Crèche et école

Classe sous tension : des outils pour déminer

Quand les problèmes de violence accaparent une classe, il faut réagir

Quand les problèmes de violence accaparent une classe, il faut réagir. C’est ce que madame Fanny* a fait en s’alliant avec le PMS et quelques parents. Une collaboration positive qui mérite d’être partagée.

Dans la classe verticale des grenouilles et des abeilles de 2e et 3e maternelles, ce n’est pas jojo tous les jours. Des copains de classe font les petits chefs, d’autres en viennent aux mains, des propos racistes fusent. Le plus souvent, c’est lors des moments libres, en cour de récréation ou sur le temps de midi, que ces incidents surviennent.
Heureusement, madame Fanny a de la bouteille : trente-trois ans de métier. Dans un premier temps, elle décide d’amener le sujet en conseil de coopération, l’espace de parole hebdomadaire dans lequel chaque enfant peut s’exprimer dans le respect, l’écoute et la confidentialité. « Pouvoir entendre ce que l’autre ressent et vit, c’est très fort », explique l’enseignante. Malheureusement, ce premier outil ne suffit pas. Les problèmes de violence persistent et le climat de classe continue de se détériorer.
Madame Fanny met ses congés d’automne à profit pour identifier des livres à exploiter en classe. Elle se replonge dans le Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent, d’Adele Faber et Elaine Mazlish. Mais elle se rend compte aussi qu’elle ne parviendra pas à gérer seule cette situation. « J’ai décidé de rencontrer certains parents et de solliciter l’aide du centre PMS ». Avec Charlotte Lenoir, agente PMS, l’institutrice échange et coconstruit un dispositif d’intervention en trois temps.

Sensibiliser aux problématiques à partir de livres

Une première séance lecture est organisée autour du livre Silence, la violence !, de Sylvie Girardet (Hatier jeunesse). L’animation en duo permet à l’une de lire tandis que l’autre observe les enfants et les invite à réagir. « Certains enfants ont pleuré en réalisant ce qu’un autre enfant vivait », se souvient l’institutrice.
Dans la foulée, des rencontres avec quelques parents s’organisent à l’école et au PMS. « On a eu la chance d’avoir des parents très touchés par ce qu’ils découvraient du comportement de leur enfant. Il y a vraiment eu ensuite à la maison un super travail de dialogue, de sensibilisation et parfois de réprimande aussi ».

Reconnaître et exprimer ses émotions

Grâce à ces ateliers, les professionnelles se rendent compte que les enfants éprouvent des difficultés à exprimer leurs émotions. Pour aider à mettre des mots, elles exploitent de nouveaux livres. Madame Fanny ressort sa valise des émotions avec des images pour aider à reconnaître une émotion.
Charlotte Lenoir complète avec des « balles émotions » et la mallette Le volcan des émotions, qui permet de conscientiser la montée en puissance d’une émotion et, à l’aide d’une fiche contenant des pictogrammes, de visualiser ce qui peut être mis en place pour ne pas exploser (« Je me bouche les oreilles », « Je demande de l’aide », « Je me retire »… Une quinzaine de pistes sont présentées sous la forme d’images). Les professionnelles utilisent aussi le théâtre de marionnettes reçu par la classe pour la Saint-Nicolas pour jouer des conflits typiques d’une cour de récréation. Les outils offrent une prise en compte et une prise de recul.

Violences en classe maternelle, enseignant·es et PMS réagissent

Chercher des solutions

Une fois les enfants mieux équipés pour comprendre et exprimer leurs émotions, le groupe se met en action pour réfléchir à des solutions alternatives au conflit. « Quand quelque chose ne va pas, l’enfant peut le signaler physiquement et verbalement. Il lève les mains et il dit ‘Stop’, explique Charlotte Lenoir. Ce simple geste s’est révélé être un très bon outil ». Certains enfants ont réussi à identifier ce qui pouvait déclencher leur colère ou agressivité.
À nouveau, le duo s’oriente du côté des solutions. Que faire pour éviter cela ? Le groupe classe propose quelques pistes : des coussins pour se défouler, un tipi pour s’isoler, de la musique ou des postures de yoga pour s’apaiser.
« Ce qui est important, c’est de laisser des traces de ces solutions pour que les enfants puissent s’appuyer dessus en cas de besoin. Nous avons réalisé un panneau avec toutes les alternatives sous forme d’images », note madame Fanny.
Depuis décembre, le climat s’est apaisé. En classe comme en cour de récréation, des petites mains se lèvent pour dire stop. « Je me rends compte que ces démarches ont pris du temps, certaines choses ont dû être reportées ou mises de côté, mais les émotions régissent tellement nos journées qu’on ne pouvait pas ne pas les travailler », analyse madame Fanny.
Du côté du PMS, le bilan est aussi positif. « Les rencontres avec les parents ont permis de rassurer, de sensibiliser au fait que le parent aussi a des émotions et qu’il a aussi le droit de les exprimer avec son enfant. Ce que je retiens surtout, c’est que ce n’est pas en une intervention unique que l’on peut agir, cela demande vraiment un dispositif à mettre en place sur plusieurs semaines pour désamorcer les choses ».

* prénom d’emprunt

À LIRE

La sélection de madame Fanny

Pour parler de violence :

  • Silence, la violence !, de Sylvie Girardet et Puig Rosado (Hatier jeunesse).
  • C’est moi le plus fort, de Mario Ramos (l’école des loisirs, coll. Pastel).
  • Le jour où je suis devenue plus méchante que le loup, d’Amélie Javaux et Annick Masson (Mijade).
  • Ceux qui décident, de Lisen Adbage (L’étagère du bas).

Pour parler de la différence :

  • Les quatre petits coins de rien du tout et L’homme de couleur, de Jérôme Ruillier (Bilboquet).

Pour exprimer ses émotions :

  • Parfois je me sens…, d’Anthony Browne (l’école des loisirs).

POUR ALLER + LOIN

Le racisme à l’école : comprendre pour mieux agir

Nicolas Rousseau, chargé d’étude et d’animation chez BePax : « L’écueil serait de se concentrer sur l’élève ou l’enseignantꞏe qui a véhiculé un propos raciste alors que les violences racistes s’inscrivent dans un système beaucoup plus large et subtil. Il y a une sorte de mythe qui voudrait que l’école ne soit pas structurellement raciste et que le racisme s’arrête aux portes de l’école. C’est faux. On ne parviendra pas à lutter contre si on nie cet état de fait.
Les jeunes qui subissent du racisme éprouvent des difficultés à faire remonter les violences dont ils font l’objet, car ils s’exposent à des réactions de déni. L’institution scolaire a un rôle à jouer pour visibiliser ces vécus et sensibiliser élèves et enseignantꞏeꞏs. »

Anne Wetsi Mpoma, présidente de l’association Nouveau système artistique, engagée dans la décolonisation par l’art : « Face à des propos racistes, la première chose à faire, c’est de les condamner pour que l’enfant sache que ce n’est pas acceptable et qu’il ne les transmette pas à son tour. Ensuite, vient l’éducation et la transmission de valeurs. Au niveau du discours à tenir, j’aime bien revenir sur le fait que la première civilisation au monde est originaire d’Afrique. C’est un argument que l’on entend peu. Si tous les êtres humains viennent d’Afrique, alors nous avons tous la même origine. Autre enjeu : banaliser la question de la couleur. Les enfants adorent le livre L’homme de couleur, qui aborde la couleur comme quelque chose qui change en fonction des émotions ou de la météo. Cela permet de ne pas enfermer quelqu’un dans des stéréotypes liés à sa couleur. »

MAIS ENCORE...

Le PMS, un acteur aussi à la disposition des parents

« Tout parent peut adresser une demande au centre PMS qui collabore avec l’école de son enfant à propos d’une difficulté relationnelle, d’apprentissage, de comportement, pour le décrochage scolaire, pour son bien-être psychologique, souligne Sophie De Kuyssche, secrétaire générale de la Fédération des centres PMS libres. Le PMS a une approche globale psycho-médico-sociale et peut remettre un avis ou donner des conseils. Il a aussi une mission de soutien à la parentalité. »
Pour trouver le centre PMS qui collabore avec l’école de votre enfant, rendez-vous dans l’annuaire proposé par enseignement.be