Développement de l'enfant

Un coup d’avance sur les retards à l’école

Le réveil qui sonne. Réveiller les enfants. Habiller tout le monde. Faire le petit déj. Se brosser les dents. Mettre chaussures et manteaux. Ne pas oublier les cartables. Trop tard, les portes de l’école viennent de se fermer. Ça va barder ! Quoi de plus normal ? Mais quelle est la solution alors ? Comment l’école peut-elle réagir ? Faisons sans tarder le tour des solutions les plus créatives avec des enseignants et des parents.

Vous avez peut-être lu nos actualités sur le web depuis juillet dernier à propos du projet de la commune de Forest d’exclure temporairement les enfants après trois retards cumulés dans l’année. Le dernier en date (3 retards et c’est la porte) a suscité un vaste débat auprès des parents. Certains d’entre vous nous ont alors soufflé l’idée de faire le tour des bonnes idées. Ça tombe bien, Bernard De Vos, Délégué aux droits de l’enfant, interviewé sur le sujet, incite la communauté scolaire à être la plus créative possible. Ce qui suit prouve alors qu’il y a des tas d’initiatives sûrement plus constructives que l’exclusion d’un enfant. À essayer, peut-être ?

Quand l’école fait pression auprès des parents

Sonia, directrice d’une école maternelle :
« Une réunion de sensibilisation »

Ce que je trouve injuste dans le fait d’exclure des gamins en primaire et en secondaire, c’est que l’on sanctionne des enfants pour la faute des parents. Nous, on procède différemment. On convoque les parents au bout de plusieurs retards. Combien ? Pas beaucoup. Que l’on ne se mente pas, la caste des retardataires, on la repère tout de suite.
Donc, dès les premières semaines, on organise une réunion avec plusieurs parents - à laquelle ils arrivent en retard ! - pendant laquelle on les sensibilise. On leur explique qu’il est important de commencer à 9h pile parce qu’on fait telle ou telle activité. On leur montre quelles conséquences ont les retards des uns des autres sur la classe. On sent qu’après ils font des efforts. Même si on est loin des miracles espérés.

Octave, papa de deux enfants de 6 et 9 ans :
« Un retard = une immersion »

L’école de mes enfants ne rigole pas du tout avec la ponctualité. Ce qui n’a jamais été mon fort. Dès le début de l’année, nous avons été prévenus : les retardataires vont devoir compenser. C’est-à-dire qu’au bout de 2-3 retards à répétition, la maîtresse de ma fille s’est mise raccord sur mon emploi du temps. Puis, elle m’a expliqué que j’allais devoir passer une matinée à ses côtés pour réaliser quelles conséquences mon manque de ponctualité pouvait avoir sur la façon dont sa classe se déroule. J’ai réalisé que, en plus, c’était une manière de montrer à l’institutrice que je prenais son métier au sérieux. Alors que j’y allais à reculons, ça a été génial. Et même si je cours encore beaucoup le matin, je dois reconnaître que ça m’a aidé à prendre conscience de l’impact que causent les quelques minutes après que la cloche ait sonné.

Quand les enfants sensibilisent les parents

Hannah, professeure dans le secondaire :
« Un spectacle l’air de rien »

Depuis plusieurs années, nous axons les spectacles à l’école autour de la problématique scolaire. L’alimentation, l’exclusion, par exemple. L’an dernier, la thématique portait justement sur les retards. Des tout-petits de maternelle jusqu’en 3e primaire. Contrairement à ce que je pensais, l’impact a été plus important au moment des répétitions que le spectacle en lui-même.
Beaucoup de parents nous ont rapporté que les enfants les pressaient en leur glissant des phrases du type : « Mais tu ne te rends pas compte que c’est un manque de respect au règlement de l’école ? ». Sans prendre le dessus, mais juste pour leur faire comprendre qu’ils faisaient partie d’un projet et que c’était important pour eux de montrer qu’ils y adhéraient. On a eu de très bons retours. De là à dire que l’on a réglé la question de la ponctualité, c’est très exagéré…

Aline, maman de deux enfants de 3 et 6 ans :
« Les enfants messagers »

Donc, je suis la présidente de l’association de parents d’une école communale de Forest. Nous nous battons depuis l’été dernier contre ce projet de la commune d’exclure un enfant temporairement pour une question de retard. À la rentrée, nous avons décidé de prendre les devants, en concertation avec la direction, et d’imprimer tout un tas de cartes postales réalisées avec toutes les classes, sur les bons comportements à adopter.
Du coup, une fois par semaine, les gamins sortent de leurs cartables leurs réalisations. Ça leur permet d’expliquer, par exemple, les rites qu’ils mettent en place dès le matin et pourquoi la ponctualité est cruciale. Comme les enfants sont impliqués, les parents le sont aussi. Il est encore trop tôt pour juger, mais j’ai l’impression que ça fonctionne. Hélas, ça ne change rien chez les éternels retardataires. Chez eux, ça s’apparente à du mépris, c’est clair. Je comprends la colère des établissements forestois. Mais exclure des enfants, c’est la pire idée qui soit.

Quand les parents livrent leurs trucs pour ne pas se mettre en retard

Tricia, maman solo de deux enfants de 4 et 6 ans :
« Deux règles auxquelles je me tiens »

J’ai sondé pas mal de personnes autour de moi, tellement cette histoire de retards m’obnubile. Je suis hyperponctuelle dans la vie, mais dès que je me déplace avec mes enfants, c’est le drame. Alors, je me suis fixé deux objectifs, basés sur mes discussions avec mes copines.
Le premier : être toujours prête avant que les enfants ne se réveillent. Douche, habillage, préparation du petit déj et après seulement, je vais réveiller mes petits boulets. Si possible avec les vêtements prêts. Ça implique un réveil qui sonne plus tôt le matin, pour être plus efficace. Le deuxième est beaucoup plus simple : il ne faut rien vouloir faire d’autre. Certains regardent la télé, d’autres lisent les journaux, d’autres encore veulent remplir quelques documents administratifs. Stop. Le matin c’est réveil-petit déj-mômes-voiture-école. Point barre.

Yoni, papa de trois enfants de 3, 5 et 8 ans :
« Ni Dieu, ni maître, juste un timing »

Mon fils aîné m’appelle « Timing ». Je répète le mot sans arrêt. C’est devenu mon mantra. À la fois pour l’école, mais pour toute l’organisation de la semaine et du week-end. J’avance avec un timing réaliste. J’insiste sur le mot réaliste. Inutile de se fixer dix trucs à faire, c’est frustrant plus qu’autre chose.
Chez nous, l’efficacité est à son nirvana quand on sépare les enfants. C’est-à-dire qu’on réveille le plus petit (le plus à la traîne le matin) que j’habille, pendant que sa mère prépare le petit déj. Je le descends. Je remonte chercher la cadette et réveille l’aîné. Je m’occupe un peu de la cadette. « La culotte. Le collant. Allez, allez, vite ma puce. Timing ». Pendant ce temps, l’aîné s’habille seul. On mange. « Timing », on sait qu’après 7h50, on est dans la zone rouge. On a un réveil sur le gsm d’ailleurs. Tout le monde monte se brosser les dents avec maman, je nettoie la table. « Timing ». En voiture. Non seulement, on est jamais en retard, mais en plus toute la petite troupe voit ça comme un jeu.

Charlotte, maman d’un petit garçon de 4 ans :
« Les premiers à l’école »

J’en avais assez d’arriver toujours in extremis à l’école. De courir, de ne pas avoir le temps de dire bonjour aux parents, de commencer la journée hyperstressée au boulot. Alors, j’ai changé mes habitudes. Avant de me coucher, je prépare les affaires de mon fils et les miennes. Je gagne peut-être 10-15 minutes grâce à ça. Ensuite, je mets trois alarmes le matin sur mon téléphone. Une pour le réveil. Une autre pour la fin du petit déjeuner et une dernière pour dire qu’il est temps de partir.
Notre objectif ne consiste pas à se dire : « Il faut que l’on soit à l’heure », mais bien « On arrive les premiers ». C’est devenu un jeu avec la maîtresse. Elle ouvre sa classe un peu avant 8h et demie et nous sommes là. Et quand on arrive les premiers, soit trois matins sur cinq en moyenne, elle félicite mon fiston et il l’aide à installer la classe. Il est trop fier. Et moi, je vais au boulot le cœur léger.

Quand ils sont grands et tout aussi en retard

Delphine, directrice d’une école primaire :
« Tes parents vont t’accompagner »

Les retards, ce n’est pas que la faute des parents. Ça m’arrive tous les ans d’avoir des kets qui viennent seuls et qui, grisés par cette liberté, traînent et arrivent en retard. Les parents n’en savent rien et l’école a l’obligation de les faire rentrer. C’est très problématique et je trouve que l’on en parle peu. Alors, prévenir les parents au bout de plusieurs retards, c’est le minimum. Mais ce n’est pas suffisant.
Nous, on a une ruse. On prévient l’élève. « Un retard de plus et on va devoir demander à tes parents de t’accompagner jusqu’à la fin de l’année ». Ça ne marche pas ? On met à exécution ce plan. Un parent ne peut pas ? Alors on s’arrange avec d’autres qui habitent dans le coin. Et là, je peux vous dire qu’à 100 % des cas, les gamins viennent me voir en me jurant qu’ils feront des efforts.

Nathalie, maman solo d’une petite fille de 10 ans :
« En semi-liberté »

Ma fille va à l’école seule depuis l’an dernier. Et si ça se passe bien dans l’ensemble, elle papillonne parfois et arrive très tard. Ce qui me panique d’abord pour sa propre sécurité. Son école a fait plusieurs remarques. Et comme nos emplois du temps ne coïncident pas, je ne peux pas me charger du transport.
La solution ? Elle sort le matin et à la moitié du chemin, elle retrouve sa copine accompagnée de son papa (qui est un ami) à un lieu de rendez-vous. Ils terminent la route ensemble. Et comme ça, si elle ne se pointe pas à l’heure, non seulement elle craint de se faire gronder et en plus je reçois tout de suite un coup de fil de mon pote pour me dire que ma fillette n’est pas à l’heure. C’est arrivé une fois. Depuis elle semble beaucoup plus responsable et je songe même à lui redonner sa totale liberté. Hé oui, ça se mérite.



Yves-Marie Vilain-Lepage

Le saviez-vous ?

Comme le souligne Delphine, la directrice d’école primaire, c’est contre la loi d’interdire l’entrée de l’établissement à une élève. François Bertrand, chargé d’études de la Ligue des familles, spécialiste des matières scolaires, nous confirme que l’exclusion est interdite, sauf cas extrêmes comme le stipule le décret du 24/7/1997 définissant les missions prioritaires de l’enseignement.
L’exclusion temporaire est jusqu’à présent interdite par le législateur qui prévoit de laisser toute la place au dialogue et à la prévention, comme le stipule le décret du 15/12/2006. L’idée : renforcer le dispositif des « services d’accrochage scolaire » qui portent sur diverses mesures en matière de règles de vie collective au sein des établissements scolaires.

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