6/8 ans

« Papa, maman, comment saint Nicolas
se glisse dans la cheminée ? »

En cette fin d’année, vos enfants vous questionnent peut-être. Raconter l’histoire, oui. Leur mentir ouvertement, non. Et si renvoyer la question était le bon plan ?

« Papa, maman, comment saint Nicolas se glisse dans la cheminée ? »

« Comment la petite souris sait-elle où elle doit aller ? C’est la même souris qui visite toutes les maisons ? », questionne Paul, 7 ans et demi, à l’heure du coucher. Un brin mal à l’aise, sa maman se tortille dans le lit et répond : « Ce sont de bonnes questions. À mon avis, elles sont plusieurs à se répartir le travail, mais je ne sais pas trop comme je ne les ai jamais vues ». Raconter des histoires, tout parent sait faire. Mais quand il est question de répondre aux interrogations de sa marmaille, c’est une autre paire de manches.

Sur le sujet, les avis divergent. Certains parents ne sont pas raccord avec toutes ces histoires, comme Niels*, papa de deux garçons de 5 et 7 ans. « Pour moi, ce ne sont pas des histoires, c’est un mensonge qu’on raconte aux enfants pour l’amusement des adultes et dans l’intérêt des magasins. On demande à nos enfants de ne pas mentir et on s’octroie le droit de le faire, ça me met mal à l’aise ». « Qu’est-ce qui fait la différence entre ces légendes qu’on perpétue et d’autres pour lesquelles on avise clairement l’enfant que ce n’est pas vrai ? », questionne-t-il.

Au pays imaginaire de l’enfance

Si Jean-Yves Hayez, pédopsychiatre, partage la valeur d’honnêteté chère à Niels, il ne considère pas pour autant l’histoire de saint Nicolas ou du père Noël comme étant un mensonge. « Ces légendes entretiennent l’imaginaire des enfants, ils en ont besoin pour grandir et se développer. L’imagination est une fonction cognitive à part entière chez les enfants ».

Quant à la question du coût-bénéfice autour de ces légendes, le pédopsychiatre répond : « Je pense que l’enfant a plus à perdre si on lui dit la vérité. Selon son âge, il risque de se sentir perdu, triste, voire exclu par rapport aux autres enfants. Je dirais même qu’on est plus du côté de la vérité en entretenant l’imaginaire de l’enfant ».

Mireille Pauluis, psychologue, partage cet avis. « Saint Nicolas, père Noël, la petite souris, ce sont des histoires qui témoignent de l’amour des parents envers leurs enfants. Je trouve qu’il faut laisser le plaisir de croire aux enfants ».

C’est le sourire aux lèvres que Barbara* raconte le plaisir et l’émerveillement partagés face au ciel rosé d’un matin de novembre. « On était sur le chemin de l’école, il faisait froid, un vent polaire soufflait et pourtant, les enfants étaient tout guillerets et sautillaient de joie à l’idée que saint Nicolas cuise ses biscuits ».

Sandrine se souvient avec émotion de sa cadette qui y a cru jusqu’à ses 8 ans « Elle était vraiment à fond dedans, préparait le petit verre de lait, la carotte et l’assiette de biscuits, c’était beau à voir ». Depuis quelques jours, Paul et Félicie chantent aussi beaucoup la fameuse chanson « Oh grand saint Nicolas, patron des écoliers… », une manière pour eux de se rappeler à son bon souvenir.

L’enfant est programmé pour croire, explique Jean-Yves Hayez. « Il peut faire appel à son imaginaire pour se consoler, pour s’évader, lorsqu’il a peur ou pour se donner du courage. Quand il joue, quand il pense, quand il crée, l’enfant investit aussi cet imaginaire ». Mireille Pauluis confirme : « La manière d’appréhender le réel est très progressive, quand il ne comprend pas, l’enfant invente ».

Quand le raisonnement pointe le bout de son nez

« Comment saint Nicolas parvient-il à se glisser dans une cheminée ? Pourquoi ne passe-t-il pas par la porte ? », interroge Félicie, 5 ans et demi. Petit à petit, le regard de l’enfant sur le monde se complexifie. Des questions affluent. « Plus l’enfant vieillit, plus il a conscience de la dimension imaginaire et plus le doute s’installe », explique Jean-Yves Hayez.

Les prémices d’un raisonnement pointent à l’horizon et l’enfant oscille entre croyances et doute. « Je vais mettre un piège pour voir si la petite souris existe vraiment, prévient Oscar, 7 ans. Saint Nicolas, c’est sûr, il existe, on l’a déjà rencontré. Mais la souris, c’est quand même trop bizarre, on la voit jamais ».

Si les questions percent de toutes parts à partir d’un certain âge, les stratégies parentales divergent. Chez Niels, pas question de rentrer dans la mascarade. Lorsque les fistons questionnent, c’est vers sa compagne qu’il les renvoie : « Demandez à maman, elle sait beaucoup mieux que moi ». Une manière pour lui de rester cohérent tout en respectant le souhait de sa moitié. « Je sais que ça lui tient à cœur et je ne me verrais pas jouer le trouble-fête ».

Lorsqu’Oscar la questionne, Stéphanie feinte donc l’innocence et se retranche derrière la lourdeur de son sommeil. « Je ne me réveille déjà pas pour saint Nicolas, alors une petite souris, tu penses bien ». Sandrine, de son côté, se souvient de son malaise quand Louison la questionnait, partagée entre l’envie de poursuivre la magie et celle d’être sincère. Barbara admet quant à elle regoûter avec ferveur au monde de l’enfance et s’en donne à cœur joie pour imaginer des réponses aux questions des enfants.

Pour les parents qui doutent, Mireille Pauluis suggère de renvoyer la question à l’enfant, d’entamer le dialogue d’un « Et toi, qu’est-ce que tu en penses ? ». « On gagne plus quand on fait réfléchir l’enfant », complète Jean-Yves Hayez. Il arrive que l’enfant questionne, mais ne soit pas prêt pour autant à recevoir la vérité. Dans ce cas, il persistera dans l’imaginaire comme Oscar qui invoque les pouvoirs magiques du grand saint quand quelque chose lui paraît louche.
Célestin* s’est aussi questionné : comment se fait-il que saint Nicolas ne se ressemble pas d’une fois à l’autre ? Ses parents lui ont renvoyé la question et il a conclu qu’il n’existait pas.

Chez Sandrine, c’est un copain de classe qui a vendu la mèche à Louison. « Elle est rentrée bouleversée à la maison, je l’ai sentie plus proche du ‘C’est vous’ que du ‘C’est pas vous’, alors je lui ai dit la vérité ». Louison a fondu en larmes. Dans sa tête, ont défilé toutes ces carottes croquées et ces verres de lait préparés pour l’âne et saint Nicolas.« Tout ça, c’était vous, alors… », a-t-elle lâché, dépitée.

Une fois la déception passée, Sandrine a réussi à mettre sa fille dans la confidence d’une manière positive. « J’ai passé un pacte avec elle. Maintenant qu’elle savait, elle passait dans le clan des grand·e·s et devait conserver le secret pour les plus petit·e·s de la famille ».

* prénoms modifiés

Clémentine Rasquin

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La petite souris pour réconforter l’enfant qui perd une dent

Si l’imaginaire est vital au développement de l’enfant, les histoires et légendes servent aussi d’autres causes. La perspective de la petite souris apporte du réconfort à l’enfant pour qui la perte d’une dent peut être impressionnante. L’histoire de la petite souris permet d’adoucir la crainte et de signaler à l’enfant qu’il devient grand et qu’il peut être fier, puisque le célèbre rongeur vient récompenser le courage de l’enfant.

Saint Nicolas : un rituel pour apprendre l’attente

Penser à sa liste, écrire sa lettre à saint Nicolas et attendre le jour J., Mireille Pauluis y voit un bénéfice : celui d’apprendre à l’enfant l’attente. Dans un monde du tout tout de suite où l’on peut commander un objet et être livré le jour même, le rituel de la Saint-Nicolas est une invitation à repenser le temps et à redécouvrir d’une année à l’autre ce plaisir de l’attente de l’objet convoité.

À lire

Une sélection livres réalisée par Hélène Désirant, chargée de projets littéraires et du prix Bernard Versele :
► La Légende de Saint Nicolas, de Charlotte Mollet (Didier jeunesse, collection Pirouette),
► Lutin veille, d’Astrid Lindgren et Kitty Crowther (Pastel),
► Mille milliards de pères Noël, de Hiroko Motai et Marika Maijala (Cambourakis),
► Cher père Noël, de Jeanne Ashbé (Pastel).