Vie de parent

L’effet de la parentalité
sur les carrières des femmes et des hommes

La Banque nationale de Belgique a publié cette semaine une étude sur l’effet de la parentalité sur les carrières des femmes et des hommes. La conséquence principale se révèle être une pénalité pour les femmes et un bonus pour les hommes.

L’effet de la parentalité sur les carrières des femmes et des hommes

Depuis les années 80, le marché du travail s’est fortement féminisé. Il était de 36% en 1983 et est passé à 62% en 2019. Dans la même vague, l’écart du taux d’emploi entre les hommes et les femmes s’est aussi réduit, passant de 33% en 1980 à 7% en 2019. Cependant, l’écart en termes d’heures ouvrées n’a pas suivi le même mouvement : une différence de taux d’emploi exprimée en équivalents temps plein entre les hommes et les femmes était tout de même encore de l’ordre de 18% en 2019.

La persistance de cet écart est intrinsèquement liée à la parentalité. Elle n’aura pas la même incidence sur le rapport au travail d’une femme ou d’un homme. Dans son étude, la BNB en analyse les conséquences, les causes et les éventuelles solutions. Le Ligueur vous en livre ici un résumé.

Les conséquences sur le taux d’emploi

► Pour les femmes

• En tenant compte des caractéristiques individuelles (âge, province de résidence, niveau d’éducation, statut matrimonial), une mère a 3,2% de chances de moins d’être en emploi qu’une femme sans enfant.
• Pour les femmes ayant deux enfants, ce pourcentage est réduit à moins de un.
• Les femmes ayant trois enfants ou plus sont contraintes de quitter (au moins temporairement) le marché du travail, de sorte qu’elles subissent une pénalité en matière d’emploi de 9%.

► Pour les hommes 

• Un père a 5,3% de chances de plus d’être en emploi qu’un homme qui n’a pas d’enfant.
• Le papa pour la première fois en aura 7,3% de plus qu’un homme qui n’a pas d’enfant.
• Le papa qui arrive à son deuxième enfant en aura 7,8% de plus qu’un homme qui n’a pas d’enfant.
• Cette plus grande probabilité d’emploi se réduit lorsque le ménage de l’homme compte trois enfants ou plus.

Les conséquences sur la réduction du temps de travail 

► Pour les femmes

La probabilité qu’une mère travaille à temps partiel est 9% plus élevée que celle d'une femme sans enfant présentant des caractéristiques similaires, travaillant dans le même secteur et exerçant la même profession.

► Pour les hommes

Un père ayant les mêmes caractéristiques personnelles qu'un homme sans enfant, travaillant dans le même secteur d'activité et exerçant le même type de profession, sera moins susceptible, à hauteur de 2,3%, de travailler à temps partiel.

Les conséquences sur l’évolution des carrières

► Alors que l’égalité des genres est vérifiée dans les autres professions classées comme hautement qualifiées (à savoir les professions intellectuelles et scientifiques ainsi que les techniciens et les professions intermédiaires), dans le management, à peine 33 % sont des femmes.
Les femmes sont plus susceptibles de devenir managers de services aux entreprises et d'administrations, d'hôtels et de restaurants, de services professionnels ou de commerces.
Les hommes ont plus de chances de devenir directeurs dans l'industrie et les services TIC, directeurs généraux et chefs d'entreprise, ou encore législateurs et hauts fonctionnaires.
► Cette situation est la conséquence des différences de genre constatées dans les choix d’orientation des études.

Les causes : les normes sociales

Les normes sociales semblent avoir un impact direct sur ces chiffres, sur le processus décisionnel au sein des ménages et sur la pénalité liée à la maternité. Ce sont les règles qui déterminent les comportements et les attitudes, les préjugés et les valeurs, ainsi que les codes de conduite et les croyances. Elles sont intériorisées par les individus dès leur plus jeune âge et influencent la perception et l’estime de soi. Une femme aura donc tendance à privilégier son rôle de maman plutôt que sa carrière ; elle passera plus de temps que les hommes aux tâches ménagères, aux soins et à l’éducation des enfants. D’un autre côté, les stéréotypes sexistes freinent également les hommes désireux de passer du temps avec leurs enfants.

La solution proposée : de nouvelles normes sociales

Au lieu d'encourager les mères à concilier travail et famille, impliquer plus amplement les pères dans la vie de famille.
Un congé parental d’une même durée, comme en Suède.
Rendre les services de garde d’enfants plus abordables et plus adaptés aux horaires d’un travail à temps plein.
Sensibiliser les femmes à la possibilité de choisir tout type d’études, même celles qui ne leur semblent pas accessibles, comme par exemple les technologies de l'information et de la communication.

L’étude de la BNB se clôture en rappelant que ces normes sociales ne pourront changer qu’à partir du moment où tous les acteurs de la société s’impliquent. Elle souligne en particulier le rôle de l’environnement (famille, ami·e·s, enseignant·e·s, etc.) et des médias, qui influencent les attitudes et les comportements dès le plus jeune âge.

A. D.

Le point de vue de la Ligue des familles

Du côté de la Ligue des familles, on a lu ce rapport avec attention. Lola Galer, chargée d'études, partage son opinion par rapport à l'état des lieux et aux solutions proposées par la BNB.

« Ce rapport de la BNB confirme que les femmes sont sous-représentées sur le marché du travail et qu’elles portent le coût professionnel lié à la parentalité. Lors de la naissance d’un enfant, les femmes perdent 43% de leurs revenus, alors qu’aucune diminution similaire n’est observée chez les pères. L’une des principales raisons de l’absence (partielle) des femmes sur le marché du travail est la difficulté de concilier travail et responsabilités familiales : ce sont les femmes qui assument davantage les tâches domestiques et de soins aux enfants et aux proches. Une des clés pour influencer sur la répartition égalitaire des temps est l’existence de droits égaux à participer à la naissance de son enfant, à s’impliquer dans son éducation et à en prendre soin. Dans ce cadre, la Ligue des familles revendique un allongement du congé de paternité/coparentalité à quinze semaines - pour qu’il soit équivalent à celui de la mère - et de le rendre obligatoire pour permettre à tous les pères/coparents d’en bénéficier sans craindre de répercussions professionnelles. Augmenter la durée du congé de paternité à quinze semaines rendrait la situation des femmes et des hommes sur le marché du travail  davantage équivalente suite à une naissance. Il est impératif que les congés parentaux soient rémunérés à 100%... La Ligue des familles plaide également pour la création de nouveaux congés pour mieux couvrir les besoins des parents, tels que le congé de conciliation ou le congé enfant malade. »

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