Crèche et école

Décembre 1963 : Congé scolaire le samedi, ça pétrole ferme !

L’ARCHIVE DU LIGUEUR

En décembre 1963, quel est le débat scolaire qui anime les pages du Ligueur ? Le rythme scolaire et, plus précisément, « la semaine de cinq jours » pour les écoliers et les écolières. Plantons le décor. Au début des années 60, les enfants vont encore à l’école le samedi matin. La scolarité s’épanouit donc sur six jours. Mais la société change, le samedi et le dimanche forment un tout de plus en plus sacralisé, consacré à la détente et aux retrouvailles en famille. Par ailleurs, des voix s’élèvent pour dénoncer la surcharge de travail pour les élèves. Dans le Ligueur, une lectrice souligne : « Nous autres, les adultes, nous avons droit à la semaine de 45 heures, voire déjà de 42 heures, les enfants travaillent 50 à 60 heures par semaine et en période de concours, 70 heures et plus ».
L’idée de supprimer les cours du samedi matin fait donc son petit bonhomme de chemin, mais s’oppose à un certain conservatisme. Une responsable d’établissement s’inquiète : « Ce sont des enfants non pas délassés, mais bien exténués par un trop long week-end que les institutrices accueilleraient le lundi matin. Si les parents partent à la campagne ou à la mer, les enfants bâcleront leurs devoirs le vendredi soir. (…) Comment les mamans se libèreront-elles, le samedi matin, de leurs multiples travaux ménagers ? Que faire des enfants pendant ce temps ? Les envoyer jouer à leur guise ? ».
Interrogés, de nombreux spécialistes vont dans le même sens. Parfois de façon très condescendante, mettant en doute la capacité des parents à occuper leurs enfants dans « une vraie détente, une atmosphère calme », loin « des distractions bruyantes, des longs voyages hebdomadaires ». Des papas et des mamans voient aussi d’un mauvais œil le congé du samedi matin. Une mère de deux enfants confesse : « Cette matinée du samedi, vous l’avouerais-je, c’est mon meilleur moment de détente ».
Dans ce concert d’opposition, d’autres voix se font entendre. Comme ce père de famille qui estime que l’aménagement permettra « de véritables retrouvailles familiales » dans une société où la tribu est de plus « dispersée en tous sens, où ses membres n’ont presque jamais l’occasion de parler, de jouer, de vivre ensemble. Cela devient pour tous, dans notre monde survolté, tendu, une nécessité impérieuse de s’aérer ».
La réforme n’interviendra finalement qu’en 1973. Et c’est un argument économique qui accélérera le processus. En novembre, les répercussions de la crise pétrolière sont telles que les cours du samedi matin sont supprimés dans le secondaire pour faire face à l’augmentation du prix du mazout. Ils seront répartis dans un premier temps sur les autres jours de la semaine, y compris le mercredi après-midi. Les crises ont ainsi des conséquences surprenantes. À défaut de remettre en question les mécanismes qui les ont engendrées, elles sont parfois des accélérateurs en termes d’organisation sociale.

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