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Sexisme numérique : l’Écosse en campagne

Campagne contre le sexisme en Écosse

Le gouvernement écossais a lancé une nouvelle campagne de sensibilisation destinée aux garçons et aux jeunes hommes pour lutter contre la diffusion de contenus misogynes et masculinistes en ligne. Les familles sont aussi invitées à réfléchir sur le sujet. L’initiative vise à encourager une réflexion critique pour contrer le fait de liker, partager ou commenter ce type de publications.

Diffusée depuis le 16 février, et pendant cinq semaines, sur Instagram, Snapchat, Twitch, YouTube ainsi que dans les espaces publics, la campagne qui vient d'être lancée par le gouvernement écossais met en scène des situations du quotidien pour illustrer les conséquences bien réelles du sexisme en ligne. Dans un des clips, un garçon regarde une vidéo sur son téléphone tandis qu’une voix off rappelle que « le contenu sexiste n’est jamais anodin, il blesse des femmes dans la vraie vie, y compris celles que tu connais ». Les émojis à l’écran se transforment alors en visage d’une jeune fille bouleversée qui ressemble à celle assise à côté de lui, soulignant l’impact concret de ses comportements numériques.

Une campagne qui vise aussi les parents

Le Premier écossais, John Swinney, se dit « profondément préoccupé » par la montée de la misogynie en ligne, rappelant que les réseaux sociaux occupent une place centrale dans la vie des jeunes et que beaucoup sont exposés à des contenus nocifs sans les rechercher. Il a insisté sur le rôle que peuvent jouer les garçons et les hommes en choisissant de ne pas interagir avec ces contenus afin d’en limiter la propagation. L’objectif : éradiquer les violences faites aux femmes et aux jeunes filles.
La campagne s’adresse également aux parents. Les vidéos rappellent que « 3 filles sur 4 âgées de 11 à 16 ans ont vu ou subi du sexisme » et encouragent les familles à discuter des effets des contenus misogynes. Des conseils pour entamer ces conversations sont proposés via une plateforme Parent Club Scotland.

Les méfaits de la manosphère

Développée en collaboration avec White Ribbon Scotland, organisation engagée dans la prévention des violences faites aux femmes et aux filles, la campagne se veut avant tout éducative. Rebekah MacLeod, responsable du projet, souligne qu’il existe souvent un décalage entre les comportements en ligne et leur perception dans la vie réelle. Selon elle, les algorithmes et certains contenus issus de la « manosphère », cet ensemble de réseaux où circulent des discours masculinistes et antiféministes, contribuent à banaliser des attitudes dangereuses, influençant parfois des adolescents en quête de repères.
À travers cette campagne, l’Écosse cherche donc à freiner la normalisation du sexisme en ligne. Une initiative saluée pour sa clarté, mais qui relance plus largement la question du rôle des plateformes et de leurs algorithmes dans la diffusion de contenus problématiques.

« En moins de vingt minutes, un jeune peut être exposé à des contenus misogynes et masculinistes simplement à cause des recommandations automatisées »

VU DE BELGIQUE

« Un vidéo bien pensée »

Ce débat trouve écho en Belgique. Delphine Langlois, cheffe de projet au CVFE (Collectif contre les violences familiales et l’exclusion), accueille positivement l’approche écossaise, qu’elle juge « bien pensée », avec « des vidéos courtes et un message clair ».
Elle y voit une avancée importante : « On peut se réjouir qu’on vise à responsabiliser les potentiels auteurs et acteurs, c’est nécessaire ». Delphine Langlois reprend aussi les propos de Rebekah MacLeod et insiste sur un second volet qu’elle estime fondamental : la responsabilité des plateformes numériques. Selon elle, les logiques algorithmiques amplifient mécaniquement les contenus polarisants et radicaux : « En moins de vingt minutes, un jeune peut être exposé à des contenus misogynes et masculinistes simplement à cause des recommandations automatisées. Les algorithmes nous entraînent dans un véritable 'rabbit hole' ». Ce trou de lapin est une expression qui recouvre ce phénomène qui veut que les algorithmes guident les usagers numériques vers des contenus toujours plus spécialisés, parfois nocifs, sans que nous en ayons conscience. C’est une référence au lapin blanc d’Alice au Pays des Merveilles.

Une enquête en cours

Au CVFE, de nombreuses jeunes filles expriment un sentiment de lassitude face à ces contenus. « On demande souvent aux victimes comment réagir ou se protéger, mais le problème n’est pas toujours pris à la source », souligne Delphine Langlois. Cette dernière plaide pour davantage de transparence et de régulation des mécanismes de recommandation.
La question mobilise également les acteurs du secteur jeunesse en Belgique. Le Forum des Jeunes mène actuellement une large consultation sur les réseaux sociaux concernant le genre et les discours masculinistes auprès des 16-30 ans. Les résultats de cette enquête seront publiés mi-mars, l’initiative témoigne d’une préoccupation croissante et générale autour de ces dérives numériques.
Enfin, Delphine Langlois appelle à la vigilance des parents. Parmi les signaux d’alerte : des changements de discours, une dégradation de la perception des femmes ou l’adoption d’expressions issues de ces sphères en ligne. « L’enjeu n’est pas de surveiller, mais de maintenir le dialogue ».

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