Loisirs et culture

Amour toujours

L'amour, toujours magnifiquement présent dans la littérature jeunesse

Sous le signe de la Saint-Valentin, le mois de février est souvent présenté comme celui de l’amour… Au-delà de celui régi par Cupidon, ce sentiment se décline de plusieurs manières.

 

NOUS AVONS AUSSI AIMÉ… 

  • Je t’aimerai jusqu’au bout du monde : il y avait le classique Devine combien je t’aime de Sam McBratney et d’Anita Jeram (1994, L’école des loisirs) où un lièvre dit son amour absolu à son petit. Je t’aimerai jusqu’au bout du monde explore plutôt le « Je ne t’aime plus » qu’un ourson lâche à sa mère à la suite d’une réprimande. Il menace de quitter leur grotte, mais s’inquiète de savoir si sa mère l’aimera encore. Tout en douceur, l’ourse lui répond qu’elle l’aimera jusqu’au fond des océans, au sommet des montagnes et bien au-delà. Sans nier sa tristesse, elle lui répète qu’il est libre de tracer sa route. Elle promet même de consoler les doudous ! Voilà le petit rassuré. De facture classique, envahies d’animaux, les illustrations ont une texture satinée qui renforce la douceur du propos, à l’image de la couverture toilée, aux reflets nacrés, qui capte le regard.
    Je t’aimerai jusqu’au bout du monde de Victoria Turnbull et Ronda Armitage (Les Arènes Jeunesse). À partir de 4 ans
  • Abel & Nour : l’édition jeunesse aime jouer avec les formats des livres. Depuis peu, les albums verticaux se multiplient. C’est le cas avec ce récit où Abel, un saltimbanque, se rend de château en château avec sa fidèle comparse, l’ourse Nour. Dans des ambiances médiévales et festives, Nour danse, virevolte, réalise des acrobaties. Ils forment un duo touchant et complice, même si la plantigrade sent l’appel de la forêt. Un jour, au château du roi, Abel, fasciné par la beauté de sa fille, bafouille et chute. La princesse se moque du jeune homme. Triste pour son ami, Nour se fâche et bouscule la princesse. Panique générale. L’ourse doit s’enfuir et se cacher dans la forêt. Elle y est traversée de mille sensations agréables, se sent chez elle. Abel, lui, n’a pas oublié son amie et se réjouit qu’elle ait trouvé sa place dans le monde.
    Le format du livre, surtout dans ses doubles pages, permet de belles perspectives. Mathilde Brosset joue avec la verticalité dans ses collages riches en textures, aux coloris chauds, de tours castrales et de sapins, offrant de jolis contrastes entre le monde des hommes et celui de la nature. Outre une amitié loyale, elle célèbre le retour à la vie sauvage, la place naturelle d’un ours.
    Abel & Nour de Mathilde Brosset (Versant Sud). À partir de 5 ans
  • Le Centre de l’Univers : lire un album jeunesse peut être une expérience philosophique. Et un moment de méditation. C’est indéniablement le cas avec Le Centre de l’Univers de Sande Thommen. L’auteur-illustrateur s’adresse directement à sa lectrice, à son lecteur, en le ou la tutoyant en écriture cursive. Le livre s’ouvre sur un ciel étoilé parsemé d’étoiles, dont quelques-unes en couleurs. On est aspiré par l’infini. On plonge dans la Voie lactée, on aborde le système solaire. On tourne les pages et l’auteur-illustrateur dézoome lentement en une longue descente vers notre Terre… Premier constat : on voit les mers, les forêts, les montagnes, pas les frontières politiques. On descend encore d’un cran, on aborde une vallée, puis une ville, celle de celui qui s’adresse à nous. On entre dans son immeuble, puis on est invité dans sa chambre, celle d’un garçon qui a souvent la tête dans les étoiles et qui nous a donné la main pour un incroyable voyage de l’universel au singulier. Grâce à lui, nous aurons ouvert notre imaginaire, nous aurons pris conscience de notre minuscule place dans le monde. Un album qui séduira petits ou grands rêveurs, petites ou grandes rêveuses.
    Le Centre de l’Univers de Sande Thommen (La Martinière jeunesse). Dès 4 ans
  • Leur regard : Cotcotcot éditions, maison belge, fête cette année ses quinze ans de créations. Dans le droit fil de sa ligne éditoriale, elle annonce des albums qui sortent des sentiers battus et renouvellent l’approche du livre pour enfants. Elle parie sur leur intelligence, la force de leur imaginaire et leur sensibilité. À l’image de Leur regard, album de deux artistes taïwanais, Higo Wu et Pei-Hsiu Chen, traduit du chinois traditionnel par Philippe Tzou.
    Leur regard, c’est celui que les un∙es portent sur les autres. Celui où l’on se croit toujours plus mature que d’autres, que l’on soit tortue, arbre ou montagne. Enfant, adulte ou senior, nous serons invité∙es à découvrir le monde sous d’autres facettes et à cultiver notre curiosité. Pour l’infiniment grand et l’infiniment petit.
    Cette philosophie se décline dans un bel objet, véritable œuvre d’art. En format paysage, il invite à tourner les pages vers le haut pour dévoiler d’un coup texte et image. La page du haut comporte une simple phrase en bleu, tandis que les illustrations de Pei-Hsiu Chen occupent toute celle du bas. Les dessins se déclinent uniquement en jaune et bleu à l’aquarelle, aux crayons de couleur et à la palette numérique. L’artiste varie les plans, les perspectives, les tailles et invite notre regard à voyager sur la page comme nous l’avons été à varier nos points de vue.
    Leur regard, de Higo Wu et Pei-Hsiu Chen (Cotcotcot éditions). 6 ans et +
Livres jeunesse autour du thème de l'amour