Loisirs et culture

Il ne faut pas vendre la peau de l'ours... avant de l'avoir lue

Les ours vont peu à peu sortir d’hibernation. Animal fétiche de l’enfance, il y en a peut-être plus en littérature jeunesse que sur terre où, bruns comme blancs, ils sont de plus en plus menacés par l’expansion démographique humaine. L’occasion de saluer la sortie de trois d’entre eux.

Ours et les choses

La couverture de cet album est déjà, graphiquement, une invitation à un voyage visuel original : des aplats bleus accrocheurs, une myriade de petits traits blancs qui donnent du mouvement à l’ensemble, quelques touches d’orange qui contrastent avec l’ensemble, le tout à grand renfort de plongées et contre-plongées pour traduire les émotions. Cette grammaire graphique d’Andrée Prigent (formée en gravure) charpente l’ensemble du récit. La technique qu’elle utilise dans Ours et les choses est celle de la linographie, valorisée par la bichromie : un bleu profond et un orange lumineux !
L’histoire est hors du commun, celle d’un ours dont la vie est paisible et heureuse jusqu’au jour où il découvre une carriole. Le voilà parti sur les chemins, occupé à remplir son charriot d’objets divers. Il en veut toujours plus. Son existence bascule. Accumulation et accaparement de biens deviennent ses deux priorités. Il perd l’insouciance dans laquelle il vivait jusqu’à présent et ploie sous le poids de sa nouvelle obsession. Un accident avec sa carriole, suivi d’un danger inattendu, aurait pu lui être fatal sans l’intervention d’une alliée surprenante. Il renoue dès lors avec le bonheur de regarder le monde autour de lui et de vivre simplement.
Cette fable sur la surconsommation, sur notre rapport à l’avoir et au besoin de posséder, se déroule tout en finesse, sans injonction moralisatrice. Une manière de se recentrer sur l’essentiel en ces temps chahutés. À la fin de cette histoire délicate, même la carriole s’en trouve transformée…
Ours et les choses, d’Andrée Prigent (Didier Jeunesse). Dès 3 ans.

► Bastien ours de la nuit

En cette période hivernale, il est utile de se rappeler que tout le monde n’a pas la possibilité de se loger. La littérature jeunesse peut se révéler audacieuse et aborder des thèmes qui bousculent. Ici, le sans-abrisme. Sans mièvrerie. Sans condescendance.
Nous sommes dans un décor urbain, à hauteur de trottoirs et d’enfants. Le givre paralyse la ville, Bruxelles, où vivent les deux auteurs. Sébastien, un SDF, cherche de quoi se protéger pour passer la nuit et se réchauffer. Quand il s’endort enfin, en plein air, l’ours Bastien prend le relais et erre dans la nuit, fouille les poubelles, rencontre d’autres déshérités, rêve d’une forêt sortant des HLM, avant de revenir, épuisé, près de Sébastien. Car Sébastien, c’est Bastien, et Bastien, c’est Sébastien.
Sarah Gréselle a opté audacieusement pour des crayonnés sombres, en noir et blanc principalement, avec du brun rosé et quelques touches de vert pastel qui ressortent à bon escient. Elle joue astucieusement des ombres et des lumières et insère ses dessins dans des médaillons ovales qui rappellent les photos de nos ancêtres. Un album à hauteur d’homme et de femme, d’humanité.
Bastien ours de la nuit, de Ludovic Flamant et Sara Gréselle (Versant sud). Dès 7 ans.

► La Vieille Ourse

Voici un album de facture classique pour célébrer une possible harmonie entre le monde animal et celui des humains, mais aussi entre le grand âge et l’enfance. Dès le départ, la fragilité n’est pas du côté auquel on l’attendrait. La peur habite l’animal : une vieille ourse affaiblie et affamée. Lorsqu’elle va se retrouver face à un garçonnet, l’un et l’autre vont apprendre à dépasser leur peur respective, à s’apprivoiser. Le tout dans un décor qui célèbre les beautés de la nature, ses forêts de bouleaux et ses montagnes grandioses. Mais la bête sauvage est menacée par le père du garçon, bûcheron et chasseur. L’enfant parviendra-t-il à convaincre l’adulte de l’épargner ?
La Vieille Ourse, d’Amélie Billon et Mélodie Baschet (L’Étagère du Bas). À partir de 3 ans.



Michel Torrekens

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