Vie pratique
On n’a pas fini d’en parler de ces chers écrans. En quelques années seulement, ils se sont imposés au sein de la problématique familiale et font bien plus que diviser, ils isolent sous un même toit. L’inquiétude gagne tous les fronts. Des géants de la Silicon valley qui se penchent sur la question de la dépendance aux pros qui échafaudent moult théories, en passant par les expert·es qui tentent de coller maints pansements sur des jambes de bois. Que faire ? En fin de compte, c’est très simple : donner goût au vivant, bien sûr. Allez, on scrolle tout ça.
Et le potentiel, bordel ?
Lors d’une interview, un confrère nous a posé une question à laquelle nous n’avons pas su répondre immédiatement. Pourtant, il ne s’agissait pas d’une colle, mais bien d’une interrogation qui coule de sens : quelles seraient les vertus du smartphone chez nos jeunes ? Passons l’argument d’être joignable à tout moment, on ne connaît que trop bien les dérives : la géolocalisation des enfants qui transforme certains parents en espions numériques.
Non, il doit bien y avoir des points à la faveur des joujoux high-tech. Et si nous cherchions du côté de l’école pour voir de quoi il en retourne ? Nous vous avons parlé de l’établissement Sainte-Marie à Rèves qui a décidé de se servir du potentiel des GSM pour agrémenter ses cours. Potentiel, c’est-à-dire ? Une diminution des coûts, pas négligeable quand on sait qu’aucun établissement n’a les moyens d’équiper toute une classe de tablettes. Ici, les élèves sont captivés, ils participent en classe. Le cours d’éducation aux médias – grand absent du Pacte d’Excellence – existe et est rendu concret.
Mieux encore, le directeur nous a même expliqué que les ados décollent leur nez du smartphone pendant la récré et, phénomène devenu presque incroyable, ils discutent. Sans bestiole technologique en main. Mais, hélas, le « rêve Rèves », épiphénomène, fait office d’exception et la réalité pour l’heure, c’est le visage absorbé de nos petits par la lumière bleue.
Mot de code : limiter l’utilisation
Année après année, les témoignages souvent désolés autour de nous se multiplient. Les parents semblent désemparés. Beaucoup cèdent. D’autres redoublent d’inventivité. Ainsi, une maman nous racontait qu’elle invitait des petits potes de son fils le mercredi après-midi et que, lasse de les retrouver plongés chacun sur leur satané « G », elle avait trouvé deux-trois bricoles assez efficaces.
La première, assez effarante : faire confiance. On a vite tendance à oublier que l’on peut mettre toutes les barrières numériques au monde, tous les interdits, la seule régulation vient des ados eux-mêmes. Cette maman a donc convenu d’un temps d’écran - toutes technologies confondues - pour son fils âgé de 12 ans de trois heures qui comprennent les devoirs faits sur l’ordinateur, la télé, les jeux… Et le fiston de piocher lui-même dans le vivier d’heures. Ce qui a été laborieux au départ a fini par fonctionner.
L’autre problème observé par cette maman : l’écran rend évidemment statique. Elle a donc décidé de se servir du potentiel écran pour faire bouger son petit et ses copains zombies. Comment ? En le poussant à se servir du virtuel pour le réel. Organiser une partie de foot via Snapchat, une balade à rollers en créant un groupe WhatsApp, etc. Car ces petites bombes greffées aux mains de nos ados sont de vraies portes d’entrée pour bouger en bande et ne pas rester scotché seul devant la machine. Heureusement, la force des copains l’emporte encore sur les plaisirs numériques. Le dirons-nous encore dans quelques années ?
Le réel, c’est comme le virtuel, en mieux
Lecteurs fidèles, vous le savez, au Ligueur, on prend très au sérieux la problématique du virtuel et de l’isolement de l’enfant. Toutefois, prenons deux pas de recul. Relativisons. L’écran n’est pas une épidémie. Elle ne touche pas tous les jeunes de la même manière. À chaque fois, n’oubliez pas de partir du caractère de votre enfant et de sa propre réalité. Reportez-vous à votre propre adolescence. Et souvenez-vous de ces heures, pendu·e au téléphone avec vos copains/copines. Finalement, ça vous coupait un peu de votre famille au même titre qu’une tablette, un GSM ou autre, pas vrai ?
Cette problématique pour laquelle vous avez voté en masse est une problématique d’ados. Cet âge de la vie où l’on tombe vite dans un comportement compulsif. Voilà de quoi vous donner du courage. Même si vous avez l’impression de répéter inlassablement les mêmes mises en garde, recommandations et règles à un mur en béton armé, dites-vous bien que quelque part, vous êtes entendus.
À vous aussi de donner goût à votre enfant à cette réalité et de faire en sorte qu’il ne lâche jamais prise avec elle. Cela peut se faire par des actions très simples. Ouvrir les portes de sa maison aux potes et organiser quelques activités déconnectées. Pourquoi pas un peu de graffiti ? Pourquoi pas écouter des disques ? Aller se balader. Les faire bricoler. Ils lèveront les yeux au ciel, mais seront ravis de retrousser les manches. En un mot, entretenez la relation. Et surtout n’hésitez à montrer de l’intérêt pour son petit monde, sans être trop intrusif. La juste distance est votre mantra.
Ainsi, vous démêlerez ses vraies amitiés de celles purement numériques. Sans jamais oublier que les réseaux sociaux, c’est son monde. Monde qui vous est fermé, mais pour lequel vous opérez une surveillance de soutien. Enfin, vous n’êtes pas seul·es au monde. Ce thème de l’écran, tout le monde s’en empare. La BD, le théâtre, le cinéma. Régulièrement, nous vous donnons des conseils à son propos. Appuyez-vous dessus pour montrer à vos enfants où sont les pièges et les dangers. Ça ouvre des échanges vifs, mais ô combien constructifs. Parce qu’au-delà de ce monde qui bleuit les visages et absorbe toute l’attention, il y a un univers riche et foisonnant : celui qui vous montre un peu de la personnalité de votre petit. Voilà qui donne envie de s’y pencher, non ?
MAIS ENCORE...
Et les jeux vidéo ?
Petit à petit, le fossé générationnel se réduit du côté des manettes. Parce que vous, les parents d’aujourd’hui, vous avez connu, joué et souvent adoré Mario, Sonic, Donkey Kong et compagnie. Vous le connaissez bien ce goût du jeu, des parties interminables et ce sentiment de puissance que peuvent procurer manettes et joysticks. Ce capital, c’est votre trésor de guerre pour comprendre votre ado et sa capacité à surconsommer des jeux vidéo.
Et jouer avec son ado, c’est une fabuleuse porte d’entrée pour semer par petites touches les graines de l’éducation aux médias, ouvrir le regard qu’il peut poser sur les écrans, sur sa consommation horaire. C’est aussi un formidable outil pour simplement entrer en communication avec lui, le faire parler de ce qu’il aime ou n’aime pas, de ce qui le fait vibrer ou fuir.
Pour les parents réfractaires aux consoles de jeu, l’objectif est de quand même montrer de l’intérêt pour son hobby préféré. Le minimum ? Savoir à quoi il ou elle joue et avec qui. Si vous observez votre fille, votre fils par le prisme des jeux vidéo, vous découvrirez qu’en rien il ou elle s’exclut du monde (sauf à de rares exceptions pathologiques). La communauté du gaming est vaste, curieuse, passionnée et même synonyme de belles histoires de rencontres « en vrai ».
Par contre, si la vie de votre ado tourne entièrement autour des jeux vidéo, que ses résultats scolaires sont en baisse et que sa vie sociale se réduit à peau de chagrin, alors, oui, il y a un problème et consulter est nécessaire (plein d’infos en néerlandais sur cliniquedujeu.be). Généralement, les jeux vidéo ne sont qu’un palliatif à un mal-être plus profond. Se réfugier dans un monde virtuel permet dans ce cas d’éviter les problèmes réels.
R. B.
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