Loisirs et culture
C’est un hybride qui mérite la Palme d’or du livre parce qu’il a eu le mérite d’être dévoré par mes deux enfants en deux-deux. Même le samedi soir, où la télé oscillait entre foot et Roland-Garros, les yeux des enfants sont restés rivés sur le roman graphique de Nora Dåsnes.
L’été où on s’est choisies est la suite de L’année où je suis devenue ado. Deux romans graphiques qui plongent tout droit dans le journal intime d’Emma, une pré-adolescente de 10-11 ans dans le premier roman graphique que l'on retrouve un peu plus tard dans le second roman. Si je l’épingle, c’est parce qu’il a fait mouche avec deux (pré)ados, y compris avec la plus récalcitrante des deux quand il est question de lire.
Le format roman graphique rend la lecture hyper fluide avec des pages entières de dessins qui plongent dans l’univers de l’ado. On y découvre la vie d’Emma en Norvège aux côtés de son papa solo, sa cabane, ses amies Bao et Linnéa et sa passion pour la musique. Mais ce qui fait mouche, c’est surtout la nature du récit. Dès la première page, on rentre à pieds joints dans le journal intime d’Emma, journal qu’elle inaugure une veille de rentrée en se fixant cinq objectifs, dont le dernier, et non le moindre, est de tomber amoureuse (ou pas). D’emblée, notre curiosité est piquée.
Dans L’année où je suis devenue ado, Emma se demande comment on tombe amoureuse, passe au peigne fin tous les garçons de la classe en détaillant les plus et les moins de chacun. Des sourires se dessinent sur le visage de mes jeunes lecteur et lectrice, amusé·es. Sourires qui s’élargissent quand Emma partage ses questionnements sur son corps ou son style. Là où ça devient vraiment intéressant, c’est quand la nouvelle de la classe, Mariam, fait son entrée. Les enfants sont pris dans l’histoire et en redemandent, je dois ramener d’urgence la suite qui vient d’être envoyée à la rédaction.
Si le premier bouquin était déjà captivant, que dire du second ?
On retrouve Emma et sa bande. Elle ressort de sous son lit son journal intime qui l’accompagnera dans sa colo de musique où se retrouvent Bao, Linnéa et… Mariam. Osera-t-elle lui déclarer sa flamme ? Et être « pour de vrai » avec elle, comme lui conseille Linnéa ? Mais qu’est-ce que ça veut dire être pour de vrai avec quelqu’un·e ?
Avec la même puissance, Nora Dåsnes cueille les lecteurs et les lectrices dans leur propre questionnement. Dans ce second roman, l’autrice creuse la question amoureuse, les sensations des premiers émois amoureux vécus par Emma. C’est aussi avec beaucoup de pudeur, justesse et sensibilité qu’elle aborde la découverte de son homosexualité. Une fois encore, les lecteurs et lectrices sont piqué·es dans leur curiosité. Nous n’en dirons pas plus pour laisser une part de mystère et de surprise…
EN COULISSES
Un roman qui a aussi parlé au fiston
Parlant de surprise, je pensais que mon fils n’accrocherait pas en ayant plus de difficultés à s’identifier à la narratrice. Eh bien, pas du tout. Il a avalé les deux romans avec la même appétence que sa petite sœur. Une preuve de plus, s’il en fallait, de la justesse du récit qui sonne aussi bien aux oreilles des garçons que des filles dans sa capacité à raconter ce qu’on ressent quand on tombe amoureux, amoureuse d’une personne, indépendamment de son genre ou de son orientation sexuelle.
EN SAVOIR +
Deux mots sur l’autrice
Jeune graphiste norvégienne, Nora Dåsnes s’est formée à l’illustration et à l’animation à l’université Kingston de Londres. Si elle prend la plume en 2020, c’est parce qu’elle aurait aimé lire une telle histoire quand elle était elle-même adolescente. À cette époque de sa vie, l’autrice a manqué de personnages auxquels s’identifier. C’est certainement ce qui confère autant de justesse et d’authenticité au récit. Le premier livre a rencontré son public puisqu’il a été vendu à 22 000 exemplaires, traduit dans onze langues et sélectionné au Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême. Le second est disponible en librairie depuis mi-mai et on lui souhaite le même succès, mérité.
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