Loisirs et culture
La vie est un film est devenu... un film. Publié en 2022, en français, dans la collection Deuzio des éditions belges ‘Alice, La vie est un film de Maite Carranza reparaît en librairie en version poche sous un nouveau titre, Olivia, celui de son adaptation au grand écran. Le nom de son héroïne. Un nouveau titre, plus direct, plus évident. Multi-primé à sa sortie, ce roman pour la jeunesse traduit du catalan par Anne Cohen Beucher et Laia de Bolós a en effet fait l’objet d’une adaptation en un long métrage d’animation d’Irene Iborra. Déjà en salle en France depuis le 21 janvier, il sera visible chez nous dès ce 18 février. Un même prénom pour deux supports qui racontent une même histoire de courage, celle d’une jeune fille de 12 ans au parcours singulier. Un roman pour lequel on n’aurait pas nécessairement parié sur un succès éditorial car il y est question de surendettement d’une mère et de précarité. Sa fille, formidablement débrouillarde, multiplie les démarches pour s’en sortir et, avec elle, son petit frère Tim. Un roman qui raconte ce que peut être la pauvreté au quotidien dans la vie d'enfants. Toutes ses conséquences.
Olivia, le roman
Olivia a 12 ans. Elle vit à Barcelone avec sa mère, actrice, et son petit frère Tim. Jusqu’au jour où tout bascule. La précarité s’immisce petit à petit dans la vie de la toute jeune adolescente suite à l’absence de contrats de la maman actrice. D'abord, sa maman ne paie plus la cantine ni les frais de scolarité. Ensuite, on leur coupe l'électricité puis le chauffage. Les factures s'accumulent. Et un jour, on vient saisir tous leurs meubles. La famille se retrouve à la rue. En quelques lignes, le récit fait basculer leur quotidien dans la précarité la plus brutale. Olivia prend peu à peu conscience de l’urgence de la situation. Elle affronte cette pénible situation pour protéger son petit frère Tim, 7 ans. Face à cette chute soudaine, elle décide d’avancer. Avec Tim, elle improvise, observe, s’adapte. Le roman met en scène une solidarité fraternelle tendue mais lumineuse, et une débrouillardise qui devient une question de survie. Sur le modèle des films La vita e bella ou Truman show, elle s’invente un monde, celui d'un film tourné en secret et dont le scénario n’est livré que par bribes. Avec son frère comme vedette, sous l’œil de caméras imaginaires. Ingénieuse, elle pousse très loin le souci du détail. La résilience d’Olivia est soumise à rudes épreuves car, face à l’angoisse de la pauvreté et à son sentiment d’échec, sa mère s'enfonce dans une grave dépression. Un sujet peu traité en littérature jeunesse, en particulier lorsqu’il touche un parent. Plane pour le frère et la sœur la peur du placement en famille d'accueil. Mais la sœur et le frère ne se résignent pas. Solidaires jusqu’au bout, ils multiplient les trouvailles pour se sortir de cette situation et retrouver la sérénité familiale. Pour surmonter ces épreuves, il est heureux que le roman montre qu’il est aussi possible de trouver des soutiens dans son entourage, comme le beau personnage de Mamafatou ou Maria, la directrice d'école qui prend conscience de la situation des deux enfants et veille à leur intégration scolaire. Des personnages essentiels alors qu’Olivia endosse des responsabilités qui ne devraient pas être celles d’une enfant de son âge. On pourrait penser que le sujet est plombant mais la Catalane Maite Carranza livre cette histoire dans un récit fluide au vocabulaire accessible, découpé en chapitres courts, sans lourdeur, tout en ne niant pas la réalité comme le rôle des banques dans la faillite de familles en rupture ou les conséquences de la pauvreté sur les enfants. Sans pathos inutile, l’histoire aborde frontalement la pauvreté, vue à hauteur d’enfant. (à partir de 10 ans)
Olivia, le film
Voici donc l’occasion d’offrir à vos enfants un prolongement (ou une introduction s’ils n’ont pas encore lu le roman) au livre tout en leur faisant découvrir un autre langage, une autre manière d’aborder une même histoire. Olivia, premier long métrage d’Irene Iborra Rizzo, transpose l’univers du roman en animation en volume. La technique utilisée, la stop-motion (technique d'animation qui consiste à créer l'illusion du mouvement en photographiant des objets physiques image par image, en les déplaçant légèrement entre chaque prise) donne chair aux nombreuses émotions qui traversent le texte, sans l’édulcorer, et vie aux personnages véritablement sortis du livre. Le récit s’appuie sur des dialogues drôles et émouvants, nourris d’allégories évocatrices. Animation et graphisme sont à la hauteur de cette narration. On pense notamment à cette baleine qui surgit dans des décors réalistes et épouse les tournants émotionnels de la petite héroïne.
Co-produit dans plusieurs pays européens, le film a reçu le Prix de la Fondation Gan à la diffusion lors du Festival d’animation d’Annecy. Coproduit dans plusieurs pays européens, il est distribué par O’Brother en Belgique dès ce 18 février.