Santé et bien-être
Dès que le soleil pointe le bout de ses rayons, les produits solaires pour enfants et bébés envahissent magasins et officines en ligne. Alors que la présence de ces produits sur le marché peut faire croire que l’exposition des tout-petits au soleil est banale, elle reste pourtant totalement contre-indiquée.
« Haute tolérance pour bébé et enfant », affirme une marque, « utilisable dès la naissance », renchérit l’autre. Que ce soit en crèmes, sprays ou autres laits, la surenchère marketing et saisonnière de produits solaires à destination des bébés se fait ressentir. Pourtant, à côté des slogans et de l’argumentation mercantile, la consigne de prudence reste la même. Marine Matthews, dermatologue au sein de la clinique Saint-Jean, pose le cadre d’emblée.
« Peut-être faut-il commencer par rappeler que les enfants de moins de 3 ans ne doivent pas avoir de coups de soleil… vu qu’ils n’ont pas besoin de s’y exposer. Ils reçoivent de la vitamine D prescrite par leur pédiatre. La crème solaire chez le bébé peut être comparée à la ceinture de sécurité. On en applique toujours en prévention, mais il ne faut pas penser qu’il s’agit d’une protection complète contre les rayons du soleil. »
Au comptoir de son officine, Arnaud Lambert rencontre parfois des parents qui se questionnent sur l’exposition de leur bébé au soleil. « Même si cela peut paraître évident, je pense que notre premier rôle en tant que pharmacien·ne est d’informer sur les bonnes pratiques. Non, on ne donne pas un bain de soleil à un bébé. Et sans minimiser l’importance de l’application d’une bonne crème solaire chez les tout-petits, elle doit toujours s’utiliser en complément des autres barrières, à savoir, vêtement à longues manches, lunettes et chapeau ».
Pas de bain de soleil pour les tout-petits afin de préserver leur peau très fragile
Les entreprises pharmaceutiques qui développent ces crèmes solaires pour bébés ne vont évidemment pas indiquer « Ne pas utiliser de crèmes solaires pour bébés car ces derniers ne doivent pas être exposés au soleil » sur leurs boîtes. Par contre, elles mentionnent « Crème minérale, hypoallergénique, sans conservateurs et sans parfums ». « Tout ce qui fonctionne en termes de tendances sémantiques et marketing actuellement, résume Arnaud Lambert. Mais il faut aller plus loin, on est en droit de se demander ce qu’elles contiennent véritablement ».
Produits solaires pour « bébés », vraiment ?
« Il n'y a pratiquement aucune différence entre les crèmes solaires pour bébés et les crèmes solaires ordinaires », titrait un article du New York Times le 13 juin dernier. Chez nous, la législation européenne qui encadre la mise sur le marché des produits solaires ne définit pas non plus clairement le terme « bébé ». Elle prévoit une seule obligation en la matière : en dessous de 3 ans, quelques ingrédients, comme l’acide salicylique, sont interdits dans les compositions.
« En tant que consommateurs, consommatrices, nous pouvons rester attentif au packaging des crèmes solaires destinées aux plus jeunes enfants », relève Marine Matthews. En effet, certaines crèmes solaires sont à la fois composées de filtres physiques et de filtres chimiques. Or ces derniers sont déconseillés pour les bébés car ils sont absorbés par la peau.
« Les fabricants ne sont pas tenus de n’utiliser que des filtres physiques dans leurs compositions, mais une recommandation leur a été formulée en ce sens. Même si nous ne disposons pas encore d’études suffisantes qui attestent des risques liés à cette absorption, mieux vaut préférer des crèmes solaires qui ne contiennent que des filtres physiques qui ne sont pas absorbés par l’épiderme du bébé », poursuit la dermatologue.
Alors que des parents s’interrogent, les textes sanitaires de référence, eux, donnent une réponse sans équivoque. « N’exposez pas les bébés et les jeunes enfants directement au soleil », stipule une recommandation publiée en septembre 2006 sur le journal officiel de l’Union européenne. Dès lors, on comprend mieux à la fois la confusion de certains parents devant les rayons ainsi que l’atout marketing que représente la cible des nouveaux nés pour les fabricants.
Des précautions indispensables
En plus du risque d’insolation et de brûlures, l’exposition au soleil de 0 à 3 ans engage sérieusement le capital soleil de nos petits bouts, c’est-à-dire l'ensemble des moyens de défense de la peau contre les effets néfastes du soleil. « Et il ne faut pas perdre de vue le risque de développement de cancer de la peau lorsqu’ils grandissent », relève Marine Matthews.
Selon l’American Academy of Dermatology Association, un seul coup de soleil au deuxième degré pendant la petite enfance peut doubler le risque de développement de mélanome à l’âge adulte. Alors, sans pour autant priver bébé de tout rayon lumineux, il faut veiller à lui offrir un maximum de protections (ombre, chapeau, vêtements). La crème solaire faisant partie de ces protections nécessaires, elle ne reste qu’un filet de sécurité. Même choisie avec soin, elle n’est pas la protection miracle.
EN SAVOIR +
Quand le « fait-maison » investit dangereusement les produits solaires
Sur des blogs spécialisés en cosmétique et chez quelques influenceurs et influenceuses, des recettes de crèmes solaires maisons fleurissent. À base de beurre de karité, d’huile de coco et d’oxyde de zinc sans nanoparticules, ces recettes garantissent l’absence de substances chimiques nocives présentes dans les produits solaires conventionnels. Y compris les crèmes pour bébés. Problème : dermatologie et pharmacie s’y accordent, la mouvance du homemade encourage des pratiques d’exposition au soleil hasardeuses.
« C’est comme pour le liniment oléo-calcaire, une concoction assez simple à base d’eaux de chaux employée pour soigner les fesses des nourrissons. Mal utilisée, l’eau de chaux peut causer des brûlures. On s’est ainsi retrouvé en pharmacie avec des parents qui nous présentaient les fesses rougies de leur bébé sans savoir que faire », regrette Arnaud Lambert.
Et la dermatologue Marine Matthews de poursuivre : « L’industrie pharmaceutique a ses mauvais côtés, mais elle dispose au moins de moyens d’étude et de calibration des produits d’un niveau forcément impossible à atteindre chez soi. Lorsque l’on réalise sa propre crème solaire, on ne peut en aucun cas être certain·e de son indice de protection, et donc, de son efficacité contre les rayons du soleil ».
L'ACTU
Test Achats épingle plusieurs crèmes solaires pour bébés
L’association de consommateurs et consommatrices Test Achats pointe du doigt des produits solaires qui ne respectent pas la protection promise. Parmi ceux-ci, la crème SPF50+ avec parfum de chez Zwitsal. La marque aux bouteilles jaunes a déjà été incriminée l’an dernier pour deux autres produits solaires destinés aux bébés et enfants – le spray SPF50+ et la crème SPF50+ sans parfum – non conformes aux protections annoncées mais qui sont pourtant toujours disponibles sur le marché. « C’est non seulement illégal, mais c’est aussi inacceptable lorsque l’on sait que les jeunes enfants sont particulièrement vulnérables aux effets du soleil », réagit Julie Frères, porte-parole de Test Achats.
À cette petite liste noire vient s’ajouter un quatrième produit : le lait solaire SPF50+ pour enfants de chez Biosolis. Même si la marque belge, connue pour ses compositions naturelles, conteste les méthodes d’analyse employées, l’association de défense des consommateurs et consommatrices a déposé plusieurs plaintes au SPF Santé publique. Test Achats espère que la réaction des autorités belges sera cette fois plus rapide : « Contrairement à Zwitsal basée au Pays-Bas, les produits Biosolis sont belges, ce qui implique que le SPF ne doit pas attendre les actions d’une autorité étrangère mais peut décider dès aujourd’hui de prendre toutes les mesures qu’il estime nécessaires, comme re-tester les produits, exiger une modification du packaging, voire suspendre leur commercialisation ».
Plus d’informations sur test-achats.be.
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