Santé et bien-être

Une nouvelle piste pour combattre la dyslexie

Deux chercheurs de Rennes, en France, pensent avoir identifié l’une des causes de la dyslexie. Ce trouble de l’orthographe et de la lecture serait étroitement lié à une malformation oculaire, avancent Albert Le Floch et Guy Ropars. Ces physiciens, spécialistes de la lumière, ont mis au point une lampe spéciale qui permet de limiter grandement, affirment-ils, les difficultés rencontrées par les dyslexiques.

C’est une découverte qui, à en croire Albert Le Floch, pourrait à terme contribuer à faciliter le quotidien de nombreuses personnes présentant une dyslexie. Avec son collègue Guy Ropars, ce chercheur s’intéresse depuis une quinzaine d’années à la sensibilité de l’œil humain comme récepteur du faisceau de lumière. Et c’est ainsi que, de travaux en travaux conduits dans leur laboratoire de physique des lasers, au sein de l’Université de Rennes, ces scientifiques en sont venus à se pencher de très près sur ce trouble de l’orthographe et de la lecture qui selon certaines estimations concerne, à des degrés divers, 700 millions de personnes dans le monde.
On savait de longue date que nos deux yeux ne voient pas tout à fait la même chose, que chacun d’entre nous a un œil « directeur ». Autrement dit, chaque rétine, qui contient des centaines de millions de neurones et qui est directement reliée au système central via le nerf optique, adresse des informations légèrement différentes au cerveau, qui privilégie systématiquement l’un ou l’autre œil.

Un œil directeur, l’autre pas

En moyenne, pour deux tiers des personnes, c’est l’œil droit qui est « directeur ». Pour la plupart des autres, c’est au contraire le gauche. Paradoxalement, cette asymétrie est nécessaire au cerveau pour « bien » voir et surtout « bien » lire. Or, chez environ 5 % des personnes, le cerveau ne privilégie pas, à chaque fois, un œil à l’autre, parce que les informations qu’ils lui adressent sont trop ressemblantes.
« Nous avons voulu savoir pourquoi un œil est directeur et pas l’autre. Et pourquoi aussi certains n’ont pas d’œil directeur », indique Albert Le Floch. C’est ce qui l’a amené à s’intéresser à une toute petite zone, de l’ordre de quelques millimètres carrés, située à l’arrière de la rétine. La fovéa renferme les cônes les plus petits, les plus fins, de couleurs bleue, verte et rouge. Et au centre de cette zone, sur 100 à 150 microns de diamètre, on trouve une petite partie sans cônes bleus, comme l’ont mis en évidence les deux chercheurs. Pour ce faire, ils inventé un nouvel appareil, un « fovéascope » qui projette la lumière à travers des filtres bleus et verts, la personne soumise au test étant invitée à tracer à la main les contours de ce qu’elle voit.
Deux groupes ont participé aux expériences. Dans l’un, trente étudiants identifiés par le service médical de l’université comme dyslexiques (et bénéficiant à ce titre d’un tiers-temps supplémentaire pour composer lors des examens). Dans l’autre, trente autres jeunes gens ne présentant a priori aucun trouble dyslexique. « Chez les personnes qui n’ont pas de problème de dyslexie, l’œil directeur voit une tache ronde, tandis que l’œil non directeur perçoit une forme qui ressemble à un ballon de rugby déformé, indique Albert Le Floch.

Image primaire et image miroir

Chez les dyslexiques, en revanche, la fovéa de chacun des deux yeux est ronde. Une drôle d’anomalie oculaire qui serait donc à l’origine de ce trouble. C’est elle qui entraînerait « l’effet-miroir » qui conduit par exemple de nombreux dyslexiques à confondre les lettres d et b et rend difficile bien des apprentissages.
Forts de cette découverte, présentée en détail dans la revue britannique Proceedings of the Royal Society B, les deux scientifiques rennais ont cherché un moyen de combattre la dyslexie. Objectif : aider le cerveau à privilégier les informations adressées par l’un des deux yeux pour créer l’image que voit la personne. Autrement dit, faire en sorte qu’il n’ait pas à choisir entre deux signaux trop semblables.
Albert Le Floch et Guy Ropars ont constaté dans les hémisphères opposés du cerveau l’existence d’un délai de l’ordre de 10 millisecondes entre l’image primaire et la fameuse « image miroir » qui vient perturber son fonctionnement. Aussi ont-ils l’idée d’« effacer » cette deuxième image source de confusion. Comment ? En mettant au point une lampe à LED basée sur le principe du stroboscope, une lampe qui s’éteint un infime laps de temps - correspondant au délai d’apparition de l’« image miroir » - et se rallume à raison de 80 fois par minutes. Un appareil qui produit donc des flashs à répétition, imperceptibles à l’œil nu.

Entre espoirs et prudence

Placés devant cette « lampe magique », comme l’ont baptisée certains étudiants participant aux tests, les dyslexiques parviennent à lire avec beaucoup plus de facilité, affirme Albert Le Floch. L’Université de Rennes a engagé des démarches pour obtenir un brevet. Un industriel breton s’intéresse à ce prototype et envisage de produire l’appareil.
Si elles sont de nature à susciter beaucoup d’espoirs, la découverte de cette cause possible de la dyslexie et l’invention d’un dispositif pour y remédier sont toutefois accueillies avec prudence par d’autres spécialistes ou professionnels. D’aucuns estiment que les tests menés méritent d’être reproduits à plus grande échelle. Et Albert Le Floch invite lui-même d’autres laboratoires à s’en saisir.
La Fédération française des dys fait elle aussi montre d’une grande circonspection : « Cette étude est difficile à apprécier car ses méthodes sont peu conventionnelles », estime-t-elle, et qu’elle est, par ailleurs, « déconnectée de tout le reste de la recherche sur la dyslexie ». Et de poursuivre : « Elle ne peut de toute évidence pas expliquer les aspects phonologiques de la dyslexie, qui concernent, selon les études, 60 à 95 % des cas ». Par le passé, d’autres causes avaient été évoquées par des scientifiques, notamment celles d’amas de neurones qui, pour des raisons possiblement génétiques, affecteraient le fonctionnement des zones cérébrales de la lecture.



Denis Quenneville

En pratique

Des livres pour donner aux « dys » le plaisir de la lecture

Les éditeurs proposent un nombre croissant d’ouvrages destinés aux enfants dyslexiques. C’est le cas par exemple de Belin qui, avec le concours d’une équipe d’universitaires, de linguistes et d’une directrice d’école spécialisée, a créé en 2016 une collection de littérature de jeunesse contemporaine pour les 8-12 ans. Les niveaux 1 et 2 comportent essentiellement des graphèmes (lettres ou groupes de lettres) fréquents de la langue françaises (r, a, on…). Les niveaux 3 et 4 présentent des graphèmes plus complexes comme « br » ou « pl ». Belin a fait appel à des auteurs de talent comme Timothée de Fombelle (Brune) ou Agnès de Lestrade (Victor l’inventeur). Parmi les autres éditeurs, Nathan propose aussi une collection qui met des succès de la littérature à la portée des lecteurs dyslexiques.

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