Vie pratique

Les grands-parents vus par leurs enfants

Ils ont quitté la branche de la parentalité pour prendre un peu plus de hauteur, mais gardent un œil sur les jeunes pousses. Comment perçoit-on ce rôle de grand-parent, un étage plus bas, chez les parents ? Évidemment toutes les situations sont différentes et il peut y avoir des branches cassées, des ruptures familiales. Mais la sociologie dégage tout de même quelques tendances là où le lien intergénérationnel est encore bien présent. Petit tour d'horizon.

Le temps

« Les grands-parents prennent plus de temps avec les enfants. Comme ils ne les ont pas au quotidien, ils profitent de l'instant. Sans stress, en fait. Il n’y a pas de ‘Dépêche-toi ‘. Nous, en tant que parent avec la routine, le travail, l'école, on a tendance à accélérer le mouvement et à moins prendre le temps qu’eux. »
Sarina
, maman de Loryna, 2 mois, et Loélia,10 ans

« Qu'on ait 65 ou 76 ans, ce qui est vrai, c'est qu'on a plus de temps, confirme Marie-Thérèse Casman, sociologue à l'université de Liège. Là où les parents vont peut-être plus vite s'énerver, les grands-parents vont donner du temps ». Et puis, les gestes étant parfois plus lents en vieillissant, ils sont aussi plus adéquats pour l'apprentissage des plus petit·e·s.

Le plaisir

« Parfois, j’ai l’impression qu’ils se comprennent mieux entre petits-enfants et grands-parents qu’avec nous. Il y a des moments où je pourrais me sentir de trop, où je vois que leur relation leur suffit. C’est alors moi qui reviens avec les choses rationnelles. Par exemple, il m’arrive d’avoir des missions à l’étranger. Ma maman vient deux ou trois jours auprès des enfants. Bien qu’elle essaye de garder le rythme école-activités extra-scolaires, je pense qu’elle prend plus le temps de faire leurs devoirs avec eux, de commencer un jeu de société là où je me dirais qu’on n’a pas toujours le temps en pleine semaine. »
Aline
, maman d'Elea, 9 mois, et Romain, 6 ans

« Le rôle de récréation est très présent chez les grands-parents, confirme Marie-Thérèse Casman. Beaucoup vont organiser des excursions, aller au cinéma ». Et puis, ce témoignage montre aussi que le parent peut laisser la place à une relation bilatérale entre les jeunes pousses et leurs grands-parents. « Des aîné·e·s de notre association nous font part de cette envie de voir un petit-enfant à la fois plutôt que toute la fratrie en même temps, explique Anne Jaumotte de l'asbl Eneo, mouvement des aînés. Cela permet de créer un lien interpersonnel avec chacun et prévoir des activités en fonction de l'âge. En tant que parent, c'est une chose à laquelle on peut être attentif ».

La logistique

« Mes parents m'aident beaucoup pour garder les enfants pendant les congés scolaires. Parfois ils les prennent le week-end afin que nous profitions, mon mari et moi. »
Jessica
, maman de trois filles de 4, 9 et 12 ans

La crise du Covid-19 et l'obligation d'éloigner les grands-parents du noyau familial ont montré à quel point ils étaient indispensables à l'organisation dans certaines tribus. « C'est le principal rôle attendu par les parents auprès des grands-parents : la facilitation, explique Marie-Thérèse Casman. On attend que les grands-parents puissent donner du temps pour aller rechercher les enfants à l'école, les garder quand ils sont malades ou pendant les grandes vacances. On espère bien souvent une aide des grands-parents. Elle est fort appréciée ».

Avec mamy, c'est permis !

« Ils sont plus cool. Par exemple, si les enfants mangent devant la télé, c’est pas grave, alors que quand nous étions petits, il n’en était pas question. Nous devions manger tous ensemble à table. Ils jouent leur rôle de grands-parents qui est vraiment de faire plaisir aux petits-enfants tout en gardant les bases de l’éducation comme dire bonjour, s’il te plaît, merci, au revoir… Ils ont ce rôle de ‘plaisir’, car ils ont un peu plus de temps, même s'ils travaillent encore. »
Sarina
, maman de Loryna, 2 mois, et Loélia 10 ans

Veronika Kushtanina, sociologue à l'université de Franche-Comté (France) a étudié la grand-parentalité et a fait le même constat dans ses entretiens. « J'ai vu des parents, tous les deux militaires, très sévères avec leurs enfants. Devenus grands-parents, ils se lâchaient complètement et ce sont leurs enfants, les jeunes parents, qui devaient leur dire de se calmer, explique la maître de conférences. Soulagés de la responsabilité éducative, les grands-parents se relâchent donc bien souvent avec le petit-fils, la petite-fille ».

Les grands-parents actifs

« Ils sont pensionnés depuis peu. En théorie, ils devraient avoir un peu plus de temps, mais ils sont encore actifs dans plein d’autres domaines. Ce sont des grands-parents qui emmènent leurs petits-enfants faire des excursions, qui entament des activités. La semaine dernière par exemple, ma maman était là parce qu’on organisait l’anniversaire de Romain qui avait 6 ans. On avait donc une activité organisée avec 8 copains et copines. Mamy est venue aider. Elle a aussi participé. Elle joue avec eux. »
Aline
, maman d'Elea, 9 mois et Romain, 6 ans

Le travail de Veronika Kushtanina montre qu'il n'y a pas de lien entre le fait de travailler et le fait de s'occuper de ses petits-enfants. « Tous les grands-parents ne s'occupent pas de leurs petits-enfants de manière régulière, explique la sociologue. Dans les milieux plus diplômés, les grands-parents vont avoir davantage d'activités, dont des loisirs qu'ils vont partager avec leurs petits-enfants. Ils vont les garder une fois par semaine maximum. Et à côté, les parents de milieux moins instruits peuvent dédier plusieurs années de leur vie aux petits-enfants. Ce sont deux tendances différentes ».

Des mamys gâteau

« Mes parents ont aujourd’hui 83 et 82 ans. Quand Roxanne est née, ils en avaient trente ans de moins et quand Nicolas est né, ils en avaient douze de plus. Ça change déjà énormément entre les enfants. Mes parents étaient clairement capables de faire plus de choses à 50 ans. Ma maman a commencé à avoir des problèmes de dos avec le dernier alors que ma première lui montait dessus. Les premiers ont davantage fait des crêpes, de la confiture et des gâteaux avec elle que le dernier. »
Patrick
, papa de Roxanne, 29 ans, Vadim, 24 ans, et Nicolas, 17 ans

« On ne peut pas mettre tous les grands-parents dans le même sac. Les réalités sont très hétérogènes », explique Marie-Thérèse Casman. Et on voit que ça évolue non seulement au fil du vieillissement, mais aussi avec les changements sociologiques. « Le contexte a énormément évolué sur ces cinquante dernières années, surtout avec l'activité professionnelle des femmes. Elles ont toujours travaillé, mais, aujourd'hui, elles travaillent en dehors de la maison. À la fois, les jeunes femmes actuelles doivent trouver un équilibre entre vie privée et professionnelle, mais aussi les grands-mères qui ont encore parfois une activité professionnelle ». L'image de la mamy gâteau n'est plus la référence.

La transmission

« Ils apportent une autre vision de la vie aux enfants que celle qu'on leur donne en tant que parents. Le partage, l’histoire… on se surprend à avoir des conversations comme : ‘Quand tu avais mon âge, il n’y avait pas de téléphone, de TV en couleur ou d’internet’. Je trouve que c’est bien de savoir d’où on vient et savoir qu’on peut compter les un·e·s sur les autres. Si mes enfants ont un problème, je sais qu’ils peuvent aussi compter sur leurs grands-parents. Ils sont là dans les bons comme dans les mauvais moments. C’est très important de garder ce lien familial. »
Sarina
, maman de Loryna, 2 mois, et Loélia, 10 ans

« Le rôle de mémoire familiale est important avec les grands-parents, explique Marie-Thérèse Casman. Les photos surtout : on va montrer aux petits-enfants papa ou maman quand ils étaient petits, les grands-parents jeunes, mais aussi les arrière-grands-parents. Ça permet d'inscrire les enfants dans leurs racines. Ils mettent des visages sur les générations qui les précèdent ». Des éléments qui permettent de créer son identité, de (re)découvrir l'histoire familiale en tant que parent, mais aussi de ne pas avoir de stéréotypes sur les personnes âgées. « Quand les ados ont une relation de qualité avec leurs grands-parents, ils ont moins de stéréotypes sur les aîné·e·s, explique Marie-Thérèse Casman. Le fait d'avoir connu et d'avoir une bonne relation avec elles donne une vision positive de la vieillesse des autres et de la sienne ».

La différence de point de vue

« Mes parents sont des bons vivants. Tant qu’on est sur la rigolade, ça va. Mais dès qu’on commence à parler de sujets plus sensibles comme la politique, etc., ça tourne assez rapidement au vinaigre, car les enfants et les grands-parents n’ont pas du tout les mêmes visions politiques. On ne va donc pas parler immigration, racisme, etc., autour de la table. On a appris à ne pas les aborder. »
Patrick
, papa de Roxanne, 29 ans, Vadim, 24 ans, et Nicolas, 17 ans

Cette confrontation de points de vue, même si elle n'est pas toujours agréable, permet d'accepter le fait qu'on peut avoir des opinions différentes. Mais il arrive aussi que les avis se rejoignent entre aîné·e·s qui ont connu le travail de la terre et les ados d'aujourd'hui, comme l’explique Anne Jaumotte d'Eneo. « Faire de la confiture avec mamy et s'occuper du jardin, ça peut paraître cliché. Mais, figurez-vous que pas mal de membres de notre association le font avec leurs petits-enfants. Ils se retrouvent sur des valeurs comme l'écologie, le besoin de justice, la protection de la nature... ».

 


M.-L. M.
 

 

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