Loisirs et culture
Le Gazomètre, nouvelle bibliothèque de La Louvière, propose jusqu’au samedi 10 mai une exposition sur le thème « Enfance insoumise : et si lire c’était désobéir ? » à partir de livres jeunesse qui ne sont pas des « prêt-à-penser ». Dans cette veine, Le Ligueur et Lire, ça m’dit vous proposent de découvrir Je suis moi et personne d’autre, de Baptiste Beaulieu, illustré par Qin Leng (Les arènes). Parfois, être insoumis répond à une nécessité. Ce livre raconte à quel point il est important de savoir dire non, pour être soi, se respecter et trouver sa vraie place dans la société.
Je suis moi et personne d’autre
Après Les gens sont beaux, premier album jeunesse du médecin généraliste à Toulouse et romancier Baptiste Beaulieu, et sa suite On a deux yeux pour voir, fable universelle sur les émotions où l’on découvre que l’on peut « pleur-rire », vendus à plus de 200.000 exemplaires, les éditions Les Arènes publient Je suis moi et personne d’autre, troisième opus du duo qu'il forme avec la Canadienne Quin Leng. Illustré en aquarelles réalistes et délicates, le récit suit Francisco à l’école. Il aime son prénom et se réjouit d’être avec ses condisciples. Mais ceux-ci lui proposent des activités qui lui déplaisent : jouer au foot, se moquer des filles, etc. De peur de déplaire, il suit la bande. Et selon le mode narratif auquel il nous a habitué, Baptiste Beaulieu amène une touche de merveilleux : à chaque renoncement de Francisco, une lettre de son prénom disparaît. Le jeune héros décide de virer à 180° et de ne plus suivre bêtement la bande. Il constate même : « Peut-être qu’on n’a pas besoin d’être copain avec tout le monde ? » Et puis, observant les autres, sa mère notamment, il prend conscience que dire non n’est simple pour personne, adultes compris. Peu à peu, il découvre que s’affirmer apporte plus d’avantages que de désavantages. Il n'hésite pas à poser la question à ses lecteurs et lectrices : « Et toi, c’est quand la dernière fois que tu as dit Non ? » Comme à son habitude, Baptiste Beaulieu complète le livre en expliquant, sur base de son vécu de médecin, d’où lui est venue l’idée de son récit. Il raconte cet épisode où il a osé dire non à un chef de service hospitalier. « Les parents redoutent souvent la période du non de leurs enfants, explique-t-il, ils cherchent des livres pour leur apprendre à ne plus dire non, alors que c’est précisément l’âge aussi où il faudrait leur proposer un livre qui raconte à quel point il est important de savoir dire non, pour être soi et personne d’autre ». (Dès 6 ans)
Expo « Enfance insoumise : et si lire c’était désobéir ? »
En 2022, l’asbl Territoires de la Mémoire publiait Prout. Et si lire, c’était désobéir ? Littérature jeunesse insoumisehttps://boutique-territoires-memoire.be/nos-livres/89-et-si-lire-c-etait-desobeir-litterature-jeunesse-insoumise.html, un ouvrage collectif, au format poche, né d’une réflexion au sein de la bibliothèque George Orwell sur la censure. Les auteurices ont traqué tout ce qui, dans les albums destinés aux enfants, fait soumission, tout ce qui enferme la littérature jeunesse dans les carcans moraux, normatifs, des adultes. Cela passe par ce que l’on censure, chacun à son niveau, par ce qu’on choisit de mettre en scène ou par la manière dont on met en scène (l’acte de lecture et la manière dont le livre lui-même est écrit). Ce livre invite chacunꞏe de nous à questionner son propre rapport à la littérature pour l’enfance et à ce que celui-ci sous-tend comme choix politiques.
Le Gazomètre, nouvelle bibliothèque de La Louvière, propose jusqu’au samedi 10 mai une exposition qui s’inscrit dans la foulée du thème de cet opuscule. De Crasse-Tignasse à Fifi Brindacier, en passant par Max ou Alice, cette expo aborde la question de la jeunesse « insoumise ». Les livres posent question aux médiateurs, offrent à tous l’opportunité de s’interroger sur la société, de poser un regard autre sur les choses. Pas besoin de gros mots ni de choquer pour être insoumis, les livres interpellent politiquement, socialement, abordent les sujets complexes, sans tabous ni messages imposés. L’exposition souligne la nécessité de faire confiance aux jeunes lecteurs et lectrices, de leur laisser le choix de leurs lectures, de ne pas leur imposer ou interdire une lecture, mais de les accompagner et d'ouvrir le débat. L’exposition propose de développer le sens critique en offrant une diversité de formes et de contenus, des livres qui ne sont pas des « prêt-à-penser ».
> Du mardi 18 mars au samedi 10 mai, aux heures d’ouverture du Gazomètre (sauf en cas d’animation). Accès libre. Informations au 064/312 508.
Et le jeudi 27 mars, de 9h30 à 12h ou de 13h à 15h30 (une séance au choix), Marie-Claude Jaumotte animera un atelier d’écriture sur cette question : « Sommes-nous encore des enfants insoumis ? » Avons-nous encore une âme d’enfant ? Pouvons-nous changer le monde ? Quelles sont nos barrières ? Les fabriquons-nous nous-mêmes ? Autant de questions pour alimenter des textes à dimension philosophique. Côtoyer ce qui ne s’apprend pas à l’école. Et si les fables de La Fontaine était un vivier de création ? Ecrire des textes de différents styles où les animaux fabuleux ont la parole, la nôtre. (Gazomètre. Réservation indispensable au 064/312 508).