Santé et bien-être
Les règles. Les sécrétions. Et tout ce qui s’ensuit : cycles, mécanismes hormonaux, sexualité, procréation. Autant de sujets souvent délicats à aborder en famille. Aux personnes qui ne savent pas comment se lancer, bonne nouvelle, la Fédération des centres pluralistes de planning familial (FCPPF) et Femmes et Santé asbl sortent un ouvrage pour guider les parents. Le tout sans détour, bien en phase avec les réalités sociétales, sans fard, sans strass, ni provocation inutile.
Nos lectrices les plus attentives, nos lecteurs les plus attentifs le savent : au Ligueur, on s’appuie volontiers sur les forces de la FCPPF pour déblayer tout ce qui a trait à la sexualité. Cette fois, c’est sous la forme d’un livre que l’équipe sévit, avec un titre évocateur : Que se passe-t-il dans nos culottes ? À l’intérieur, deux livrets : un à destination des enfants, dès 9 ans, sous la forme d’un cahier d’exercices, un autre pour les parents destiné à l’accompagnement de la lecture.
Le ton, tout aussi sérieux que décontracté, dédramatise des thématiques jusqu’ici injustement tues ou galvaudées. Les réponses apportées sont précises, appuyées par des illustrations légères, mais qui ne cachent rien. Ce double objet peut accompagner le parent pour préparer et répondre à des réalités préadolescentes et adolescentes, dont le sujet peut jaillir sur le devant de la scène à tout moment dans le petit théâtre quotidien des familles.
Pour mieux comprendre les enjeux et appréhender ces discutions ô combien fondamentales avec lesquelles nous, parents, ne sommes pas toujours très à l’aise, nous rencontrons Lola Clavreul, chargée de plaidoyer politique dans les bureaux de la Fédé, au milieu d’objets culturels et pédagogiques destinés aux questions de genre, de contraception, de grossesse et de sexualité. Le contexte est progressiste, comme l’est le contenu de cet opus qui part de la culotte comme postulat de départ pour affronter courageusement et intelligemment tous les sujets qui en découlent.
Un volet enfant, un volet parent. Pourquoi cela ?
Lola Clavreul : « Ce livre est d’abord pensé pour les enfants. Pas seulement pour les filles, nous n’insisterons jamais assez sur ce point. Il s’agit de deux objets qui forment un même livre en réalité. Un cahier d’exercices et un support pédagogique pour ne pas laisser le parent seul avec tout ce que l’on approche. Notre intention est d’aborder toutes les questions, sans passer par des images un peu neuneu de petites graines et de têtards, mais sans non plus mettre mal à l’aise. Ça ne sert à rien de coincer le parent. »
Vous pensez que les enfants sont prêts à regarder bien en face tout ce que vous détaillez dans le livre ?
L. C. : « On peut tout aborder du moment que l’on emploie des mots adaptés à leur âge. ‘Comment on fait les bébés ?’ : on explique, sans rentrer dans des détails cliniques. On donne quelques pistes précises. Parce que, de toute façon, un enfant ne lâchera pas tant qu’il n’aura pas obtenu de réponses satisfaisantes. C’est ce fonctionnement qui nous a guidées dans la fabrication de ces livrets. On démarre toujours d’un niveau de base avec des réponses simples qu’un parent pourra reprendre à son compte. Par exemple : ‘Qu’est-ce que c’est les règles ? Quelle quantité de sang on perd ?’. À partir de là, on déroule. Les hormones, la procréation… Au fond, ça répond aussi aux questions et aux mille représentations que les enfants, à l’aube de la préadolescence, se posent sur ce qui les attend. »
Vous l’avez testé auprès des parents ?
L. C. : « Oui. Avant de savoir si on pouvait ou pas le diffuser auprès du grand public, qui plus est à destination des familles, nous l’avons testé auprès de vingt-cinq familles. Via les réseaux sociaux pendant le confinement, histoire d’aller au-delà de notre cercle, plutôt initié. Parce que se dire qu’on aborde des choses très sérieuses sous une forme ludique, ça ne s’improvise pas. Nous avons donc soumis les épreuves avec un formulaire pour pouvoir corriger le tir. Il en ressort quelque chose d’assez amusant : les adultes semblent plus choqués, ou plutôt plus impressionnés. On a pris le parti de dire les mots justes. De montrer les choses telles qu’elles sont réellement. Donc on utilise les mots pénis, vagin, fécondation, éjaculation. Et on le montre. Pas de façon crue, bien sûr. Par le biais d’illustrations accessibles, mais qui ne se cachent pas. »
Donc, ce sont les parents qui ont le plus rougi. Sur quels points, par exemple ?
L. C. : « C’est difficile de répondre avec exactitude. Parce qu’à la base, notre idée, c’était de récolter de longs témoignages pour nous aiguiller. Hélas, confinement oblige, ça a été plus compliqué que prévu. Les réactions les plus timorées ont surtout porté sur l’apparence des sexes. On aborde aussi à un moment les mutilations génitales des filles. Ça a un peu chamboulé nos ‘lecteurs et lectrices tests’ également. Comme chaque sujet lié aux violences en général. On l’a abordé parce qu’il s’agit d’une réalité trop ignorée. C’est important pour nous d’en parler. C’est une façon de dire aux enfants ‘Si tu penses que tu es concerné·e, voilà à qui tu peux t’adresser’. On renseigne notamment le Groupe pour l'abolition des mutilations sexuelles, dont l’action est trop peu relatée. Ce n’est qu’une toute partie du livret, bien sûr. »
Vous avez le sentiment que c’est difficile pour un parent de parler de tout ça ?
L. C. : « Beaucoup d’adultes ont peur de projeter les enfants dans des choses qui ne sont pas de leur âge. Souvent parce qu’on a peur que la sexualité n’arrive trop tôt. Mais préserver l’innocence, dans notre société, qu’est-ce que ça veut dire ? C’est une drôle d’idée. Les enfants savent. Ils voient. Ils ont conscience des tabous. Les représentations pullulent. Leur prêter cette innocence, est-ce que ce n‘est pas une façon de penser la sexualité de façon restreinte ? Parce qu’au final, elle touche à beaucoup de choses. À la relation, au sens, à la perception. Voilà le genre d’idées que l’on déconstruit, fortes de nos expériences de terrain. Et, bien sûr, on rassure aussi. On explique au parent que s’il n’est pas à l’aise avec ces questions-là, pas de souci, il peut les déléguer à un autre adulte référent de confiance. »
« On a le droit d’être mal à l’aise. Pas de priver un enfant de ressources »
C’est une sorte de manuel d’Évras (éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle) que vous livrez aux parents ?
L. C. : « Qu’on ne s’y trompe pas, il ne s’agit pas ici d’un outil d’animation. Quand on a réfléchi à ce livre, c’est vrai qu’on s’est rappelé la façon dont il est parfois malaisé d’aborder la question des règles en cours, en 6e primaire, par exemple. Au moment de la gestation du projet, l’Écosse était le premier pays à prôner la gratuité des protections périodiques dans les écoles. On sentait que ça bougeait. Jusqu’ici, la question des règles se passait dans l’intimité, entre une mère et sa fille. Les enjeux sont plus collectifs que ça. Il faut favoriser une culture d’entraide. Une fille qui a une tâche sur son pantalon, ça ne devrait jamais dégoûter ou être moqué. Les conditions d’hygiène sont inacceptables dans beaucoup d’écoles, c’est encore désagréable de changer sa protection. On parle d’une réalité qui concerne donc une personne sur deux. Il n’y a pas de raison de dire aux filles : ‘Débrouillez-vous avec ça’. Il faut donc à la fois les connaissances et des conditions adéquates pour se changer, sinon on aggrave le risque de porter un tampon ou une serviette trop longtemps, avec les conséquences que cela peut engendrer. Dans ce sillon, on proposera en décembre prochain aux écoles une mallette pédagogique Rouge culotte, avec toute une série d’infos sur les protections et tout le panel qui existe. De la cup à la culotte menstruelle, en passant par les flux instinctifs libres (ndlr : une méthode qui consiste à vivre ses règles sans utiliser de protections hygiéniques, en utilisant son muscle périnée). Ce sont des questions qu’il faut aborder collectivement. »
Quelles sont les grosses erreurs qu’un parent fait quand il aborde ces sujets ?
L. C. : « La première, c’est de maintenir un tabou. Une autre erreur, c’est de vouloir se montrer infaillible. On a le droit d’être mal à l’aise. Pas de priver un enfant de ressources. Votre enfant ou votre ado vous pose une colle ? C’est plus constructif de lui avouer que l’on ne sait pas. Puis de compléter en disant : ‘Attends, on va aller voir ensemble de quoi il s’agit’. De même, il n’existe pas de sujets qui ne concernent qu’un genre ou l’autre. On a par ailleurs choisi d’être le plus inclusif possible dans l’ouvrage. On explique qu’il y a aussi certains individus identifiés comme garçons qui peuvent avoir leurs règles. On pense aux situations transgenres. Ce n’est donc pas un dico des filles. On a regroupé un ensemble de connaissances, mais rien n’est dogmatique. À ce propos, petite recommandation : si un enfant n’est pas intéressé, inutile de lui forcer la main. Il ne faut rien imposer et préférer une approche subtile. Les discussions arrivent subrepticement. Il nous semble important de respecter la temporalité. De se rendre disponible pour dialoguer. Bravo aux parents qui s’emparent de ces sujets. C’est génial de faire cet effort. Génial d’instaurer un climat de bienveillance autour de toute cette problématique. Et en guise d’encouragement, qu’ils se disent que se cogner à tout ça, c’est déjà gagné. »
EN PRATIQUE
Cet ouvrage s’est écrit en partenariat, entre la FCPPF, Femmes et Santé et Alter égales. Il est disponible sur commande au prix de 10€ sur le site fcppf.be. La Fédé insiste : que les lecteurs et lectrices n’hésitent pas à les contacter, elle sera ravie d’avoir des retours de parents et d’enfants.
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