Crèche et école

Tout et rien, c’est pas un métier !

Betty, maman de Matt, 14 ans 
« La filière technique, du gâchis ? »

Mon fils ne sait pas encore dans quoi s’engager. Un coup il nous parle de devenir jardinier, puis soudeur, pour nous dire que tout compte fait, ça lui irait très bien de ne rien faire. Depuis quelques mois, il semble mollement décidé : ce sera la cuisine. Alors qu’il n’a jamais cuit ne serait-ce qu’un œuf. Il parle de se former auprès d’un grand chef, d’apprendre les ficelles du métier et plus tard monter sa propre affaire. Seul problème, ce monde nous est complètement inconnu à mon homme et à moi. Et je trouve que c’est un peu jeune pour s’engager dans une voie qui ne permet à aucun moment de faire machine arrière.
Son père et moi, nous nous méfions des métiers-passions. On voit des cuisiniers partout à la télé. La gastronomie est à la mode, c’est sûr que ça aide à susciter des vocations. Mais qui nous dit que c’est un secteur qui a de l’avenir ?
Une amie m’expliquait que c’est un environnement très dur. Très porté sur la discipline. Ce qui ne correspond pas du tout à l’état d’esprit de mon fils. Ce qui embête aussi son père, c’est qu’il est plutôt bon à l’école. Est-ce que ce n’est pas dommage de gâcher son potentiel dans une filière technique ? Voilà, en gros, où on en est. Matt est plus décidé que nous, mais pour combien de temps ? Et si, dans deux ans, il nous annonce qu’il veut être astronaute, comment réagir ? Je sais bien que l’on ne doit pas décider pour lui, mais peut-être que l’on peut lui éviter de faire des bêtises ? C’est aussi notre rôle de les éviter, ces grosses bêtises, non ?

Nicolas, papa de Jules, 16 ans : « Il veut monter sa marque ! »
Je me pose la même question avec mon gamin qui veut monter un magasin de vélos. Là, maintenant, sorti de nulle part. Il veut apprendre la mécanique, puis apprendre à dessiner des vélos et monter sa marque. Avant cela, il ne nous a jamais parlé d’orientation. Ça nous semble un peu soudain. Qui sait comment et pourquoi naît une vocation ?

Sandra, maman de Léa, 17 ans : « Un peu de tout et beaucoup de rien »
Je trouve ça formidable quand des jeunes s’engagent dans une voie ! Pour ma part, j’ai une fille qui est aussi bonne en sciences que dans les matières littéraires et pour elle, impossible de faire un choix. Rien ne ressort. Comme si elle allait rester à l’école toute sa vie avec des matières générales. Elle a des parents profs, peut-être que ça n’aide pas non plus !

Aurélien, papa d’Hadrien, 16 ans : « Un grand point d’interrogation »
Je suis dans la même situation que Sandra. Hadrien est en 5e et aime un peu tout. Pas de façon nette. En tout cas, l’orientation, l’avenir, ce sont des notions un peu vagues. Il hésite entre beaucoup de filières que je trouve un peu fourre-tout. Peut-être du droit. Peut-être de la socio. Peut-être de l’histoire. Un grand point d’interrogation est planté, là. On ne veut pas lui mettre de pression, mais on ne peut pas ne rien faire non plus.

Nadia, maman de Mike, 18 ans : « Mettons-les en contact avec l’entreprise »
Reconnaissons que tout ça, c’est une sacrée pression pour nos jeunes. On fait tout un truc de l’orientation. Je déplore énormément que les gamins perdent en moyenne quatre-cinq ans dans le supérieur à se demander toutes les dix secondes s’ils sont bien à leur place. L’avenir professionnel est fantasmé à cet âge-là. Ils sont déconnectés de la réalité. Une fois diplômés, ils sont jetés dans le grand bain, d’un coup sec. Pourquoi l’école ou les filières supérieures ne se fondent-elle pas plus dans l’entreprise ? On pourrait y multiplier des stages dès le secondaire, juste pour que les gamins goûtent à un métier. Ce n’est pas grand-chose à organiser, ça.

Stella, maman d’Enzo, 18 ans : « Une année sabbatique au top »
Mon fils termine son année sabbatique. Il a enchaîné plusieurs missions un peu partout à travers le monde. Nous avons trouvé ensemble plein de combines pour qu’il voyage le moins cher possible. Des associations qui financent les trajets, d’autres qui proposent hébergements et repas, comme sur www.wwoof.org, des organismes qui encadrent les jeunes, etc. Il est ravi. La seule exigence est qu’il garde un œil sur ses cours. Il étudie les sciences agronomiques, tout évolue très vite. Il a des copains qui lui font suivre des cours pour qu’il ne soit pas largué quand il reprendra à la rentrée.

L’avis du Siep

Rien n’est jamais figé

Matt ne va jamais en cuisine ? Faites en sorte qu’il fasse un peu d’observation dans différents restaurants. Vous connaissez forcément l’ami d’un cousin qui bosse dans l’Horeca ! Ici, il va être question d’être rapide, de respecter la hiérarchie. Si, à 14 ans, vous estimez qu’il n’a pas la maturité suffisante, il a le temps de l’acquérir.
Autre inquiétude des parents : ne plus pouvoir faire machine arrière. Rassurez-vous, on peut toujours changer d’option. Nous voyons des jeunes qui ont des projets professionnels très réfléchis. Enfin, ce n’est pas parce qu’il a de bons résultats qu’il faut s’inquiéter du choix de la filière technique. Arrêtons une bonne fois pour toutes de la considérer comme une voie de relégation.

Pas d’idée ou trop d’idées ?

L’objectif des parents, ce n’est pas de dire oui ou non. Il s’agit en réalité de décider son enfant à prendre la bonne décision. Pas d’idée ? Les jeunes ont plein d’infos sans le savoir. Basez-vous sur des questions du type « Qu’est-ce que tu aimes ? », ou « Quel secteur t’attire ? ». S’orienter, c’est partir de soi. Le plus important, c’est surtout d’opter pour les études qui conviennent le mieux. Si vraiment rien ne ressort, ça peut-être lié à d’autres problématiques. Pourquoi votre enfant n’est-il pas prêt à se mettre en projet ? Ça peut être un signal. On est rarement aussi rigoureux que créatif. Il faut donc aider votre enfant à trier. Et si vraiment un choix est impossible, informez-vous sur les journées portes ouvertes, les tests et les rencontres avec des professionnels.

Parole d’entrepreneur

François Clément, chef d’entreprise : « S’autoriser à être libre »

Je retrouve beaucoup de choses à travers l’histoire de Matt. À son âge, je voulais trouver une orientation qui me permettrait de gagner rapidement mon indépendance. Partir du bas de l’échelle et monter mon business. Mais j’avais de bonnes notes et pour mes parents, il était hors de question que je m’embarque dans ce qu’ils considéraient comme une sous-orientation. J’ai 47 ans et, à l’époque, qu’un bon élève s’engage dans un métier technique, c’était une bêtise. Ma passion, depuis toujours, c’est l’écologie, mettre ma pierre à l’édifice et lutter contre la pollution. Je suis porté par cette conviction depuis que j’ai 13-14 ans. Je voulais tout apprendre des moteurs pour créer une voiture propre. Direction quali’ (ndlr : enseignement technique de qualification), j’ai même obtenu un diplôme (CESS) qui me permettait d’aller à l’université. Mais je voulais travailler vite, au grand dam de mes parents. Puis j’ai commencé à m’intéresser aux voitures électriques. J’ai acquis un niveau d’ingénieur. J’ai travaillé dans les plus grandes boîtes en Belgique, en Allemagne, en France et aux États-Unis. Et aujourd’hui, je lance mon entreprise de moteurs à air comprimé.



Yves-Marie Vilain-Lepage

Les ficelles du Ligueur

Choisir vite, choisir bien. Quelle terrible exigence pour les jeunes ! Ici, à la rédaction, on n’est pas bien vieux et on la sent encore cette pression qui déjà pesait sur nos épaule il y a quinze ans. Mais les ados d’aujourd’hui savent qu’ils abordent un marché de l’emploi plus compliqué encore, pour ne pas dire chaotique. La direction à prendre est donc précieuse. Et pourquoi ne pas souffler avant de se jeter à l’eau ? Un petit séjour à l’étranger, une expérience bénévole, une mission ou l’autre. Attention, les experts rappellent qu’il est important que cette respiration serve à alimenter les réflexions et pas à repousser l’heure du saut de l’ange. Veillez aussi à ce que cette année sabbatique ne constitue pas une rupture avec la continuité scolaire. Enfin, ce type de projet se prépare avec soin. AFS, WEP et SIEP s’accordent à dire que c’est un projet qui se mûrit au moins un an à l’avance.

Pour l’aider à s’orienter

Pour son année sabbatique 

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