Loisirs et culture

Coup de projecteur sur les enfants placés

Nénette au 7B, un roman jeunesse sur les enfants placés

Nénette au 7B a titillé notre curiosité parce que ce roman aborde un sujet peu présent en littérature jeunesse : les enfants placés. Curiosité encore piquée d’un cran lorsqu’on découvre qu’Ingrid Denil, qui signe l’ouvrage, n’est pas autrice, mais travailleuse du secteur de l’Aide à la jeunesse.

Au centre de ce roman jeunesse, Paulette Hoster, surnommée Nénette, 9 ans. L’histoire commence une veille de rentrée. Nénette redoute d’avoir à expliquer qu’elle vit au 7B, « sorte de maison où vivent des enfants qui ne peuvent pas être avec leurs parents. C’est chez moi, même si, chaque année, on me dit qu’on ne sait pas si je serai encore là l’année prochaine… ». D’entrée, le décor est planté et on se prend d’amitié pour Nénette. Au fil des pages, on découvre la vie en foyer, les relations et les tensions entre les membres de cette communauté, les éducateurs, les éducatrices et leur rôle clé.
Avec Nénette au 7B (jeunesse parlà), Ingrid Denil signe un tout premier roman tendre et juste. Son expérience de plus de vingt ans dans le secteur de l’Aide à la jeunesse nourrit sa plume et elle décrit avec brio les absences, les silences, les espoirs et les déceptions. Un récit crédible qui fait qu’on rentre naturellement dans la peau du personnage.
L’identification est encore plus forte pour le lecteur ou la lectrice de 9 à 12 ans, public cible de ce roman jeunesse. Félicie, 9 ans, confirme. « J’étais très curieuse de savoir si sa maman viendrait au rendez-vous. C’est intéressant de comprendre comment un enfant vit quand il n’est pas tout le temps avec ses parents ».
Si nous épinglons cet ouvrage, c’est aussi pour l’humanité qui s’en dégage. Il ne s’agit pas de mauvais parents qui abandonnent leur enfant, mais d’adultes qui n’ont pas la capacité d’assumer un enfant. La nuance est de taille et elle épargne les clichés. Une raison de plus pour mettre ce roman entre les mains des 9 ans et plus.

On dit souvent que le processus créatif prend sa source dans une urgence, quelle était la vôtre ?
Ingrid Denil :
« C’est marrant que vous me demandiez ça, je n’avais pas pensé la chose sous cet angle. C’est vrai que j’ai écrit ce roman à un moment où je me sentais en difficulté dans mon métier. On manque de temps, on manque de places. Ces carences nourrissaient en moi un sentiment d’injustice et d’impuissance. Ce roman a été l’occasion de mettre mon énergie au service d’un projet positif. »

Ce manque criant de moyens, comment se traduit-il en pratique ?
I. D. :
« Prenons l’exemple d’un enfant submergé par ses émotions. C’est le genre de situation qui arrive souvent dans un foyer. Le week-end, il arrive que l’éducateur ou l’éducatrice soit seul·e avec quinze enfants. Il ou elle devra gérer cette crise, mais aussi celles d’un ado dans un état second parce qu’il a consommé et d’un petit de 5 ans qui pleure après sa maman. Ça fait beaucoup à porter sur les épaules. On essaye de tenir compte des besoins de chaque enfant, mais le manque de moyens rend la tâche compliquée. Un rendez-vous psy, un entrainement de foot, le samedi au mouvement de jeunesse : qui va les conduire si l’éduc est seul·e au poste ? Autre exemple, ça fait quinze jours que j’appelle les services d’urgence pour trouver une place à un jeune. Le juge a pris une mesure d’hébergement, mais, pour l’instant, il n’y a pas de place pour ce jeune contraint de rester en famille. »

À travers votre livre, quel message souhaitez-vous passer aux lecteurs et lectrices ?
I. D. :
« Ma crainte, c’est que ces enfants soient coincés sur une voie marginale. Parce qu’ils n’ont pas les codes, parce que notre société est excluante, le risque est grand. Avec ce livre, j’avais envie que les gens osent aller vers eux. Ce ne sont pas que des enfants placés avec des parents toxicomanes ou en prison. Ces enfants ont une grande capacité d’adaptation, ils sont debout malgré des parcours compliqués et font preuve de beaucoup de créativité et d’imagination. »

Comment peut-on faire ce pas vers eux ?
I. D. :
« La première démarche, ce serait d’identifier s’il y a un enfant dans votre entourage, de s’intéresser à lui, de proposer votre aide pour un covoiturage, de penser à l’inviter pour lui faire gouter un peu de la vie en dehors de la collectivité… Il existe aussi des familles de parrainage qui peuvent s’engager de façon fixe ou ponctuelle. Certaines associations proposent des activités et sorties et cherchent des bénévoles. »

EN SAVOIR +

Quelques associations actives auprès des enfants placés

  • Oxybulle organise des sorties et du soutien scolaire dans la province de Namur.
  • De livres en livres organise des animations lecture et des stages.
  • Peluche collabore avec 23 maisons d’accueil en Région bruxelloise.
  • 3 pommes propose de l’installation numérique dans les maisons d’accueil, du soutien scolaire et des séjours.

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