Société

[ Famille des campagnes ] Mobilité : du conseil sur mesure

Une asbl pour repenser la mobilité des familles, jongler entre les différents moyens de transports

Repenser la mobilité des familles, jongler entre les différents moyens de transports, c’est le quotidien d’une asbl basée à Philippeville.

Alors que nous cherchons des solutions pour aider les familles en quête de mobilité, un confrère, qui couvre l’actualité dans l’Entre-Sambre-et-Meuse, nous glisse le nom de Mobilesem dans le creux de l’oreille. Selon lui, cette asbl ferait du bon boulot de terrain, épaulant notamment les communes dans leurs réflexions. Bonne pioche. Entre vision globale, actions concrètes et projets innovants, l’association ne manque pas de ressources.
« Mobilesem est en fait ce qu’on appelle une CLM, une centrale locale de mobilité, explique son directeur, Olivier Foubert. Il y en a huit actives en Wallonie ». Leurs missions, c’est notamment de coordonner les offres de transports à la demande, de centraliser l’information et de la diffuser vers le public et donc vers les familles. « Chaque CLM couvre un bassin de vie. Dans notre cas, c’est celui de Charleroi Métropole ». Une vaste zone à cheval sur les provinces de Hainaut et de Namur, qui va de Seneffe à Couvin, de Beaumont à Florennes.
Parmi les services offerts par Mobilesem, un call center ouvert du lundi au vendredi. Son objectif ? Aider les usagers à organiser leurs déplacements. Imaginons une maman solo de Momignies, sans voiture, qui doit se rendre à l’hôpital de Charleroi avec son fils pour passer une radiographie. Elle forme le 0800 15 230 et là, des opérateurs vont l’aider à organiser le transport.
« On passe en revue différentes solutions, explique Louise Guillery, la coordinatrice du service. D’abord, on explore la piste des transports publics. Si celle-ci n’est pas praticable, on peut activer un partenaire de transport public ou privé comme un taxi social, un véhicule PMR, voire un taxi privé. Nous pouvons aussi faire appel à des chauffeurs bénévoles. Dans 90% des cas, une solution est trouvée pour répondre aux demandes. »
Et celles-ci sont nombreuses. En 2023, on en a recensé près de 10 500. Parmi elles, beaucoup concernent des rendez-vous médicaux, mais il est aussi question de l’acheminement des enfants aux activités scolaires ou extrascolaires, de visites familiales, d’excursions d’un jour… Petite précision, on parle bien de transports non urgents, organisables au minimum 48 heures à l’avance.

Tous à vélo !

À côté de ce call-center qui bouillonne, Mobilesem noue aussi des partenariats avec plusieurs communes et CPAS. L’asbl apporte son expertise dans le développement de certains projets de mobilité, dispense des formations pour le permis de conduire théorique, propose aux écoles des « brevets du cycliste » pour les enfants de 5e et 6e primaires. Ce dernier point peut répondre aux craintes exprimées dans ce dossier par les parents vis-à-vis des deux roues.
« C’est vrai que le problème de la sécurité à vélo est souvent évoqué par les parents, concède Fréderic Baland, le coordinateur mobilité active. S’ajoute à cela le manque d’infrastructures. Mais, indices encourageants, on remarque que les pistes cyclables, les réseaux à points nœuds et les RAVeL se développent. »
Les brevets du cycliste s’inscrivent dans cette dynamique positive. Ils sont là pour donner confiance aux enfants en renforçant leurs compétences. « C’est une formation longue et aboutie, estime Frédéric Baland. Dans certains cas, on la complète par des duos parents/enfants. Ce sont deux ou trois heures supplémentaires qui viennent se glisser en fin de journée ou le samedi. Le but, c’est de rassurer les parents via les connaissances acquises par leur enfant, mais aussi de leur montrer comment on roule ensemble. Cela permet de renforcer la position du vélo dans les dispositifs multimodaux de mobilité, de donner une chance de succès supplémentaire aux ramassages scolaires de type vélobus. Et, pourquoi pas, de se passer définitivement d’une des deux voitures de la famille ».

Jouer collectif

En discutant avec les chevilles ouvrières de cette asbl, on se rend compte à quel point la mobilité doit se réinventer. Dans le monde rural, si la voiture reste bien souvent indispensable, elle peut aussi se combiner à d’autres moyens de transport. Son usage peut aussi être collectivisé. Mobilesem assiste ainsi ceux et celles qui veulent mettre en place des systèmes d’autopartage entre voisins et voisines. L’association facilite la mise en relation ave des prestataires qui ont développé une application permettant de gérer l’emploi du véhicule, de régler les frais, etc.
Dans le même esprit, on suivra avec intérêt le projet Mobility 2030 qui devrait être lancé d’ici la fin de l’année sur les communes de Chimay, Froidchapelle, Beaumont, Couvin, Viroinval et Philippeville. Là aussi, il est question d’une application de type communauté sécurisée qui permettra de faciliter l’autopartage, le co-voiturage.
Ce type d’asbl est donc bienvenu pour les familles confrontées à des problèmes de mobilité. Un vrai agent facilitateur d’utilité publique. Du côté de Mobilesem, on en profite pour adresser un rappel au pouvoir politique. Un cadre plus solide pour mener à bien ses missions ne serait pas superflu. Pour l’instant, tout repose sur un renouvellement annuel. Un dispositif décrétal, en attente, devrait permettre d’avoir une meilleure vision à long terme, de pérenniser de façon claire l’offre et l’aide apportées tant aux communes qu’aux citoyens. « À l’heure où les budgets se réduisent pour les TEC, il est essentiel de renforcer ce filet de sécurité que représentent les CLM », plaide Olivier Foubert, le directeur. Le message est transmis.

EN SAVOIR +

Quelques chiffres

  • 85 %* : c’est le pourcentage de familles qui estiment indispensable la voiture pour leurs déplacements de tous les jours en milieu rural. Le rapport tombe à 61% en ville.
  • 89 %** : c’est le pourcentage de détenteurs et détentrices du permis de conduire en zone rurale. Ce pourcentage tombe à 69,6% en zone urbaine.
  • 45 %* : c’est le pourcentage de familles en milieu rural dont un ou plusieurs enfants de la tribu utilisent les transports en commun pour aller à l’école. Ce pourcentage est de 60% en ville. Ceux qui ne les utilisent pas du tout sont 33% à la ville et 51% en milieu rural.
  • 61 %** : C’est le pourcentage de familles qui, en zone rurale, affirment privilégier l’auto dans leurs déplacements parce que leurs lieux de destination ou leur domicile sont non accessibles en transports en commun. En zone urbaine, le rapport tombe à 38 %.
  • 6%* : c'est le pourcentage de familles, en milieu rural, qui utilisent le vélo pour tous les enfants dans les trajets à destination de l’école ou de la crèche. Ce pourcentage est de 16% en ville. Dans les villages, le non-emploi du vélo est justifié, en priorité, par les distances trop longues (42%) et le manque de pistes cyclables sécurisées (23%).

* Baromètre des parents 2024 de la Ligue des familles (Chiffres pour la Fédération Wallonie Bruxelles – 1 000 personnes sondées)
** Étude sur la mobilité des Wallons - MobWal 2017 (Chiffres pour la Wallonie – 1 300 personnes sondées)