Vie pratique

Ils jouent, vous « causez »

Ces lieux où les parents et les petits enfants se rencontrent

Si, en tant que maman ou papa, vous aimez fréquenter avec votre petit bout un espace ouvert aux enfants de 0 à 3 ans (parfois, cela va jusqu’à 6 ans) accompagnés d’un de leurs parents, il vous est aisé de détailler ses atouts. Votre enthousiasme parle pour vous !

Pourquoi pousser avec son loulou la porte d’un bébés-rencontre de la Ligue des familles, d’une maison verte animée de l’esprit de Françoise Dolto, d’un lieu de rencontre enfants et parents lié à une consultation de l’ONE, émanant d’un centre de guidance, d’un CPAS, voire de plusieurs partenaires unis pour la cause ? À savoir déjà, ces espaces ont chacun leurs spécificités, mais ils ont aussi plein de traits communs.
Ils permettent aux parents de rompre leur isolement, de tisser des liens, de construire des solidarités. De se poser aussi. Nicole Nissen, chargée d’animation à la Ligue des familles : « Ces espaces répondent à un manque dans nos sociétés occidentales, car tout cela devrait se faire quasi naturellement ». Ils permettent de « sortir des lessives et des couches », de « prendre confiance en soi », d’« oser dire ‘Je n’en peux plus’ », témoignent des mamans qui y sont (encore) majoritaires par rapport aux papas.
Les enfants, eux, expérimentent la socialisation - en explorant, en jouant. Ils s’entraînent à la séparation dans un cadre sécurisant. Avoir la garantie de retrouver les bras de maman ou papa en cas de besoin, ça aide à s’aventurer vers les autres ! De leur propre aveu, les parents s’entraînent, eux aussi, à la séparation.

Le duo enfant-parent

Parce que ce sont de formidables outils de soutien à la parentalité, l’ONE (Office de la Naissance et de l’Enfance) accompagne pas mal des quelque 180 « lieux de rencontre enfants et parents » recensés en Fédération Wallonie-Bruxelles.
« Avec cette appellation, l’accent est bien mis sur la rencontre. Et si ‘enfants’ vient avant ‘parents’, ce n’est pas un hasard. Ces lieux s’adressent à l’enfant, accompagné d’un parent au sens large - cela peut être un grand-parent, une nounou… Ils accueillent le duo. D’ailleurs, l’enfant reste sous la responsabilité de son parent », explique Antoine Borighem, de la cellule Soutien à la parentalité de l’ONE. « Les lieux de rencontre enfants et parents renforcent le sentiment de compétence parentale de manière indirecte, mais efficace », poursuit sa collègue Marine Noël. Un arrêté du gouvernement de la Communauté française du 2 mai 2019 organise désormais leur agrément et leur subventionnement par l’ONE. C’est une belle reconnaissance de leur rôle auprès des familles d’aujourd’hui !
Grande diversité de fonctionnements et d’« ambiances ». Grande diversité de publics, plus ou moins mixés socialement, métissés culturellement. C’est sûr, un lieu n’est pas l’autre. « En fait, il n’y a pas de règles en dehors du cadre général », dit Marine Noël. Les lieux de rencontre enfants et parents n’ont pas de visée thérapeutique. Par ce qui s’y passe, ce sont des lieux de prévention. Ils doivent être accessibles financièrement : si une participation aux frais est demandée, elle ne peut constituer un frein à leur fréquentation.
Selon les lieux, les accueillant·e·s - toujours très engagé·e·s - sont des professionnel·le·s (ayant un métier en lien avec la petite enfance, dans le champ psy, de la santé, de l’éducation…) ou des parents et grands-parents. Leur accueil se veut chaleureux, bienveillant, sans jugement de leur part. En fonction des lieux, des activités et animations sont proposées, ou pas.

« Ici, c’est bête comme chou. On s’assied et on cause »

D’une « ambiance » à l’autre

Indices de cette variété, ces mots d’accueillantes. Au départ du Bébé Papote de Godinne, il y a une trentaine d’années, « trois mamans avec des enfants du même âge, se souvient Marie-Dominique. Les rencontres se déroulaient chez moi. Comme il existait de tels lieux à la Ligue des familles, on a officialisé le nôtre ». Ce qui était « un petit plus dans une vie sociale bien remplie » est vite devenu « quelque chose d’important pour beaucoup de familles », avec un programme rodé : jeux informels, collations, animations communes…
Florence, psychomotricienne et maman de trois enfants, veut créer à Lincent un bébés-rencontre qui serait « comme une bulle d’air pour les mamans » et auquel, avec le temps, elle ajouterait d’autres activités (couture, sport…). Pour l’heure, elle prend des contacts avec la commune, l’ONE, la Ligue des familles.
Espace Famille, projet de prévention du centre de guidance d’Etterbeek en partenariat avec la Ligue des familles, « fonctionne sur le mode de la co-participation, insiste Carine, accueillante. Les mamans sont actrices du lieu. Elles proposent des activités, cherchent entre elles des réponses à leurs questions. Il s’agit de valoriser leurs compétences parentales ».
« Aujourd’hui, les jeunes couples avec enfants sont parachutés dans un village où ils se retrouvent sans famille, ils ont besoin de se donner de nouvelles racines, observe Sylvie, accueillante au bébés-rencontre Les Petits Poussins du 21 à Hélécine. Les accueillantes sont des ‘oreilles’ : si besoin, on les renvoie vers le médecin de famille, la consultation de l’ONE… ». Originalité d’Ami… l’Pattes à Lessines ? « Un bus sillonne les villages éloignés pour véhiculer les familles jusqu’au lieu de rencontre », dit Jeannie.

Au commencement, La Maison Verte…

À l’origine de tous ces lieux, il y a La Maison Verte ouverte en 1979 à Paris par la psychanalyste Françoise Dolto avec d’autres spécialistes de l’enfance. C’était il y a quarante ans ! « Ici, c’est bête comme chou. On s’assied et on cause », disait-elle. La phrase s’affiche sur un mur de la maison verte Les P’tits Pas, à Woluwe-Saint-Pierre. Une partie de l’équipe - des professionnel·le·s de la petite enfance - s’est réunie pour nous éclairer, d’une seule voix, sur l’esprit qui y règne.
Comme dans d’autres lieux, anonymat et confidentialité y sont garantis. Et la participation aux frais est symbolique. De plus, quand enfants et parents arrivent, les accueillant·e·s s’adressent d’abord aux enfants, par leur prénom, « ce qui étonne souvent les parents ». Par contre, pas d’activités programmées ici. On partage juste du temps ensemble, « d’humain à humain ».
« C’est surtout dans notre posture d’accueillant·e·s que les parents perçoivent la particularité du lieu. On est là dans la disponibilité et l’écoute, une écoute sans conseil et qu’on espère sans jugement. Cela permet aux parents de parler. Françoise Dolto disait : à partir du moment où on met des mots sur ce qu’on vit, qu’on en parle avec d’autres, qu’on est écouté, les difficultés fondent comme neige au soleil. »
Envie d’aller dans un lieu de rencontre enfants et parents près de chez vous ? Interrogez la TMS de la consultation de l’ONE, interpellez votre commune, consultez les sites repris dans l’encadré. Et essayez. Vous sentirez si vous et votre enfant y êtes bien.
Françoise Dolto n’est plus. Mais si elle pouvait observer le paysage actuel, « elle serait contente d’une telle diversité de lieux, conclut l’équipe des P’tits Pas. Elle a créé La Maison Verte avec des idées précises, mais elle a toujours dit : ne faites pas comme moi, développez, inventez… ».

En pratique

  • Y a-t-il un bébés-rencontre près de chez vous ? Vous rêvez d’en créer un (et d’avoir un appui pour ce faire) ? Infos sur liguedesfamilles.be
  • Un répertoire de lieux de rencontre enfants et parents est consultable sur le site de l’Office de la Naissance et de l’Enfance.
  • Retrouvez les six maisons vertes de Bruxelles sur lesmaisonsvertes.be. Côté wallon, cinq lieux s’inspirent de La Maison Verte : Le Pré en Bulles à Namur, Bord de Mer à Tournai, Le Parle-Jeu à Ottignies-Louvain-la-Neuve et Wavre, Le Petit Cèdre à Enghien et La Maisonnée à Soignies.
À lire également, notre dossier consacré aux lieux de rencontre pour soutenir la parentalité