Vie de parent

Squid Game : matière à réflexion parentale

C’est le sujet de la semaine ! Squid Game ! Cette série sud-corénne diffusée sur Netflix s’est offert une visibilité incroyable dans les médias. Devenant objet de toutes les discussions parce que sa violence s’est invitée dans les cours de récréation. Le jeu innocent « 1,2,3 soleil » devenant prétexte à baston. Vous en entendez parler en tant que parents et vous ne savez pas quoi en penser? Voici une réflexion qui en invite d’autres…

Squid Game : matière à réflexion parentale

Il est toujours difficile d’analyser ce type de phénomène. La violence dans les cours de récré est un thème récurrent de l’actualité, très médiatisable, très « clickable » sur les réseaux sociaux. Jeu du foulard, influence supposée de séries ou de films d’horreur, ces sujets sont régulièrement traités à la lumière d’un cas isolé ou d’un phénomène identifié de façon plus large (c’est le cas ici, des médias canadiens et français ont relevé le même type des jeux « squid game » dans les cours de récré). Constater le fait que « 1,2,3 soleil » s’offre une règle supplémentaire et inadmissible à la récré est certes interpellant, mais il faut aller plus loin que le trop facile procès fait à une série.

Parlons-en justement de cette série. Sa thématique n’est pas franchement neuve, pour sortir de sa condition misérable, un homme est prêt à tout, même à s’engager dans des plans glauques où les limites de la violence sont sans cesse repoussées. Pour lui, il s’agit de s’extirper de l’impasse sociale dans laquelle il est englué. Ce scénario, tout ou en partie, a déjà été traité dans d’autres films et séries. Certains épisodes de l’excellente série « Black Mirror » l’ont abordé et, de façon plus lointaine, on peut aussi évoquer le film « Rollerball » où un jeu de poursuite sportif s’enrichissait de règles de plus en plus violentes. Ce long métrage sorti en 1975, même s’il n’est pas parfait, n’est pas sans rappeler certains aspects de « Squid Game », notamment dans sa dénonciation d’une société où l’humain n’est plus qu’un engrenage, une variable d’ajustement au mépris de toute liberté, de toute humanité.

Aujourd’hui faudrait-il faire le procès à une série de dénoncer ces processus qui amènent l’homme à renoncer au respect de l’autre, à la solidarité, à l’entraide, voire à l’amour ? Faut-il dénoncer la forme en phase avec l’esthétique et les standards de l’époque ? Faut-il condamner l’approche d’un créateur qui a choisi son propre langage pour pointer du doigt les dangers d’une société qui n’essaye pas de subvenir aux besoins des plus faibles et qui, au contraire, entretient une violence économique, et parfois politique, qui ne fait que maintenir les plus précarisés dans leur condition ? Poser la question c’est y répondre.

Les enfants exposés malgré eux

Mais revenons à nos cours de récré. Le problème n’est donc pas tant que cette série soit diffusée, c’est que les plus jeunes y aient accès. Comment vous l’avez sans doute déjà lu ou entendu, cette série, sur Netflix, n’est « autorisée » qu’aux plus de 16 ans. Mais voilà, même si les parents placent tous les verrous nécessaires pour empêcher les enfants de voir cette série, ils y sont malgré tout exposés par les réseaux sociaux, par le bouche-à-oreille dans la cour de récré. La sortie d’une telle série sur Netflix fait l’objet d’un battage publicitaire impitoyable. Difficile d’y échapper.

A ce stade, il est perturbant de constater qu’une série qui dénonce les travers d’une société, se fait rattraper par cette même société lorsqu’il s’agit de la vendre. Les techniques de communication les plus insidieuses sont de mise. Ici les polémiques dans les médias et sur les réseaux sociaux ne font qu’amplifier sa visibilité. Le tout sur fond d’une stratégie marketing bien huilée puisque les costumes de « Squid Game » semblent déjà être un must pour les déguisements de la prochaine fête d’Halloween, tandis que les chaussures Vans slip-on blanches et banales portées dans la série feraient un carton inespéré (on parle d’une augmentation de 7800% des ventes). Netflix est une machine commerciale de guerre. Imaginez « Squid Game » dans le périmètre du cinéma d’auteur et de la distribution alternative, l’impact médiatique aurait été tout autre.  

Voilà le cadre. Dans ce maelstrom, les parents se retrouvent encore une fois bien dépourvus. Dans les commentaires liés à cette crise, les voilà encore en première ligne. Les uns les prennent en défaut : « Et quoi, les parents vous ne savez pas surveiller ce que regardent vos enfants ? » D’autres leur intiment l’ordre d’expliquer le monde à leurs petites et petits, par le menu, en faisant oeuvre pédagogique ultime. Merci pour la pression. Le problème n’est-il pas ailleurs ?

La guerre des boutons

Dans un fil de discussion, une de mes anciennes collègues relevait que la violence dans les cours de récré, ce n’était pas neuf, citant dans la foulée un extrait de « La guerre des boutons » particulièrement bien musclé. La violence dans la cour de récré, c’est vrai, elle existe. Et elle a souvent ses boucs émissaires ! Au Ligueur, nous parlons assez souvent de ce fléau qui s’exprime à travers le harcèlement. A chaque fois, nous soulignons, que ce harcèlement n’est bien souvent que la caisse de résonnance de notre société, se nourrissant de ses stigmatisations, de ses préjugés, de ses dérives…

Parler d’un phénomène « Squid Game » est un peu trop facile. Si la violence s’invite dans les écoles, c’est qu’au niveau de la société, des balises, des règles n’ont pas été suffisamment été installées, imaginées, renforcées. C’est qu’au niveau économique une violence se fait de plus en plus prégnante à travers les emplois précaires, la recherche du profit à tout prix, la globalisation conquérante, la dictature des grands acteurs qui imposent leurs lois aux états. C’est cette violence-là qu’il faut combattre en premier. Faire tout pour que les décisions politiques prennent davantage en compte le bien-être du citoyen. Qu’elles fixent des encadrements nécessaires plus efficaces qui vont de la meilleure prise en charge des plus démunis afin qu’ils ne deviennent des oiseaux pour le chat (thème de Squid Game), jusqu’au cadre à déployer pour juguler le harcèlement dans les cours de récré, cadre qui met un temps infini à s’installer concrètement au sein des écoles. La violence est à combattre, certes, mais ce sont avant tout à ses racines qu’il faut s’attaquer.

En attendant, une bonne partie de la charge pédagogique, affective repose sur les parents. Encore une fois il s’agit d’accompagner, de faire sauter la couche de parasitage médiatique, d’expliquer avec des mots simples des choses compliquées. Et surtout rappeler quelques fondamentaux comme le respect de l’autre, l’empathie et toutes ces choses qui nous permettent de vivre ensemble. Expliquer aussi qu’il ne faut pas être un mouton, ne pas suivre le groupe sans réfléchir, veiller précieusement à ses libertés d’action et de pensée. Rappeler également que les mots existent aussi pour définir et communiquer des émotions qu’il n’est pas toujours bon de garder pour soi tout seul. Le tout avec son expérience et son amour de parent…

Nous reviendrons sur cette thématique tout prochainement dans Le Ligueur, en attendant n’hésitez pas à nous partager vos avis sur notre boîte mail redaction@leligueur.be

Thierry Dupièreux

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