Loisirs et culture

Pavel et Mousse, d’Aurore Petit (Les fourmis rouges)

Pavel et Mousse, d’Aurore Petit (Les fourmis rouges)

La chronique Lire, ça m’dit du Ligueur a eu envie de vous proposer un peu de douceur dans ce monde qui s’enflamme de toutes parts. Le beau temps pointe le bout de nez et ici c’est un grand lapin et un bébé panda qui pointent le leur. Pavel et Mousse, d’Aurore Petit (Les fourmis rouges), c’est un joli livre carré, bien épais et à la couverture toilée qui raconte une formidable rencontre. Mais les lecteurs et lectrices de notre chronique le savent, nous aimons ces livres d’allure enfantine qui parlent aux enfants, dans leur langage, de réalités essentielles. L’autrice-illustratrice Aurore Petite, célèbre depuis sa série inaugurée par Une maman, c’est comme une maison qui a cartonné, évoque cette fois l’adoption, la parentalité et l’identité telle que l’enfant se la construit. Toute une série de trouvailles narratives et graphiques montre aussi l’évolution d’un bébé vers l’âge adulte. Et la dédicace est venue compléter ce qui était déjà un coup de cœur : « Merci à tous les enfants qui font grandir leurs parents » !

Pavel et Mousse

Aurore Petit a développé une œuvre marquante où elle s’adresse aux plus petits et leur parle de ce qu’ils sont, de ceux et celles qui les entourent, de leur évolution dans les premiers mois et les premières années de leur vie. Pour ce faire, elle a trouvé un narratif, des mots et des illustrations extrêmement lisibles qui sont devenu∙e∙s sa signature. Elle a initié sa démarche avec Une maman, c’est comme une maison, suivi d’autres titres qui se sont vendus à 47 500 exemplaires en tout et ont été traduits en quatorze langues, dont le roumain et l’ukrainien. C’est dire si son approche a une dimension quasi universelle.

Avec Pavel et Mousse (Les fourmis rouges), Aurore Petit met en scène un adorable lapin jaune, Pavel, qui trouve un bébé panda, perdu ou abandonné dans la forêt. Tout rose car, sans sa fourrure d’adulte, le petit panda ressemble de très près à un∙e petit∙e humain∙e. Attendri par cette minuscule créature toute rose, Pavel ne peut se résoudre à laisser le petit être à son sort, décide de l’adopter et le baptise Mousse. La vie de ce lapin ordinaire est néanmoins chamboulée. En effet, s’occuper d’un bébé n’est pas une sinécure. Heureusement, Pavel va bénéficier des conseils de voisins lapins bienveillants, parents d’une famille nombreuse ! En un subtil processus narratif, nous assistons aux développements de Mousse qui, de petit être dépendant, grandit, s’épaissit, change d’apparence pour bientôt atteindre une taille et l’allure noire et blanche d’un magnifique panda. Tant et si bien que Mousse devient bien plus imposant que le chétif Pavel face à lui, ce qui donne un étonnant comique de situation. Petit à petit, ils deviennent un duo attentif l’un à l’autre et Pavel, à son tour, bénéficie de la présence du panda à ses côtés.

Avec finesse et originalité, Aurore Petit évoque une adoption, la parentalité, la construction d’une identité et met en scène ce proverbe qui dit qu’« il faut tout un village pour élever un enfant ». Dans le sillage de l’autrice-illustratrice, les jeunes lecteurs et lectrices découvrent que tous les parents sont traversés par les mêmes doutes, tâtonnements et peurs et que, finalement, ils grandissent avec leurs enfants… Le tout sans s’appesantir sur le sujet. Des aspects quotidiens de la parentalité sont abordés comme les bains, les repas, le sommeil, les besoins… Avec Pavel qui recueille Mousse, ce sont aussi des notions comme les liens de sang, l’apparence physique, la transmission, la solidarité, la vie sociale qui sont esquissées en filigrane. Touchant et plus profond qu’il ne nous semblait en première lecture, cet album montre qu’il est tout à fait possible de raconter aux plus jeunes une histoire qui prend son temps avec beaucoup de pages (208 en l’occurrence, certes resserrées) et de rebondissements. Ajoutons que l'objet vaut aussi par son esthétique, petit signet en tissu, couleurs qui claquent, illustrations minimalistes efficaces et même des séquences chapitrées et titrées plutôt rares dans les livres pour tout-petits. Une petite perle d'affection, de dévouement, d'entraide, mais aussi d’humour avec une grande séance finale de déguisements où l’on ne sait plus qui est qui. Pépite de l’album illustré au salon de la littérature jeunesse de Montreuil en 2025 (à partir de 2 ans).

Pavel et Mousse, d’Aurore Petit (Les fourmis rouges)