Loisirs et culture

Douze livres jeunesse pour un été à la page

Les livres pour la jeunesse nous accompagnent pendant les congés estivaux

Juillet brille de tous ses feux. Août nous attend. Et les livres pour la jeunesse nous accompagnent. Embarquement immédiat !

► L’été, mon imagier nature

Comme le dit l’éditeur, voici un album carré cartonné « pour toutes les petites mains ». Cinq entrées, les graines - dont celles du pissenlit -, les feuilles d’arbres, les récoltes, les coquillages et les étoiles. Cinq pages épaisses avec une découpe en forme de loupe, microscope, longue-vue ou télescope pour ouvrir grand les yeux sur le monde autour de soi.

  • L’été, mon imagier nature, d’Adeline Ruel (Père Castor). Dès 1 an.

► Un oiseau, une fleur

Savez-vous que votre jardin ou le parc de votre quartier peuvent être de formidables jungles. Ce petit livre tout carton illustré d’aquarelles lumineuses vous invite à ouvrir les yeux sur la foultitude d’oiseaux, de fruits, de plantes et autres vivants qui peuplent notre environnement. Une manière pour l’enfant de découvrir le monde tout proche et de le nommer au gré de ses rencontres. Et si cette découverte se fait un jour d’été, par exemple chez des grands-parents, elle aura également une autre saveur, celle du « souvenir d’une pivoine, du geai, du sourire de Mamilande et d’un matin de vacances ensoleillées ».

  • Un oiseau, une fleur, de Cécile Roumiguière et Julia Spiers (Seuil jeunesse). Dès 3 ans.

► Tous à la rescousse

Et si pour changer, nous enfilions la tenue d’un homme-grenouille. Tomoko Ohmura déroule de page en page, avec un flap central, toute une ribambelle d’animaux sous-marins, une variation très originale sur le thème de la frise, de la file indienne. Tout cela est assez animé grâce à une double narration et une numération. Chacune des cinquante bestioles rencontrées porte un numéro, mais surtout nous fait son numéro. Avec un objectif : secourir une pieuvre qui s’est emberlificotée dans une situation délicate. Rafraîchissant.

  • Tous à la rescousse, de Tomoko Ohmura (L’école des loisirs). Dès 3 ans.

► Roland Léléfan à la plage

Voici le sixième épisode des aventures de Roland Léléfan. Louise Mézel doit garder une nostalgie de Babar tant son personnage ressemble à celui qui l’a précédé. Il est vrai que l’animal avec ses grandes oreilles, sa trompe et son énorme masse a de quoi fasciner les jeunes esprits et les adultes resté·es jeunes.
Cette fois, Roland part à la mer pour des vacances bien méritées au terme d’une année de labeur. Après un essai de maillots, le voici sur le sable avec ses nouveaux amis le chien Voltaire et la mouette Jasmine, des coquillages, les parasols, un cerf-volant, etc. Il bronze, il nage, il écrit, il observe. Les illustrations de Louise Mézel sont délicates, combinant un simple trait noir et des aquarelles aux couleurs tendres. Celles où il teste différentes nages au milieu des vagues sont un vrai bonheur.

  • Roland Léléfan à la plage, de Louise Mézel (La Joie de lire). Dès 4 ans.

► Derrière les rochers

La première page avec une fillette en train de savourer une glace fait déjà saliver. L’album continue de façon aussi familière avec six enfants qui décident de jouer à cache-cache au milieu des rochers d’une plage bretonne. Scène on ne peut plus quotidienne et illustrations estivales réalistes. C’est le temps des vacances et de l’aventure. Sauf que nous basculons d’un coup dans un univers fantastique, aux allures de château sous-marin, habité par des personnages avec des têtes de crevette, de pieuvre, de poisson jusqu’au retour à la réalité. Magique !
Autre touche magique et unique : Élodie Bouédec utilise… le sable comme outil graphique principal, ce qui donne une tonalité et une texture particulières à ses illustrations.

  • Derrière les rochers, d’Élodie Bouédec (Seuil jeunesse). Dès 4 ans.

► Mika et la baleine

Il y a deux ans, Maude Sene publiait Qu’y a-t-il sous la mer ? Cet été, elle refait surface et nous propose la découverte d’un phare où vit Mika, car son père en est le gardien. Quand ce dernier part en course sur la terre ferme, Mika le remplace avec l’aide d’un morse en pull marin, Roscoff, son seul ami. À leur suite, nous visitons l’intérieur d’un phare agrémenté d’un… toboggan qui leur permettra de porter secours sans hésitation à une baleine en détresse. Mika est un petit héros enthousiaste et volontaire auquel les enfants ne manqueront pas de s'identifier. Le dessin est simple, dynamique, lumineux dans ses nuances de bleu, blanc, rouge.

  • Mika et la baleine, de Maud Sene (L’école des loisirs). Dès 4 ans.

► Le bateau de fortune

Autant le dire d’entrée de jeu : on a un faible pour le travail de l’illustrateur québécois Stéphane Poulin. Sa maîtrise de la peinture à l’huile, tout en rondeur et en profondeur, son sens des perspectives, l’expressivité de ses personnages nous emballent à chaque fois. Avec lui, les lumières du ciel, l’ondulé des dunes, l’ourlet des vagues et les nuages poussés par le vent prennent corps. C’est comme si on y était. L’ours Michao, dans le rôle du bonhomme un peu pataud mais philosophe, part à la mer avec Marguerite la chevrette, la belle de plage au grand chapeau, et le narrateur, un renardeau humanisé comme ses compères, gavroche en salopette. Problème : le coffre de leur voiture est vide, ils ont oublié leur maillot et l’attirail du parfait plaisancier. Qu’à cela ne tienne, ils vont bricoler un bateau et le charger de leurs rêves.

  • Le bateau de fortune, d’Olivier de Solminihac et Stéphane Poulin (Sarbacane/coll. Les Petits Albums). Dès 5 ans.

► Les vacances de Momoko

Le livre jeunesse nous invite souvent aux voyages, comme cette série récente autour d’une petite Japonaise, Momoko, et de sa petite sœur Minako. Leurs prénoms ont déjà un goût d’ailleurs. Les illustrations de Kotimi et la découverte du quotidien du pays dans les années 1970, bien éloigné du Japon ancestral, proposent une facette de la culture nippone peu explorée dans le livre jeunesse, même si la touche japonisante est bien présente comme cette scène de bains féminins collectifs avec un mont enneigé à l’horizon. Suite de petites histoires à lire à son rythme et selon l’ordre souhaité, Les vacances de Momoko encouragent la lecture-plaisir.

  • Les vacances de Momoko, de Kotimi (Rue du Monde). Dès 6 ans.

► La boule au cœur

Les vacances ne sont pas que des parties de plaisir ! Elina en fait la douloureuse expérience. L’été précédent, Betty s’est moquée des rondeurs de sa mère. Depuis, sa colère, mais aussi la honte, la « honte d’avoir honte », n’ont fait que bouillonner et former une méchante boule au cœur. Et cette année, elle retrouve Robin, Zélia, Maxence et… Betty. Avec des mots simples et des illus expressives, les autrices abordent l’acceptation de son corps, le regard porté par les autres, les tout débuts de la puberté, l’ambivalence des sentiments, en particulier vis-à-vis de sa mère, les premiers émois amoureux, etc. Dans une société où les critères physiques continuent à peser sur certain·es, ce court roman fait œuvre utile tout en parlant au cœur.

  • La boule au cœur,d’Anne Loyer et Anna Griot (Kilowatt/coll. Les Kapoches). Dès 7 ans.

► Soirée d’été

Livre jeunesse ou livre d’art ? Certaines publications sont à la frontière des genres et c’est ce qui fait leur charme. Originaire du Bélarus, vivant et enseignant à Bruxelles, Dina Melnikova lève un voile sur la réalité pour approcher l’invisible et l’indicible. Peu de mots, quelques traits à l’encre de chine, au fusain et au monotype esquissent le souvenir d’une soirée d’été avec sa grand-mère dont elle a retenu cette leçon de choses : « Tu sais, quand les hirondelles volent bas, elles annoncent la pluie ».

  • Soirée d’été, de Dina Melnikova (CotCotCot éditions). Dès 6 ans.

► L’explorateur

L’Amazonie fascine votre progéniture. Voici un roman d’aventure haletant raconté du point de vue de Fred et de trois autres enfants, dont l’avion s’est crashé dans la jungle. Seuls rescapés, ils vont devoir affronter la nature hostile, subvenir à leurs besoins primaires et contrôler leurs états d’âme pour rester unis. La survie est à ce prix. Il faudra attendre la moitié du roman pour rencontrer l’explorateur, un homme bourru, misanthrope y compris avec les petits d’homme, qui vit dans une cité antique et qui n’a rien d’un… explorateur. Entre eux se noue une relation forte où les valeurs du vieux solitaire butent sur celles des petits civilisés. Peu à peu, la méfiance cède le pas à une complicité pudique, mais profonde.
Fascinée par cette région-monde qu’elle a voulu faire découvrir aux enfants, Katherine Rundell a reçu pour ce livre les prestigieux Costa Book Award, Children’s Book Award et London Book Fair Children’s Travel Book of the Year. Rien que ça !

  • L’explorateur, de Katherine Rundell, illustrations de Hannah Horn (Gallimard/Folio Junior). De 10 à 100 ans.

NOTRE COUP DE CŒUR

Le rêve de Jonas

Quand un album est servi par une esthétique forte, jouant de contrastes et donnant corps aux personnages, et qu’il s’appuie sur un texte qui parie sur l’intelligence de l’enfant, on applaudit la démarche.
Jonas, une vraie tronche avec son regard exorbitant derrière de grosses lunettes, est né en bord de mer. Il a une vraie fascination pour l’océan qu’il rêve d’explorer. La mer est son univers et l’attire comme un aimant, malgré les craintes de ses parents et moqueries de pêcheurs qui, eux, rêvent de pêche industrielle. Jonas n’est pas confiné à son statut d’enfant et c’est suffisamment rare en littérature jeunesse pour le souligner. Nous le suivons à 2, 8, 18, 30 et 80 ans, dans le même décor, ce qui offre à la fois répétition et évolution.
Au gré des cycles de la vie, il s’accroche à son rêve jusqu’au bout malgré un monde qui change. Le livre fait en effet allusion au dérèglement climatique et à l’industrialisation du monde, sans appuyer le propos. À partir d’objets divers récupérés sur la plage, il bricole plus qu’il ne construit un scaphandre ou une fusée sous-marine. Plonge et échoue dans ses tentatives, mais s’accroche. Vaille que vaille, il parvient à explorer les fonds à la rencontre de poissons, méduses, algues. La fin sombre qui laisse deviner une possible apocalypse montre qu’il avait raison. Cerise sur le cadeau : un court-métrage réalisé par l’autrice en 2017, Jonas and the sea, dont cet album est subtilement adapté, est à découvrir en scannant le QR code repris en dernière page. Une manière supplémentaire d’approcher ce livre et son univers, sans parole et avec musique.

  • Le rêve de Jonas, Marlies van der Wel (Kaléidoscope). Dès 7 ans.