Développement de l'enfant

Les parents et l’angoisse du risque

Le 13 mars 2012 au matin, nous avons été réveillés par cette terrible nouvelle : vingt-deux enfants et leurs six accompagnateurs adultes avaient trouvé la mort dans un accident de la route en rentrant d'une semaine en classe de neige. Comment apaiser nos enfants qui doivent monter (bientôt) dans l'autocar qui les emmera en classe de neige ou en classe verte ?

Deux ans après l'accident de Sierre qui a fait 28 morts, dont 22 enfants, la commémoration vient rappeler aux mémoires les émotions suscitées par le drame. Même si nous avons éteint la radio ou la télé pour les protéger d'une information continue, ils ont absorbé notre angoisse comme une grande éponge.

Contenir ses émotions, mais aussi les nôtres…

Les enfants ont impérativement besoin de se sentir rassurés par les parents, par les adultes qui les entourent. C'est ce qu'on appelle la fonction contenante.
Le modèle, c'est la jeune maman qui vient au secours de son bébé. Elle lui parle de manière rassurante lorsqu’il pleure : « Mon pauvre chéri, tu as peut-être faim, froid, tu es fatigué... ». Elle met des mots sur ce que le bébé ressent et qu'il ne comprend pas, elle répond adéquatement au besoin de son petit. En deux mots, elle reconnaît l'état émotionnel de son enfant, digère pour lui cet état en donnant du sens à ce qu'il vit et lui redonne la possibilité de penser l'impensable.
Mais c'est bien difficile de contenir les émotions et angoisses des enfants quand on est soi-même débordé par les nôtres. Contenir les angoisses et émotions, les siennes, les nôtres, c’est un peu comme les poupées russes qui s'emboîtent les unes dans les autres. Il faut d'abord reconnaître notre état, le nommer, dire aux enfants que nous sommes profondément touchés. Et partager avec d'autres adultes pour se faire aider.

Des infos qui nous aident

Raconter, mettre en récit, avoir des réponses aux questions, recevoir quelques nouvelles sont des manières d'apprivoiser les craintes, les peurs, les émotions.
De là, l'importance des informations données par les médias. Les interviews des responsables de la sécurité routière par exemple, qui ont répondu à ces parents qui affirmaient que les voyages en car étaient la pire des choses. Ils ont rassuré, chiffres à l'appui, qu’au contraire, ces voyages sont parmi les plus sûrs. Ou encore, les informations concernant l'efficacité remarquable des services de secours. Ces émissions donnent des outils pour apaiser les émotions trop fortes. Pourvu qu’elles ne soient pas déferlantes car l'information en continu entretient une tension émotionnelle ininterrompue, ne permet pas de prendre du recul, nous empêche d'être disponible à l'enfant.
Les Suisses ont donné un bel exemple à ce sujet. Ils n'ont pas diffusé de nouvelles en continu, mais des conférences de presse avec des informations claires, à des moments précis de la journée évitant ainsi cette escalade émotionnelle du flot ininterrompu de nouvelles.

Gérer l’après-coup

Comment gérer l’après-coup ? Les enfants plus grands vont parler entre eux, avec les instituteurs, avec les parents de ce qui est arrivé. Comme pour les adultes, cette mise en récit est une manière d'apprivoiser cette émotion trop violente. Ils vont aussi chercher des réponses aux multiples questions qu'ils se posent. Pour les plus jeunes cela risque d'être différent. Ils ne poseront peut-être pas de questions, sidérés par l'émotion de leurs parents, émotion qu'ils ne comprennent pas nécessairement, mais qu'ils ressentent. Retrouver un peu de sérénité est donc primordial afin de se rendre disponibles aux petits.
Ce terrible accident va laisser des traces dans les mémoires et chaque voyage de nos enfants va en réactiver le souvenir. Il faudra du temps pour ne plus trop stresser !
Mais l'angoisse du risque ne doit pas nous immobiliser et encore moins immobiliser nos enfants. La meilleure façon de les protéger est de les informer des dangers quotidiens sans en faire des catastrophes inévitables. Les accidents de la route sont une des principales causes de mortalité, mais on peut tomber dans l'escalier et se casser le cou, oublier une plaque de cuisson et risquer l'incendie... On ne peut pas rester cloîtré chez soi au fond de notre lit sous prétexte qu'il y a du danger partout.
Les enfants ont besoin d'être protégés : d'abord par les adultes, mais ils doivent, petit à petit, apprendre à se protéger eux-mêmes. Pour cela, il faut leur permettre de faire des expériences en fonction de leur développement, de leurs compétences, de leurs capacités. Ni trop, ni trop peu. Ils en sont bourrés, de compétences. Faisons-leur confiance. L'autorité n'enferme pas, elle autorise. Elle donne les limites dans lesquelles les enfants peuvent évoluer en toute sécurité.
Le 19 mars au soir, comme si la vie était une infernale ritournelle, le JT s’est ouvert sur la tuerie de trois enfants et d'un parent à l’entrée d’une école en France. Pas le temps d’éteindre le poste. Notre petit était là, dans la pièce, tellement absorbé par son jeu que nous nous sommes mis à espérer qu’il n’ait rien entendu de cette terrifiante actualité. Nous n’en parlerons pas devant lui non plus, mais nous resterons attentifs au moindre signe d’angoisse.



Mireille Pauluis

L’ANGOISSE CHEZ LES 4-6 ANS

Les enfants en âge d’école maternelle peuvent exprimer leurs angoisses :  

  • à travers des difficultés d'endormissement
  • avec des questions qui semblent ne plus rien avoir avec l'événement passé.
  • en mettant en scène dans leurs jeux des situations d'accidents ou de catastrophes

À nous, parents, d'être particulièrement à l'écoute de ces signes. Même s'ils sont petits, les enfants de cet âge ont besoin de raconter afin d'apprivoiser la peur qu'ils ont lue dans nos yeux et qu'ils ont ressenti d'autant plus fort qu'ils ne comprennent pas toujours tout.

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