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Ventilation des locaux dans les écoles :
les pour et les contre du capteur CO2

Avec le port du masque, la ventilation des locaux est une autre mesure qui protège contre la transmission du virus. Pour la rendre la plus optimale possible, plusieurs experts préconisent la mise en place de détecteurs de CO2 dans les écoles. Nathan Clumeck, professeur en maladies infectieuses à l'ULB et au CHU Saint-Pierre, en fait partie.

Ventilation des locaux dans les écoles : les pour et les contre du capteur CO2

Hier, mardi 17 août, la ministre de l’Enseignement, Caroline Désir (PS), a communiqué les mesures relatives au port du masque dans les écoles. Au vu de ces dernières, dans de nombreuses écoles, le port du masque en classe ne sera pas obligatoire. Quant à la ventilation, la ministre a d’abord envoyé, en avril dernier, une circulaire aux établissements scolaires qui détaillait les mesures de ventilation à respecter pour garantir le respect des normes de CO2 (sous les 900 ppm).

Il y était notamment indiqué que l’établissement doit « aérer les locaux aussi souvent que possible ; ouvrir les fenêtres et les portes avant les cours (10 à 15 minutes), aux intercours, durant les pauses (5 minutes minimum), et après les cours (10-15 minutes) ». Cette circulaire a été validée par les différents experts de la Task Force ventilation.

"Ces outils ne coûtent pas chers (entre 50 et 100€ pour les plus basiques)"

Nathan Clumeck, professeur en maladies infectieuses à l'ULB et au CHU Saint-Pierre, salue cette circulaire et la considère comme un progrès « par rapport à ce qui était préconisé auparavant dans la mesure où on ne reconnaissait pas l’importance de la transmission du virus par microgouttelettes». Il regrette néanmoins que les détecteurs CO2 n’aient pas été envisagés pour garantir une ventilation optimale dans les écoles. « Ces outils ne coûtent pas chers (entre 50 et 100€ pour les plus basiques) et offrent la possibilité d’avoir des données objectives sur le taux de CO2 dans les classes. La circulaire demande aux écoles d’aérer les locaux. Mais ce n’est pas objectif. C’est un peu comme si on vous demandait de ne pas rouler trop vite mais qu’on ne vous donnait pas de compteur pour mesurer votre vitesse. »

À cela, la ministre rappelle qu’en élaborant sa circulaire, elle a suivi l’avis de la task force ventilation et que, budgétairement, cela a un coût. Nathan Clumeck valide les recommandations de la task force mais propose alors « qu’à défaut d’installer un détecteur CO2 dans toutes les classes, l’on pourrait en placer dans les endroits bruyants où les élèves et enseignants sont réunis, sans masque, mangent et parlent. Je pense par exemple aux réfectoires, à la salle des profs, ou à la salle de gym. Budgétairement, il me semble que nous sommes dans un pays qui peut se permettre d’ajouter ces petites garanties de sécurité sanitaire pour l’année à venir ».

Mais concrètement ça sert à quoi ?

Les détecteurs de CO2 sont des capteurs disponibles sur le marché qui permettent de mesurer facilement la concentration de ce gaz à l’intérieur. « Quand nous respirons nous émettons du CO2 dans l’air, quand nous faisons de la combustion de gaz ou n’importe quel carburant, nous émettons également du CO2 », explique Nathan Clumeck.

« Aujourd’hui, quand vous mesurez le CO2 à l’extérieur, cela tourne autour de 420 ou 440 particules par mètres cube (ppm). Si vous vous mettez dans une pièce chez vous à la maison, une pièce non ventilée et où il n’y a personne, le CO2 oscillera aux alentours de 400, 500, ou 600 ppm. Si vous ouvrez les fenêtres, il reviendra à 450-460. Si vous commencez à parler, à bouger, à déplacer les choses, ou à manger, le CO2 monte à 700-800-900ppm voire parfois plus haut. »

"S’il crie ou chante, il émettra un nuage, un aérosol"

Et quand on est malade alors ? « Quand quelqu’un est porteur de forte quantité de virus, s’il respire calmement, il émettra peu. Par contre, s’il commence à parler, il émet plus. S’il crie ou chante, il émettra un nuage, un aérosol qui pourra s’étendre dans la pièce dans laquelle il se trouve et parfois aller jusqu’à 4, 5, 6 mètres de distance ».

Le risque de transmission du virus dans les écoles

Dans le contexte actuel du Covid, les experts ont pu observer que le virus se transmettait plus facilement à partir du moment où le taux de CO2 à l’intérieur dépasse les 900 ppm. Au sein des écoles, ce taux peut plus facilement être atteint en raison du fait qu’élèves et professeurs respirent et s’expriment tout au long de la journée.

"Le seul fait de respirer ou de parler, va émettre du virus"

Nathan Clumeck relève deux types situations : « Soit les enfants ont un masque et sont en classe. Ils sont assis tranquillement, lisent, travaillent, ne sont pas agités, ne crient pas, etc. Dans ce cadre, même si l’enfant est positif, le risque de transmission du virus est faible. Soit les mêmes enfants sont dans cette même classe mais n’ont pas de masque. Dès lors, le seul fait de respirer ou de parler, va émettre du virus et risque d’infecter les autres enfants ».

Des services pour mesurer la qualité de l’air dans les locaux

Par ailleurs, lors de cette même communication du 17 août, la ministre a également recommandé aux établissements de « solliciter une analyse de risques auprès du Comité pour la prévention et la Protection au travail (CPPT), ou à défaut avec le Service Interne pour la Prévention et la Protection au Travail (SIPPT). Ceux-ci pourront mesurer la qualité de l’air dans les locaux et proposer, le cas échéant, des protocoles d'aération plus stricts, adaptées à la configuration observée dans l’école. »

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Nathan Clumeck soutient cette recommandation qu’il trouve cohérente et logique. « Il existe une législation qui a été mise en place avant le covid, en 2019, et qui visait à faire appel à ces services pour le bien-être des personnes dans les bâtiments, pour s’assurer que l’air était propre dans ces bâtiments. Pour les écoles et dans le contexte actuel du covid, c’est évident que si on a des petites classes sans fenêtre, la problématique est plus importante que dans une grande classe avec des baies vitrées qu’on peut ouvrir. La ministre permet à certaines écoles de donner cours sans masque tout en précisant qu’il faut mettre en place une évaluation. Là, cela devient cohérent ».

Alix Dehin

L’opposition soutient l’installation de capteurs CO2 au sein des écoles

Catherine Fonck, Députée fédérale et Présidente du groupe cdh à la Chambre des Représentants, plaide également pour la mise en place du capteur CO2 dans les crèches et les écoles. « Le volet de la ventilation reste crucial. D’une part, dans nos écoles en Belgique, on a souvent des classes surpeuplées par rapport à leurs espaces. D’autre part, la majorité de nos écoles n’ont pas de ventilation mécanique. On se retrouve dans une situation où pour le virus delta et d’autres variants, ce ne sont pas de bonnes conditions. Le capteur co2, c’est un outil. Il permet aux enseignants et au personnel des crèches de voir à quel rythme il doit aérer en classe.

Pour faire une aération efficace, ce n’est pas si simple. Quand on est au printemps, en été, c’est plus facile. Mais en automne et en hiver, il faut combiner une température correcte pour les enfants en classe et aérer. Il faut y penser, l’enseignant peut oublier... Avec le capteur CO2, cela devient beaucoup plus simple. Certes, cela représente un coût mais par rapport aux conséquences et à l’apport, c’est un coût dérisoire. Selon moi, c’est à la Communauté française de fournir ces capteurs CO2. J’ai fait une estimation et, le coût serait d’une trentaine de millions d’euros pour toutes les écoles et crèches de la Belgique ».