Loisirs et culture
Vincent Sélenne est joueur, très joueur même. Au point d’en avoir fait son métier, certes un peu sur un coup de dés. Depuis trente ans, il s’efforce d’abattre la bonne carte, de trouver l’idée qui va faire que le jeu en vaut la chandelle.
► L’homme
Âgé de 56 ans, papa de deux enfants de 20 et 22 ans, Vincent Sélenne a toujours été joueur. Son premier souvenir ludique : Belgique, carrefour de l’Europe avec ses voitures, ses bateaux, ses avions, un jeu édité par la société Magellan dans les années septante. « Du côté de mes parents, si mon père n’a jamais été joueur, ma mère aimait les jeux de société, les jeux de stratégie. J’ai toujours un peu baigné là-dedans… comme mes enfants aujourd’hui, même si mon fils est plus jeux vidéo que jeux de société. Du coup, ils ont longtemps servi de cobayes pour tester des jeux. Moi, je continue évidemment à jouer régulièrement, mais avec une autre approche au fil du temps. Avant, il y avait plus d’excitation, aujourd’hui, faire une partie, c’est comme faire une belle balade, tranquille, pour le plaisir. L’adrénaline, je la trouve maintenant dans une autre pratique, toujours liée à l’univers du jeu : le poker. C’est un truc que j’adore, parce que ça mêle de la stratégie, des mathématiques, de la psychologie. Je joue en compétition et je prends vraiment mon pied avec ça ».
Le poker, avec ses mathématiques, ses jetons de valeur et ses revirements stratégiques, pourrait aussi symboliser le parcours étudiant, puis professionnel de Vincent Sélenne. « On est très portés sur les sciences dans ma famille. Moi, j’ai fait mes études d’ingénieur en agronomie à Gembloux avec l’idée de partir ensuite en Afrique avec un grand projet. J’ai vite compris que ce n’était finalement pas pour moi, je n’étais pas prêt. De retour en Belgique, j’ai fait un MBA (master of business administration) à la Vlerick Business School à Leuven. J’avais envie de comprendre comment marchait une entreprise, avoir des notions de comptabilité et de marketing, savoir vendre et se vendre ».
Si l’idée d’entreprendre était là, manquait encore le bon coup de dés pour faire avancer les pions. Pour connaître la suite, avancez jusqu’à la case Art of Games…
► Art of games
Tout a commencé alors que Vincent Sélenne fait son MBA. Un job date avec des multinationales, un business game marketing… et la roue était lancée. « Je trouvais que le jeu proposé n’était pas super bien fait, j’ai donc fait une version grand public. Ça s’appelait MUST, pour ‘money utilisation strategy’. Allez savoir comment, il y a eu deux articles dans la presse économique et j’ai vendu la moitié de mon stock, ce qui m’a permis de rentrer dans mes frais. C’est comme ça qu’est née Art of Games, c’est vraiment l’entreprise de départ. Ça a été idéal que le premier jeu marche, ça a lancé la machine. Et heureusement, parce que j’avais quand même fait un emprunt de 15 000€ ! ».
Trente bougies plus tard, si Art of Games est restée une petite entreprise, elle est surtout devenue une valeur sûre sur le marché. Un parcours gagnant qui se vérifie par quelques chiffres impressionnants : trois millions de boîtes produites, 850 jeux créés sur mesure et une quinzaine de titres édités en son propre nom. « La création de jeux sur mesure, particulièrement les jeux éducatifs, c’est ce que j’aime le plus. Le client vient avec son expertise et son message à faire passer, à nous ensuite de trouver la mécanique de jeu innovante, le graphisme attirant. Dans cette phase de création, j’ai le cerveau qui travaille un peu tout seul… mais tout le temps. Une fois que les idées sont là, il y a encore pas mal de travail derrière pour arriver à un produit fini qui colle avec les attentes du client. Pour cela, je travaille avec les mêmes deux graphistes, Lorent et Vincent, depuis longtemps, ils sont super efficaces et captent tout pour mettre en images. Si la formule fonctionne, c’est parce qu’on a réussi à trouver l’équilibre entre savoir-faire, expérience et singularité, le tout en gardant en tête que jouer, ça doit être simple. Et faire simple, c’est ce qu’il y a de plus compliqué ! Concevoir un jeu, écrire des règles, c’est un super boulot, mais c’est aussi long et difficile ».
Lecteurs, lectrices, c’est votre jour de chance ! Recevez un bonus et filez jusqu’à la case Avalam…
► Avalam, belle histoire et best-seller
Avalam, c’est en quelque sorte un fil rouge chez Art of Games, puisque la septième édition, Avalam Evolution, est sortie en 2022. « Avalam est sorti pour la première fois en 1996, mais ce n’est pas Art of Games qui l’éditait alors. C’est un jeu que j’ai adoré tout de suite parce que c’est un peu tout ce que j’aime : abstrait, stratégique, pas trop de règles, une mise en place rapide, des parties qui ne se ressemblent jamais. Au bout de quelques années, j’ai vu qu’il n’était plus sur le marché. Je trouvais ça dommage, alors je me suis débrouillé pour retrouver l’auteur du jeu, Philippe Deweys. Quand je l’ai contacté, il m’a dit qu’effectivement il n’y avait plus rien autour d’Avalam, que l’activité s’était arrêtée. C’est comme ça que j’ai décidé de le relancer et de le rééditer chez Art of Games. C’était en 2007 et on en est aujourd’hui à la septième édition. Si la base reste la même, on essaye de continuer à le faire évoluer, avec des règles alternatives, des nouveaux pions... C’est une belle aventure qui est même devenue internationale, avec, par exemple, trois mille boîtes d’une version spéciale qui circulent aux États-Unis. On peut dire qu’Avalam est vraiment le best-seller d’Art of Games ».
Les dès vous ont encore été favorables (décidément, quelle chance !), sautez jusqu’à la case suivante…
► Le monde du jeu
De belles histoires comme Avalam, il en existe bien d’autres… tout autant que des échecs. Il faut dire que le monde du jeu est devenu un petit peu dingo. « Un chiffre pour vous indiquer la folie actuelle : il sort trois nouveaux jeux par jour. Autant vous dire que le secteur est devenu hyper concurrentiel. Pourtant, si on revient un peu en arrière, il n’y pas si longtemps, le jeu avait une image un peu ringarde et pas fun du tout. Un gros succès commercial comme le Trivial Pursuit a fait du mal au monde du jeu, parce que ça montrait une facette pas super ludique, parce qu’il y a avait des erreurs dans les réponses. On le sortait comme si on disait : ‘Tiens, on va regarder un film’ et qu’on repassait pour la cinquantième fois le même truc pas super drôle alors qu’il y a plein de films différents. Le jeu, c’est pareil, il y a un tel foisonnement d’idées qu’on peut toujours trouver quelque chose de nouveau et d’intéressant. Et si on n’y connait rien, comment on fait ? Je ne peux que conseiller aux parents d’aller chez les petits détaillants, de fréquenter en famille les clubs de jeux, de faire un tour sur les petits festivals. L’intérêt, c’est de sortir des gros circuits commerciaux des géants de l’édition. Pour moi, il y a tellement plus de créativité chez les petits éditeurs, avec des merveilles qui sortent mais qui, malheureusement, ne rencontrent pas le succès qu’elles méritent. Pour vous donner un ordre d’idées de notre problématique, nous, les petits et moyens éditeurs, quand on vend un jeu à plus de trois mille exemplaires, c’est déjà très bien. Généralement, on fait mille, deux mille exemplaires et on stoppe. Chez les gros, des titres comme Blokus ou Time’s Up, ça se chiffre en millions d’exemplaires… ».
L’arrivée est en vue ! Lancez les dés une dernière fois pour rejoindre la case finale.
► À quoi on joue ?
L’occasion était trop bonne pour ne pas demander à Vincent Sélenne de vous aiguiller, vous, parents, vers des jeux plus que recommandables.
Pour les plus jeunes
- Tabladwa : coup de cœur du Ligueur dans la sélection jeux/jouets 2021, Tabladwa est aussi bien adapté à l’école qu’à la maison, avec des thèmes comme les mathématiques, la conjugaison, le monde, les animaux. La gamme va encore s’étoffer avec le calcul mental et l’anglais.
À partir de 8 ans
- Lixso : un jeu de défis logiques basé sur des pièces en forme de L de quatre couleurs. On peut y jouer en solo ou en coopération.
À partir de 10 ans
- Pandémie : un jeu qui mélange stratégie et coopération, facile à comprendre… mais qui donne pas mal de fil à retordre aux joueurs et joueuses.
- Colt Express : le Far West, des bandits, une locomotive à attaquer… Le décor planté, il n’en faudra pas beaucoup pour entendre les premiers éclats de rire, entre attaques rondement menées et plans qui tombent subitement à l’eau.
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