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Les familles présentes à la manif nationale du 14 octobre : « Plus de justice sociale, moins d'inégalités, l'humain avant le profit »

Article d'ambiance sur la manif nationale avec les parents

Une partie de la rédaction du Ligueur s’est faufilée dans les différents cortèges de la manif nationale ce 14 octobre pour récolter les motivations des parents à venir battre le pavé. Vous y étiez nombreux, nombreuses. Décidé·es. Exprimant vos désirs de changement et vos inquiétudes pour l’avenir.

80 000 selon la police. 140 000 d’après les organisations. On ne va pas rentrer dans la guéguerre des chiffres. Quoi qu’il en soit, au fur et à mesure qu’on approche de la gare du Nord, on voit des citoyens, des citoyennes qui arrivent de toutes les artères de la ville. Différents cortèges marchent le pas léger. Les slogans hurlent dans les haut-parleurs, les pancartes se brandissent, toutes frappées d’une certaine créativité. Au milieu des chasubles et des K-way de toutes les couleurs, des familles.

Plus de 100 000 personnes ont manifesté le 14 octobre 2025

Solidarité, c’est la bonne réponse ?

Si une certaine bonhomie et une bonne humeur contagieuse se font sentir dans l’ambiance générale, le ton s’épaissit quand il s’agit d’exprimer ses préoccupations. « On a le sentiment que tout se détricote, nous dit Louise, maman solo d’un enfant de 3 ans. Il y a comme une violence. Comme une insolence qui va conduire d’abord les plus précaires, puis la classe moyenne vers des vies de plus en plus difficiles. Alors, jusqu’au bout, je serai là pour manifester mon désaccord. Je ne veux pas de cette société de plus en plus inégalitaire ».

Pas loin, Mohamed est accompagné de ses deux enfants de 7 et 9 ans. « Je viens d’abord pour mes enfants. Ce qu’on fait à l’école ne me plaît pas du tout. On la démolit. On va vers une école pour gens fortunés et une autre pour former de la main-d’œuvre bon marché, jetable et remplaçable. Point. Je travaille dur pour offrir un avenir à mes enfants. J’aimerais qu’ils aient la même chance que les autres. Tiens, demandez-leur ce qu’ils en pensent… ». On pose la question à l’aîné. On lui demande s’il est content d’être là. Triste que l’école soit fermée aujourd’hui. Il répond timidement. Quel mot retient-il de tout ce qu’il voit et entend ? « Bah, j’sais pas. J’entends parler de solidarité, mais je ne sais pas si c’est ça qu’il faut répondre… ».

des enseignantes schaerbeekoises et leur panneau "J'en saigne"

Ça ne va pas dans le bon sens

Les conditions des enseignant·es. Les préoccupations des chantiers de démolition à l’école reviennent souvent dans les discours. Tout comme l’accès à la culture ou les coupes budgétaires dans le secteur non marchand, comme l’explique un papa venu manifester en famille face à « un climat général qui ne va pas dans le bon sens », et parce qu'il est sensibilisé par sa compagne qui travaille dans l'aide aux sans-abris.

un père et son enfant venus en soutien

Plus loin, on converse avec des grands-parents, venus manifester avec leurs filles, dont l’une fait partie d’un « orchestre à pied » accessible à toutes et à tous, monté de toutes pièces pour l’occasion. Celui-ci fleure bon la flibusterie. Comme on l’entend au micro, « une manifestation doit être joyeuse, sinon c’est la sinistrose ».
Ce clan intergénérationnel de Molenbeek n'a pas eu le temps de faire des pancartes. Adèle, la maman de deux enfants de 5 et 8 ans, aurait écrit, si elle avait pu : « Plus de justice sociale, moins d'inégalités, l'humain avant le profit ». Elle s'inquiète entre autres de la menace qui pèse sur les allocations familiales, alors que celles-ci « sont déjà peu élevées pour couvrir les frais liés aux enfants ».
Côté grands-parents, ancien·nes lecteurs et lectrices du Ligueur et membres de la Ligue des familles, pensionné·es depuis peu, on déplore une certaine « désillusion » face à l'évolution de la société. « Quand on était jeunes, on avait l'espoir que tout irait vers le mieux, mais aujourd'hui tout se délite », tout en reconnaissant que les valeurs et les idéaux avec lesquels ils ont élevé leurs enfants et aujourd’hui leurs petits-enfants, continuent de vivre et ont pris racine. « Mais ce n’est jamais acquis, on doit poursuivre le combat ». On n’élimine jamais la mauvaise herbe facilement, les rassure-t-on. « La bonne herbe, vous voulez dire », reprend malicieusement Catherine, la grand-mère.

Pas de solution bis

Tout le long des rencontres, on est frappé·es par l’ingéniosité et la façon dont les parents sont informés. Un groupe marche avec des poussettes à côté du cortège de la Ligue des familles. Collectif de parents citoyens, formé pour l’occasion, porté par autant de papas que de mamans. L’une d’entre elles, munie d’une pancarte « Ni mémé dans les orties, ni bébé dans vos conneries », nous explique : « On a eu l’idée de brandir des couches pleines de (faux) caca, pour dire que la coupe et la couche sont pleines. On manifeste avec les enfants parce qu’il n’y a pas de solution bis. Chacun met la symbolique qui lui convient derrière le caca ».

un collectif de parents inquiets des mesures voulues par l'Arizona

Souvent issues du monde de l’enseignement, du secteur social, de la culture, de la santé… les familles viennent avec une double casquette. Celle professionnelle, celle familiale. La fibre, elle, reste la même. Avec autant d’amabilité que d’animosité, on sent qu’elles comptent non pas dire aux politiques, mais bien se faire entendre. La volonté d’être écouté·e revient souvent dans les propos. Le fait de ne pas l’être est alors perçu comme une forme d’injustice. Comme une preuve navrante d’un dialogue impossible qui ne peut aboutir à aucune forme de paix sociale. « La paix ». « La guerre ». La dichotomie, l’affrontement des concepts revient souvent dans les inquiétudes exprimées. « L’ Arizona fait fondre l’espoir ». « L’Arizona est un désert ». Dans cette grande manifestation, la politique menée actuellement est considérée comme provocatrice. Vindicative. Inégalitaire.

lors de la manifestation du 14 octobre, les sages-femmes ont également exprimé ras-le-bol et craintes

Le ton monte, la dynamique se muscle. Lorsque des violences opposent des groupes antifas et les forces de police, des gaz lacrymo s’échappent. La jeunesse a les yeux rougis. Les gorges piquent. On voit des parents sortir le sérum physiologique pour apaiser les enfants. On en discute alors avec les quelques familles qui se détachent du cortège pour rentrer chez elles. Il n’empêche qu’elles comprennent. « Il règne une certaine ambiance anxiogène, nous dit ce papa d’une fille de 10 ans. Mais si nous ne sommes pas entendus, il faudra penser la suite. Revenir encore plus nombreux ? Bloquer le pays pour enfin se faire entendre ? Quoi qu’il en soit, je crois que le message est clair : tout le pays est plus mobilisé que jamais. Et on ne lâchera rien ».

À VOIR

Sur la page Facebook du Ligueur, nous avons récolté différents témoignages de parents et de professionnel·les des différents secteurs présentés dans l’article. N’hésitez pas à les consulter et les diffuser.