Vie pratique
STEVEN, PAPA D'ÉLIETTE, 12 ANS
Quand on rencontre Steven pour lui présenter le dossier et la partie qui le concerne, il a cette très jolie formule pimentée d’un bel accent flamand : « Les vacances paradisiaques ne se font pas dans les lieux, mais dans les liens ».
► Pourquoi ce choix ?
« En 2016, après une horrible année géopolitique, avec les réfugié·es du parc Maximilien à Bruxelles, la montée en puissance de l’extrême-droite en Flandre, les fake news dans la presse, je n’arrivais pas à envisager les vacances l’esprit tranquille. On avait ouvert nos portes à plusieurs dissidents politiques éthiopiens, on s’est donc retrouvés face à un dilemme : soit on les chassait, soit on passait les vacances avec eux. On en a pas mal parlé en famille et l’idée de prendre des vacances pour les passer dans des centres pour réfugié·es ou leur donner des cours a peu à peu gagné du terrain. Nous avons commencé à passer une partie de nos congés de cette façon. Le début d’aventures inattendues. »
► Là où tout a commencé
« On en a parlé avec Éliette, très sensibilisée dans son école aux problématiques qui touchent à l’exil. Notre idée a consisté à d’abord consacrer quelques jours pour aider au fonctionnement de la Plateforme citoyenne. Servir des repas, assurer les transports, faire des maraudes, ça a été génial. Alors, c’est vrai que l’on ne part pas à proprement parler, mais on a tous beaucoup apprécié l’idée de ne pas penser école, stage, activités… rythme quotidien quoi. Et de se dire simplement que la journée va être pleinement tournée vers les autres. Depuis, on passe toujours une partie de nos congés à cela. Sous différentes formes. On accueille, on visite, on participe. Je ne peux qu’encourager vos lectrices et lecteurs à cela. C’est beaucoup plus ressourçant que tout ce que vous pouvez imaginer. »
► Les trucs qui fonctionnent
« Pour ce type de congés, il est important de bien peser le pour et le contre face à ce que l’on s’impose et ce que l’on impose aux enfants. Si, un jour, Éliette nous dit qu’elle en a marre, on arrête. Il faut présenter cela comme une parenthèse. Comme un temps hors du quotidien. Un temps pour aider, pour rencontrer, pour se rendre compte aussi de la chance que l’on a. Et puis, il faut une certaine dose de pédagogie. Expliquer pourquoi Hervé picole dès le matin. Pourquoi Youssou se bagarre. Pourquoi Lara a l’air si malheureuse. Quand l’enfant cerne les réactions, ça se passe tout de suite mieux. »
► Côté préparation
« Il existe plein de lieux qui centralisent les infos. Partout à travers le pays. Il suffit juste de s’organiser avec eux pour connaître les besoins. WeCanHelp est une plateforme en ligne qui répertorie des offres de citoyen·nes qui souhaitent participer à l’élan de solidarité envers les personnes exilées. Je pense aux organismes comme Crilux, Ceraic, C.A.I. Namur, CIMB, CRIBW, Cripel. On peut aussi tout simplement envoyer un mail à volunteers@bxlrefugees.be. Et après, il y a un truc encore plus simple : juste pousser la porte des collectifs, des asbl ou des organismes du quartier. »
► Les bonnes surprises
« C’est très cliché, mais tellement vrai : on aide, mais on reçoit beaucoup. Depuis les années où l’on fait ça, Éliette a appris beaucoup sur le fonctionnement de l’entraide. Ce que j’aime particulièrement, c’est l’idée de confronter les enfants aux populations les plus isolées et leur montrer qu’il y a moyen de nouer des relations. Et qu’ils ne font pas juste partie du décor. Éliette se sent beaucoup mieux dans son quartier, je la sens moins effrayée par tout ce qui ne lui ressemble pas. »
L'AVIS DE L'EXPERT
On est prêt à soutenir ce genre d’idées
Plusieurs gîtes wallons ont ouvert leurs portes à des réfugié·es et ont permis de trouver des solutions d’hébergement. Il existe aussi des initiatives pour offrir des vacances aux familles en exil. Nous, on essaie de rassembler et de répondre à ce genre de sollicitations.
Nous n’avons pas encore de demande du type de celle de Steven. Comme on le lit dans ce témoignage, il s’agit le plus souvent d’initiatives personnelles. Mais nous nous ferions un plaisir d’y répondre. Nous sommes tout à fait prêt·es à soutenir, orienter et aider d’une manière ou d’une autre.
Un de nos engagements consiste également à proposer des congés les plus éthiques possibles. On ne va pas manquer de respect à la nature, on ne propose pas d’activités en 4x4 dans les bois ou d’idées trop bruyantes qui déséquilibreraient la faune. Et on va toujours se soucier avec efficacité de la question des déchets. L’engagement passe aussi par là.
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