Développement de l'enfant
EN RÉSUMÉ
Les IST bactériennes sont en hausse en raison de la baisse de l’utilisation du préservatifPour les jeunes, l’accès facile et gratuit aux préservatifs est l’enjeu majeur et les politiques doivent apporter une réponse concrèteLes parents ont un rôle essentiel : informer en répondant aux questions
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Certaines persistent en nombre, d’autres font leur retour alors qu’on les croyait disparues. Eh, oui, on vous parle des IST, les infections sexuellement transmissibles, qui viennent encore trop souvent s’infiltrer dans la vie sexuelle des ados et grand·es ados.
Il y a quelques semaines, à l’occasion de la semaine européenne du dépistage, l’asbl O’YES (Organization for youth education & sexuality) lançait avec ses partenaires – le site depistage.be et l’asbl Ex Æquo - une nouvelle campagne de sensibilisation et d’actions de terrain. L’objectif : faciliter l’accès aux préservatifs et renforcer la prévention auprès des 18-30 ans.
On entend bien les quelques parents souffler et lancer que « quand même, c’est un peu de l’argent foutu en l’air. Que ce genre d’initiative n’a plus trop lieu d’être et que les jeunes sont assez bien au courant en la matière ». Pourtant, en réalité, si elles se font un peu moins présentes dans les médias ces derniers mois, les IST (infections sexuellement transmissibles) restent au cœur de l’actualité des grand·es ados.
« On a tendance à beaucoup se baser sur la chlamydia, l’IST la plus dépistée, dont les diagnostics sont en baisse de 10% entre 2023 et 2025, explique Janice El Founti, chargée de projets chez O’YES. C’est une bonne nouvelle, mais elle est à pondérer. Ces dernières années, il y a eu plusieurs rapports européens et belges intermédiaires qui confirment une hausse continue des IST bactériennes. Gonorrhée et syphilis ont, par exemple, progressé respectivement de 6% et 12% ».
On dépiste plus, mais…
Avouez que cela incite quand même à la réflexion… Peut-être que la dernière fois que vous avez entendu parler de ces deux IST remonte à une lecture très XIXe siècle où Balzac, Flaubert ou Maupassant s’étalaient sur leurs maladies dans leurs écrits ! Cela dit, une première question se pose alors : comment en est-on arrivé·es à cette situation ? Première réponse, tout en rationalité et en mathématiques : il y a plus de dépistages, donc plus de diagnostics positifs rencontrés. Mais ce n’est évidemment pas la seule raison. Ce que nous apprend Janice El Founti.
« Le pourquoi est multifactoriel et s’inscrit dans une tendance générale à la hausse autant européenne que mondiale. On pourrait évoquer la multiplication du nombre de partenaires sexuel·les, ce qui augmente forcément les risques, mais le principal facteur reste la baisse de l’utilisation du préservatif. Elle s’explique notamment par le fait que le VIH fait moins peur, que les jeunes savent que le sida n’est plus aussi mortel. Parallèlement, on connait beaucoup moins les autres IST, donc on zappe plus facilement la capote. On pourrait aussi parler du porno et du cinéma mainstream qui ne montrent presque jamais à l’écran des préservatifs. Tous ces éléments participent clairement à un manque d’information côté jeunes ».
Le manque d’information, sans aucun doute le cœur du problème. On fait un petit test rapide avec Roméo et Albane, 19 et 20 ans, croisé·es dans la rue. Quand on leur demande quelles sont les IST que le couple connait, il bloque après deux réponses : HIV et herpès. « Le HIV, c’est parce que mes parents m’en ont beaucoup parlé à cause du sida, c’était un vrai truc flippant quand ils étaient jeunes. L’herpès, je connais parce qu’une copine en a eu », confie Roméo. « On voit des affiches à l’unif, par exemple, mais j’avoue que je ne fais pas super gaffe, enchaine Albane. Je me sens pas hyper concernée alors qu’en fait, je le suis complètement… ».
« Dans les pays qui font de la prévention, du dépistage, qui donnent un accès facile et gratuit aux préservatifs, on voit clairement que ça fonctionne »
Oser la gratuité et le remboursement
Pour remédier à cela, campagnes et actions de terrain sont indispensables. Seulement, on ne touche pas l’ensemble de la population par ces moyens. Comment pourrait-on faire mieux ? Si on regarde de plus près ce qu’il se fait en Belgique, on voit que l’accès aux préservatifs n’est pas évident. Ils sont un peu remboursés par la mutuelle (de 30 à 75€ par an selon l’opérateur), mais encore faut-il le savoir, avoir les moyens de payer la partie non remboursée ou, tout simplement, ne pas être sur la mutuelle parentale comme c’est le cas des mineur·es, ce qui pourrait être gênant. C’est donc pour cela que la campagne « Tu sais où trouver des capotes gratuites ? » a été mise en place pour Bruxelles et la Wallonie via le site depistage.be.
« In fine, c’est le gouvernement qui doit bouger, parce que c’est un enjeu politique, explique Janice El Founti. Dans les pays qui font de la prévention, du dépistage, qui donnent un accès facile et gratuit aux préservatifs, on voit clairement que ça fonctionne. Dans l’idéal, il faudrait donc que la gratuité des préservatifs soit généralisée, que le dépistage soit aussi remboursé. Le renforcement des campagnes de sensibilisation et de l’Évras (ndlr : éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle) font également partie des actions à mener. L’Évras a toute sa place à l’école, par exemple, tant on voit aujourd’hui sur le terrain la méconnaissance sur la transmission des IST par rapport aux différentes pratiques sexuelles. »
La bonne ressource, c’est vous
En matière d’éducation, ceux qui ont également un impact, ce sont encore vous, les parents. Avec un rôle tout simple, mais parfois difficile à remplir : informer vos enfants. En résumé, vous êtes invités à faire de l’éducation à la sexualité à la maison, comme vous pouvez prodiguer de l’éducation aux médias. L’objectif en vue est de rendre vos ados et grand·es ados acteurs, actrices de leur santé sur la base d’une information fiable.
« Ce qui me paraît le plus important à dire aux parents, c’est qu’ils ont tout intérêt à être capables de répondre aux questions de leurs enfants et de faire sentir que l’espace pour poser ces questions existe, souligne Janice El Founti. L’enjeu est essentiel, puisqu’il s’agit de maîtriser ses ressources. Dans le cas contraire, le risque est que les jeunes aillent chercher des infos ailleurs, via le porno ou les réseaux sociaux. Et là, c’est la catastrophe, notamment à cause des algorithmes. »
La chargée de projets ne manque pas de rappeler que les parents ont aussi le droit de ne pas être à l’aise avec ces questions. Dans ce cas, il existe des brochures, le site depistage.be, les centres de planning familial, un large réseau associatif ou encore l’appui de proches qui peuvent prendre le relais. « À ces parents moins à l‘aise, on peut aussi dire de faire confiance à leurs enfants, voire de penser à inverser les rôles. Les ados ont généralement assisté à des animations Évras et peuvent aussi expliquer à leurs parents tel terme ou ce qu’est telle IST. Fonctionner comme ça peut ouvrir plein de portes pour un dialogue constructif ».
EN SAVOIR +
IST, de quoi parle-t-on ?
Il existe deux types d’IST :
- bactériennes ou parasitaires : chlamydia, syphilis, gonorrhée, trichomonas, mycoplasma genitalium, vaginose bactérienne.
- virales : VIH, herpès génital, hépatite (A, B, C), HPV.
Bonne nouvelle, généralement, les IST, qui, rappelons-le, se transmettent lors des rapports sexuels, se traitent (bactériennes) ou se soignent (virales). Leurs conséquences sont rarement graves, sauf quand on tarde à les traiter.
Pour aller plus loin, on ne peut que vous inviter à consulter depistage.be/ist ou de pousser le portail des fédérations de centre de planning familial, adressé spécifiquement aux ados. Modes de transmission, symptômes, conséquences, bonnes pratiques… tout est présenté de manière hyper claire et pédagogique.
BON À SAVOIR
HPV, vaccination gratuite jusqu’à 30 ans
Étendu une première fois aux garçons de 12 à 18 ans en 2022, le remboursement du vaccin Gardasil contre le HPV l’est à tous les jeunes adultes de 19 à 30 ans. Pour rappel, le papillomavirus humain peut être responsable de six types de cancer, dont ceux de l’utérus, de la gorge et de l’anus.
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