petite lectrice qui s’invite en cerise sur le gâteau.
« Il y avait cette petite fille qui vient près de moi et qui me dit : ‘Tu sais comment je m’appelle ? Belette’. C’est l’héroïne d’un de mes livres. En voilà une qui s’était bien approprié mon livre au point d’être dedans. Je trouve ça super chouette. Les enfants, les histoires qu’ils lisent, c’est comme s’ils les vivaient. Vraiment. Quand il était plus petit, mon aîné me disait lorsque je lui racontais une histoire : ‘Mais, c’est vraiment en train de se passer ?’. Il vivait le truc tellement fort que ça faisait battre son cœur à du cent à l’heure. »
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