6/8 ans

« Si tu n’as pas de bons points,
tu ne viendras pas avec nous… »

« Tu es une gentille fille, alors sois gentille aussi avec maman ». « Pour me faire plaisir, fais ceci… ». « Tu es le plus beau, le plus grand, le plus fort, alors… ». Voilà des phrases que nous employons régulièrement pour obtenir ce que nous voulons de nos chers petits. Inconsciemment, le plus souvent, nous tombons dans la flatterie. Serions-nous des parents manipulateurs ? Leur faisons-nous du chantage ? Tout est évidemment question de nuance…

« Si tu n’as pas de bons points, tu ne viendras pas avec nous… » - Thinkstock

Les enfants ont, en général, envie de faire plaisir à leurs parents et les parents ont envie de faire plaisir à leurs enfants. Lorsque votre enfant revient avec un bon bulletin, de beaux résultats sportifs ou artistiques, vous êtes contents et… lui aussi. C'est réconfortant de voir le sourire de papa et de maman. Quel bonheur de pouvoir parler de tout cela ensemble !
Les enfants ont besoin de sentir leurs parents fiers de les voir grandir. C'est là le principal moteur de leur croissance et de leurs progrès : observer l'émerveillement dans les yeux des adultes qui les regardent. Ceux qui ne voient pas ces mille et une étoiles n'évoluent pas facilement. Ils ont l'impression de ne pas avoir assez de valeur, de ne pas être suffisamment bien, de ne pas être dignes d'être aimés.
Cette mauvaise estime de soi est un possible facteur de difficultés scolaires, de problèmes affectifs ou de comportement, car « À quoi cela sert-il de bien grandir, d'apprendre, d'être sympa si je n'en vaux pas la peine ? »

Quand faire plaisir devient une obligation

Le plaisir doit être partagé : « Cela me fait plaisir de te faire plaisir ». Si, par contre, faire plaisir devient une obligation, une pression, alors c’est la porte ouverte au chantage, à la manipulation. « Si tu n'es pas sage, je vais être triste, déçu, je ne t'aimerai plus » : ça, c'est du chantage, c'est une prise de pouvoir affective !
Ou encore : « Si tu n'as pas de bons points ou si tu ne fais pas ceci ou cela, tu n'auras pas telle chose, tu seras privé de telle autre, tu ne viendras pas avec nous... » : là, on est du côté de la menace. Le parent qui menace n'exerce pas son autorité, mais manifeste son pouvoir sur l'enfant : « Je suis le parent et tu dois faire ce que je dis, sinon gare à toi. »
Le pouvoir interdit et ne respecte pas. L'autorité, au contraire, autorise : elle délimite ce qui est permis. Elle définit l'espace où il fait bon vivre ensemble, où chacun peut évoluer sans trop de danger, sans se sentir menacé.

Établir un contrat positif

À l'inverse du chantage, on peut établir un contrat positif avec l'enfant : « Si tu as de bons résultats, on se fera un cinéma, une balade...». C'est la différence entre la carotte et le bâton. Quel parent n'a pas menacé ses chers mignons de les déposer au bord de la route s'ils continuaient de se battre ! Bien souvent, nous n'avons en effet pas d'autre ressource que la menace mais, dans la mesure du possible, autant l'éviter.
Peut-on alors promettre à l'enfant des sous ou un cadeau s'il rend service ou s'il a un beau bulletin ? Avoir un beau bulletin, rendre service, ce n'est pas du côté du matériel, ni de la possession concrète. C'est un enrichissement d'un autre ordre. Pour parler comme les philosophes, on est du côté de l'être, pas du côté de l'avoir. Ce n'est pas ce que nous avons matériellement qui fait de nous ce que nous sommes.
Par contre, faire un contrat en vue d'un projet partagé, d'un moment privilégié confirme l'intérêt que nous portons aux progrès de l'enfant : nous sommes fiers de ses réalisations et nous avons envie de fêter ensemble ses exploits.

Manipulation ou motivation ?

Ce plaisir de faire plaisir restera, espérons-le, tout au long de la vie. Mais ce ne doit pas être la seule motivation des enfants. Ils sont avides d'apprendre, de découvrir, d'inventer. C'est bon pour eux. Si votre enfant apprend des choses, c'est lui-même qu'il enrichit, sa tête à lui qu'il remplit, pas la vôtre ou celle de son instituteur.
S'il fait un effort de gentillesse à la maison, s'il rend service, l'ambiance familiale sera plus cool et tout le monde en profitera, lui compris. Il faut donc aider les enfants à s'approprier le bonheur de grandir : « Je suis très heureux de voir tes progrès, mais encore plus de voir que tu es toi-même fier de toi. »
La nuance entre manipulation et motivation est assez subtile. Elle tient surtout dans l'intention que met le parent dans son discours. La motivation que ressent l’enfant l’encourage, le fait grandir. L'objectif à atteindre concerne l'enfant, pas la satisfaction du parent.
La manipulation, le chantage ont d’abord comme objectif la satisfaction du parent. C'est le parent qui a envie pour lui, parce qu'il a une idée de ce que doit être l'enfant, qu'il met des exigences, des contraintes, qu'il profère des menaces si cet objectif n'est pas atteint.
Chaque enfant vient au monde avec un panier de compétences, mais aucun n'a toutes les compétences dans son panier (heureusement, sinon nous serions tous identiques !). À nous d'aider le nôtre à découvrir ses talents et à les faire fructifier avec bonheur, sans chercher à lui imposer des performances dans d'autres compétences que les siennes.

Mireille Pauluis

EN PRATIQUE

Pour motiver sans flatter :

  • Soyez curieux de ce qui intéresse votre enfant ;
  • Réjouissez-vous de ses performances ;
  • Commencez par regarder les plus beaux points de son bulletin avant de pointer les moins bons ;
  • Permettez-lui d'essayer différents sports ou activités : il pourra ainsi choisir ce qui lui convient le mieux.
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