Loisirs et culture

Alouette, je t’aimerai, de Sandra Edinger (Pastel)

« Lire, ça m’dit », chronique littérature jeunesse  : Alouette, je t’aimerai, de Sandra Edinger (Pastel)

Notre chronique « Lire, ça m’dit » va pousser la chansonnette avec Alouette, je t’aimerai, de Sandra Edinger (Pastel/L'école des loisirs).

Le Ligueur suit Sandra Edinger depuis longtemps. En 2020, Thierry Dupiéreux l’avait interviewée à la suite d’une initiative qui avait retenu notre attention : la publication d’une BD, La petite maladie, en accès gratuit sur le net, consacrée à la crise du coronavirus et au confinement (Le Ligueur 8 – 15.04.2020). Son album Le grand débordement (éd. Winioux) a été lauréat du Prix de la première œuvre en littérature jeunesse de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) en 2019. Suivirent La Cabane (Pastel), Chéssoi (FWB) en lecture gratuite sur le site d'Objectif Pulmes et Trois petits tours (Pastel), un album carré à lire à voix haute aux jeunes enfants où l’artiste revisite la comptine Une poule sur un mur.

Sandra Edinger nous fait découvrir Chéssoi, publié en plaquette par la Fédération Wallonie-Bruxelles dans le cadre de La Fureur de Lire 2022, Sandra Edinger a publié « Chéssoi ». Elle fait ici la lecture d'un extrait et présente son travail d'autrice/illustratrice.

Alouette, je t’aimerai

Son dernier livre revient aussi sur une comptine et quelle comptine : Alouette, je te plumerai ! Comment a-t-on pu et peut-on encore chantonner cette ritournelle aux enfants ? Cruel, menaçant, le « je » interpelle avec insistance une alouette qu’il promet de plumer bec, tête, ailes, queue… L’oiselle est proprement harcelée. Chaque partie du corps de la pauvre bête y passe. On n’ose imaginer les résultats qu’une lecture psychanalytique ferait de ce texte. Avec astuce, Sandra Edinger détricote la chanson dans Alouette, je t’aimerai et la revisite avec une dimension affective qui culmine dans un « Je t’aime » bien éloigné de la version originale. Les premières pages en vis-à-vis comparent avec intelligence les schémas corporels d’un bébé et d’un oiseau, identifiant la tête, le dos, le bec (la bouche), les pattes (les jambes) de la chanson initiale. Les couleurs sont à l’unisson, jusqu’à deux taches rosées sur les joues de l’un et de l’autre, créant un sympathique effet de miroir. Malgré les intentions du bébé à quatre pattes, l’oiseau ne se laisse pas faire et rétorque : « Laisse ma tête tranquille ! » ; « Pas question ! » ; « Mais non ! C’est MON bec, MA tête, MON dos, MES ailes ! C’est MOI qui décide ! ». Ou les prémices d’une éducation au respect et au consentement… qui se terminent par une invitation au jeu et au plaisir d’être ensemble. Par ses couleurs, ses illustrations très distinctives cernées d’un trait noir, ses jeux d’ombre, les expressions des deux personnages, des détails semés ici et là comme un jouet ou des coccinelles, ce tout-carton convient parfaitement à la lecture avec de tout jeunes enfants (de 0 à 3 ans).

Livre jeunesse Alouette, je t'aimerai