Loisirs et culture

Affables et fabuleux animaux

Le 8 juillet 1621, naissait le fabuleux fabuliste Jean de La Fontaine. Le Ligueur a salué cet anniversaire dans sa Pépite du 12 mai en présentant le documentaire Vive La Fontaine ! (Cours toujours). Les animaux étaient au cœur de ses fables, voici trois espèces proches de nous. Avec une morale « maison ».

Je veux un chien

Récompensée en 2010 du prestigieux prix Astrid Lindgren, Kitty Crowther a l’art de camper des situations qui parlent aux enfants. Avec Je veux un chien, sous-titré judicieusement et peu importe lequel, elle dresse le portrait bien campé de Miss Millie qui fréquente une école huppée où chaque écolière a un ami canidé, au point d’avoir créé leur club des DOGS. La fillette est de facto ostracisée et le vit très mal. Elle ne vit plus que du désir d’un chien. Tout son univers évoque l’animal : chambre, doudous, etc.
Elle harcèle sa mère, quotidiennement plongée dans son journal, une maman apparemment solo avec laquelle elle a une relation complice et taquine. La gamine imagine son chien tantôt « fort comme Papa », tantôt « aussi gentil et adorable que toi. On l’appellera Dior », dit-elle à la maman. Ou comique, ou bizarre, ou tout petit, tout mignon… Peu importe finalement. Poussée dans ses derniers retranchements, l’adulte cède et conduit sa fille dans un refuge, tout en contraste avec l’univers de son école. À l’image de nos sociétés ?
Sous le trait aéré et coloré de Kitty Crowther, parfois audacieusement mis en perspective par de l’orange fluo, défile une galerie jubilatoire de chiens de toutes sortes. L’enfant craque pour une bestiole plutôt ridicule, mais face aux moqueries de ses condisciples snobissimes, assume cette différence. Moralité : « Racé ou bâtard, ce n’est pas une tare ».
Je veux un chien, et peu importe lequel, de Kitty Crowther (Pastel/L’école des loisirs). Dès 4 ans.

► S’unir, c’est s’accepter

Après S'unir c'est se mélanger, prix des Incorruptibles 2018, Laurent Cardon replonge dans sa basse-cour déjantée avec S'unir, c'est s'accepter. Cette fois, l’ambiance dans le poulailler aux poules blanches, rousses et noires est chamboulée. Marinette, la poule noire, a disparu ! Farceuse et frondeuse, Marinette voulait changer d’identité et s'est transformée en poule rousse… Et les trois mâles, plutôt impuissants, peinent à mettre de l’ordre dans ces caquètements de rivalités, jalousies, rapports de force. Après moultes protestations et envolées de plumes, ce petit monde se retrouve pour une parade granguignolesque faite de déguisements, de fête, de tolérance.
Le format en hauteur de l’album et l’utilisation de la double page où chaque gallinacé a son identité graphique amplifient l’effet de foule. Moralité : « Il faut parfois devenir quelqu’un d’autre pour mieux se sentir soi-même ».
S’unir, c’est s’accepter, une histoire de poules, de Laurent Cardon (Père Fouettard). Dès 5 ans.

► Tu t’appelleras Lapin

Sorti en 2020, cet album a été remarqué par les Pépites du salon de Montreuil et les prix Sorcières. Il se présente comme une fable sur l’étrangeté, celle d’un lapin blanc géant (de 4 725 cm !) venu s’étendre sur une partie du village forestier de Belette, une gamine de 7 ans au début du livre, 8 à la fin, étrange, solitaire et indépendante, à la silhouette corail rose orangé. L’animal dort-il ? Est-il mort ? Nul ne le sait. Impossible pour les adultes de le chasser, de le déplacer. Seule Belette ose l’approcher suivie par ses camarades. Une nuit, il disparaît et ne laisse qu’une empreinte.
Nourri de ce fantastique réel cher à une certaine littérature belge, ce livre interroge la peur chez l’adulte (eh oui) de l’inconnu, d’une présence étrangère dans une nature aux couleurs magnifiquement adaptées à l’atmosphère du récit. Moralité : « Lapin géant au bois dormant n’est guère gênant ».
Tu t’appelleras Lapin, de Marine Schneider (Versant Sud). Dès 4 ans.



Michel Torrekens

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