Vie de parent

Commentaire: l’incompréhension légitime des parents face au Codeco

On a dormi dessus. Pour ne pas le commenter à chaud. Mais le Codeco de ce vendredi fait encore office de rendez-vous raté. Singulièrement avec les parents. Les différentes mesures présentées, hier, manquent de cohérence, de perspective et de transparence. Résultat, c’est le déficit de confiance à tous les niveaux.

Commentaire: l’incompréhension légitime des parents face au Codeco

« Je ne comprends pas leur logique de fermer dix jours à partir du 20 décembre. Cela aurait été plus logique à partir du 6. » Celle qui parle ainsi n’est pas une contestataire anti-machin ou anti-truc. Non, elle s’appelle Angélique et a réagi sur notre page en tant que maman dubitative. Elle est plutôt du genre prudent, ses enfants mettent ainsi le masque lorsqu’ils sortent. Les mesures sanitaires, elle est donc plutôt preneuse. Mais là, elle cherche un sens aux mesures et n’en trouvent pas.

Du côté des parents qui veulent préserver leurs libertés, qui dénoncent notamment le port du masque en classe, c’est aussi la grogne. Plus forte que jamais. Marie Hélène s’énerve : « Honte à ce gouvernement qui sacrifie l'éducation de nos enfants. Certes le virus circule au sein des écoles, mais les enfants sont peu malades, voire asymptomatiques. Et les adultes ont tous eu l'occasion de se faire vacciner donc ne seront pas touchés de manière grave par le virus. Il est grand temps d'apprendre à vivre avec ce virus. Les soins de santé et l'éducation devraient être les piliers de notre société. Nous en sommes loin... malheureusement. »

Résignation et contradiction

Bref, le Codeco semble avoir perdu pour de bon le citoyen dans les méandres des négociations politiques. Le spectacle présenté, hier, entre un ministre-président flamand comptant les points et des francophones résignés, a plus que jamais nui à une nécessaire union pour gérer cette pandémie. Le ministre-président de la fédération Wallonie-Bruxelles expliquait qu’il ne dirait pas ce qu’il pense du masque tandis que sa ministre devait présenter les mesures aux acteurs de l’enseignement en FWB. « La ministre? Elle semble résignée, loyale face aux mesures prises au Codeco, mais résignée », nous confiait, hier, un des participants à la réunion.

C’est bien ça le problème, personne ne semble convaincu par ces mesures à part ceux qui ont décidé d’en faire des trophées politiques. Prenons le masque, si plusieurs experts côté néerlandophone poussent à son utilisation dès l’âge de six ans, d’autres infectiologues et épidémiologistes doutent de sa grande efficacité. « L’impact sera minime » lâchait Marius Gilbert sur la RTBF lorsqu'on évoque le port du masque en classe. Tandis que Pierre Smeesters, infectiologue pédiatre, nous expliquait dans un article que, s’il ne doutait pas de l’efficacité du masque, son utilisation intensive chez les enfants le laissait perplexe.

Vaccination et suspicion

Ce qui passe mal aussi, c’est cette nouvelle ligne directrice du gouvernement qui pointe les enfants comme vecteurs de la maladie. « C’est nouveau, ça » nous disait un responsable syndical visiblement énervé. Et lorsqu’on sait qu’hier, la possibilité d’une campagne de vaccination pour les plus de 6 ans a été remise sur la table, les esprits s’échauffent.  « Ridicules. Ridicules, ces mesures. Tout ça pour faire vacciner nos enfants. Honteux » s’emporte Nancy.  « On les voit venir avec leurs gros sabots et la vaccination des enfants dès 5 ans comme certains voisins » complète une autre.

Cette levée de boucliers est légitime. Hier, rien n’a été fait pour amener de la transparence et de la clarté. Les discours des experts s’entrechoquent dans les médias avec des avis pas toujours concordants, notamment sur l’efficacité de telle ou telle mesure, réelle ou envisagée (masque pour les enfants, vaccination obligatoire, etc.). Les gouvernements en remettent une couche au sein du Codeco avec des négociations qui ne relèvent pas du sanitaire, mais bien du jeu de pouvoir et d’influence. Pas étonnant que les parents, les citoyens ne s’y retrouvent plus.

Divisions et questions

Là, la situation est devenue franchement invivable, le vivre ensemble s’étiole au gré des divisions qui surgissent à tous les niveaux (experts, monde politique, population). Comment faire adhérer les citoyens à des mesures sans que les responsables politiques ne paraissent convaincus de leurs décisions ? Comment convaincre les parents des mesures concernant l’école lorsque celles-ci manquent de logique ? Si la situation est grave à ce point, pourquoi attendre le 20 décembre pour fermer le fondamental ? Pourquoi revenir à de l’hybride en secondaire alors qu’on nous disait, début de semaine, que la situation y était mieux maîtrisée grâce au port du masque ?       

Reste l’ironie comme vaccin face à cette situation. « Le corona est super intelligent en tout cas, lisait-on, hier dans les commentaires de notre page Facebook. Il attaque les écoles la semaine avant Noël (pauvres petits enfants), mais il n’attaque pas les magasins 3 semaines avant les fêtes où c'est bondé de gens ». Sara ajoute : « Et pendant ce temps, on va au stade de foot. »

Pour ramener un minimum de confiance, le Codeco va devoir sérieusement se rattraper. Le spectacle donné hier a été lamentable. Tant dans son déroulé que dans sa conclusion. Cela prêterait à rire s’il n’était question de soins de santé surchargés, de protection des plus fragilisés, de santé mentale et de libertés malmenées.

Thierry Dupièreux

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