Loisirs et culture

Anisia, de Marion Durand et Pauline Comis (Kilowatt)

Anisia, de Marion Durand et Pauline Comis (Kilowatt)

En cette époque où s’expriment ici et là le rejet de l’autre, la volonté d’expulser les personnes étrangères et de restreindre les politiques migratoires, voici un album qui va à contre-courant. "Lire, ça m’dit" vous présente Anisia, de Marion Durand et Pauline Comis (Kilowatt).

Anisia

Comment évoquer la migration ainsi que le parcours de candidats réfugiés dans un livre pour enfants sans tomber dans le prêchi-prêcha et le misérabilisme ? Marion Durand et Pauline Comis ont réussi à mettre en scène cette dure réalité dans Anisia (Kilowatt), le portrait d’une fille angolaise qui suit sa famille sur les chemins de l’exil. Quand elle arrive en Europe, elle est accueillie à l’école et se fait une amie. Elle aide sa mère à comprendre le sens des étiquettes au marché. Elle découvre le froid, la pluie, le sens de la débrouille, la nostalgie de ce qu’elle a laissé derrière elle, les déménagements successifs, mais aussi une communauté d’accueil qui les considère pour ce qu’ils sont : des êtres humains. Quand une lettre officielle arrive avec les mots « appel rejeté », « délai expiré », « reconduite à la frontière », elle sent autour d’elle une inquiétude sourdre. Mais les liens d’amitié vont être plus forts et la solidarité se met en place, cette solidarité que les nouvelles politiques mises en place veulent fragiliser. Cet album est le reflet d’un monde où les valeurs humanistes ont encore un sens. C’est ce qui rend Anisia tellement important. Pour nous raconter cette histoire tellement d’actualité, Marion Durand, longtemps journaliste et même mairesse de sa commune bourguignonne, a choisi une narration simple, linéaire, sans fioritures. Les illustrations de Pauline Comis reflète les tensions émotionnelles traversées par le personnage principal. Adepte du dessin et du collage, elle combine ces deux approches pour créer des images fortes où elle alterne gros plans et plans larges, varie les angles et apporte au texte une nouvelle dimension en ne le plagiant pas.

Ajoutons que les éditions Kilowatt ont également publié Frontières, de Karim Ressouni-Demigneux et Karine Maincent, un grand format hybride entre documentaire et beau-livre. Il apporte un excellent complément à la lecture d’Anisia, dans le sens où il nous explique l’histoire des frontières, leurs raisons d’être, leurs évolutions, les problèmes géopolitiques qu’elles génèrent, etc. Pour certains, les traverser est un enjeu vital, tandis que pour d’autres, c’est le symbole de voyages, voire des zones de curiosités. L’alternance entre informations et focus, précisions et touches d’humour ainsi que les illustrations de de Karine Maincent qui apportent des références culturelles ou sociétales rendent ce titre accessible aux plus jeunes.

Anisia, de Marion Durand et Pauline Comis (Kilowatt)