Loisirs et culture
2025 est un très grand cru en matière de jeux. Mais 2026 ? Nous avons justement plongé dans le futur, lors du plus gros salon du jeu du monde, pour vous rapporter inédits et valeurs sûres de demain. Il y a du bon, mais il fallait avoir l’œil !
Du haut de ses 78 000 m², le Spiel, le plus gros salon du monde du jeu, planté à quelques encablures du Rhin, à Essen, demande beaucoup d’endurance. On ne parle pas d’un faux plat, mais bien d’un massif montagnard qui culmine sur des kilomètres. Nous l’avons gravi entièrement. À l’affût des joyaux qui s’y dissimulent, cachés par des hordes de gobelins, de chats kawaii, d’imageries de donjons et de milliers de plateaux qui s’étalent sur des tablées entières, prompts à vous faire renoncer à suivre l’actualité ludique.
► 2026, une année de combat
Avant de présenter notre moisson, parlons des tendances qui attendent les jeux en famille dans les mois à venir. Nous vous parlions des Donjon crawler il y a deux ans, qui s’adaptaient aux familles. Des jeux teintés d’heroic fantasy avec une mécanique de jeu de rôle, dont le scénario se passe dans un donjon. Karak en est l’illustration parfaite. Ici, le mouvement suit son cours et, aujourd’hui, nos dragons et donjons se « kawaiisent » pour un public toujours plus nombreux et familial. Dino Dungeon (Hodari Spiele), pour ne citer que lui, va faire chavirer le cœur de tous les petits joueurs et de toutes les petites joueuses.
Autre tendance, celle du rétrogaming ou des animés 80’s, qui se traduisent en jeux d’affrontement. Tag Team (Scorpion masqué) l’incarne le mieux. L’imagerie Street Fighter se décline dans tout un tas de jeux de baston. On fait perdre alors des points de vie à son adversaire jusqu’à le ou la mettre K.O. Il va en pleuvoir à torrents.
Côté jeux 3 ans et +, les propositions affluent. Djeco nous a épatés cette année avec son Toktooyou, jeu de cartes où vous devez faire deviner un monstre en lui prêtant une voix. Ici, Blob, de l’éditeur allemand Noris, propose de faire vivre tout un tas d’aventures à une vraie goutte d’eau que l’on dépose sur un plateau avec un labyrinthe en mousse. Une pipette, des contraintes et c’est parti. Gageons qu’il trouvera vite une VF dans l’année.
► Le jeu de cartes, l’inépuisable
Dans cette offre surabondante, un retour aux jeux simples souffle avec fraîcheur. Passons les dizaines de clones de Skyjo et Uno et concentrons-nous sur les bonnes surprises. Un petit jeu nous a fait capoter et, avec lui, la découverte d’un éditeur allemand (encore) de génie : 10 traders. Son petit dernier, 7 Merry Monsters, jeu de cartes avec des monstres affublés de vieux prénoms allemands, s’explique en deux phrases et permet via son ingénieux système de comptage d’être d’une singularité attachante.
Cartes, toujours, les Texans fous furieux de Pandasaurus games sortent Beasts, dont la beauté ne laissera personne indifférent. Mécanique coopérative et maline, on se bat à deux, trois ou quatre, contre des bêtes qui nous veulent du mal. L’idée, toute simple, consiste à monter valeur par valeur pour se débarrasser de ses cartes. Seulement, le jeu lui-même vous met des bâtons dans les roues et se montre souvent plus fort que vous. Alors, on recommence, dans l’idée de se montrer plus malin que les bêtes. Peine perdue ?
Plus loin, les Français inspirés de Old Games Edition nous promettent de la bonne humeur et du chaos. C’est exactement le cas avec leur future sortie, Denko. Jeu de samouraï, à la mécanique semblable à Taco Chaton Pizza que vous êtes beaucoup à aimer. Ici, les Yokai, des démons japonais, viennent jouer les trouble-fêtes et vous imposent des contraintes qui, cumulées, vont finir par vous faire perdre la tête. Ce qui fait mauvais genre quand on est un samouraï, avouez-le. Rien n’est laissé au hasard, jusqu’à la boîte qui se transforme en dojo.
À signaler, chez eux, Brutus, un jeu de plis impitoyable qui sort, lui aussi dans les mois à venir. Nous ne manquerons pas d’y revenir. Enfin, pour clore le tour de cartes, nous trépignons d’avance à l’idée de vous faire découvrir Tacta (USAopoly), au slogan évocateur : « Connecte, couvre et conquiers », un jeu de connexion de cartes qui promet des heures entières de casse-tête.
► D’où vous sort ce type d’idées ?
Le Spiel, c’est aussi l’occasion de voir que l’imagination des auteurs et autrices est sans limite. Nous vous passerons les improbables titres comme Dick Sits (Travel Games), interdit aux moins de 18 ans, dont nous vous laisserons apprécier le clin d’œil à Dixit… On croise des joyaux comme Orthognomes de Phantom Lab, sorte de Tetris sur un plateau tournant à la croisée d’un puzzle 3D et d’un jeu abstrait.
Abstrait toujours, nous sommes tombés en amour devant la simplicité évidente de Playball des infatigables Borderline Editions, dont le but consiste à mettre trois buts à son adversaire, via trois actions simultanées et des tas de combinaisons à chaque tour. Chaque attaque peut vite se retourner contre soi dans ce jeu de réflexion dynamique et nerveux.
Impossible d’énumérer ici toutes les trouvailles graphiques et ingénieuses des différents éditeurs japonais. Itten synthétise les deux et il le prouve avec son petit dernier, Gravity Three, qui réunit trois jeux en un dans un format de poche allongé. On y joue avec des pions de couleurs et de poids différents. On intègre la boîte comme élément de jeu. Voilà qui hisse, une fois de plus, le jeu au rang d’art.
Idée improbable, toujours. Dans quelques mois sortira Petits Soldats (Iello). Si l’esthétique fait penser à Toy Battle (Repos Production), la comparaison s’arrête là. Ici, deux équipes de plusieurs joueurs plantent leurs troupes de petits soldats façon Toy Story dans un décor de la vie de tous les jours. Une chambre d’enfant avec des jouets partout, une table de petit déjeuner… tout va servir de décor à une guerre entre deux camps. Une sorte de wargame pour enfant, donc. Si on aime l’idée de jouer entre un paquet de céréales et un pot de confiture et que les systèmes de déplacements, d’attaques sont habiles, nous ne sommes pas certains que la mécanique passionne les enfants. Ni que le contexte international se prête à ce genre de jeux, sur fond de surenchère ludique bien (trop) axée sur l’affrontement. À suivre, quoi qu’il en soit.
► Jouez sans autre facteur que le plaisir de jouer
Cette balade étourdissante nous mène à une visite chez Cosmoludo qui nous présente son petit dernier. Kumata est dans un registre différent de la gamme habituelle (Oxono, Yokii…). Dans ce jeu malin de placement de tuiles, on joue avec des valeurs et des couleurs qui, si elles sont visibles à la fin de la partie, détermineront le score final.
Il sort en début d’année prochaine pour talonner le festival ludique du jeu de Cannes, le Festival international des jeux (FIJ), nous explique-t-on.
Le secteur du jeu, on l’a vu, devient de plus en plus concurrentiel. Pour se démarquer, les éditeurs et éditrices doivent viser les coups de projecteur qui sont mis à l’occasion des festivals les plus renommés. Le Spiel, le FIJ, le festival de Vichy, celui de Parthenay et les prix qui vont avec.
« Seulement, un As d’Or ou un Spiel des Jahres, c’est biaisé, observe Thomas, de Cosmoludo. On prime un éditeur qui a les reins solides. Il le faut pour suivre la demande ». La clique d’Helvetiq, justement couronnée de l’As d’Or 2025 pour son Odin, abonde. « Un prix aussi important, c’est 300 % de ventes supplémentaires dans la première semaine », nous confie l’éditeur.
On quitte finalement ce mastodonte de la foire aux jeux et aux enjeux. Où les gros distributeurs internationaux côtoient les petits artisans qui injectent le plus de savoir-faire éthique possible. Où le gros plastique côtoie le bois issu d’une agro-forestation raisonnée. Ou les illustrateurs, illustratrices et les auteurs et autrices combattent les intelligences artificielles. Ces contrastes, ce sont ceux de notre monde. Si sympathique soit-il, le monde du jeu n’y échappe pas. Et le plaisir du jeu, là-dedans ? Est-ce que tou·tes ces professionnel·les l’ont encore en tête ? L’émerveillement est-il encore possible ? S’émerveiller, tiens, voilà qui ferait un beau prix.
Et peut-être même un bon jeu…
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