Vie pratique
► On sent se généraliser de plus en plus l’utilisation vocale. On cessera d’écrire dans les internets du futur ?
Une autre préoccupation parentale que l’on n’avait pas vu venir, celle de la généralisation des fonctions vocales et, avec elle, des inquiétudes sur la disparition de l’écrit. Les interfaces d'entrée d'un système permettant de passer des ordres à l'aide de messages vocaux se multiplient. En quelques années, cette technologie s’est invitée dans les moteurs de recherche, dans les commandes à distance et même dans les messages que l’on s’adresse. D’ailleurs l’expression, « Je t’ai envoyé un vocal » est entrée dans les mœurs.
Certains des développeurs interrogés parlent d’une utilisation quasiment entièrement vocale d’ici cinq ans, ce qui accompagne les prédictions en page 15 sur l’IoT. Les Alexa et autres Siri qui ont ouvert la voie - si vous permettez le jeu de mot - vont-ils mettre nos doigts au chômage ? À l’unanimité, les personnes interrogées abondent dans ce sens. L’internet du futur ? Il se fera sans clavier. De la voix, toujours plus de voix.
Faites le test par vous-même. La capacité conversationnelle d’un ChatGPT, par exemple, est inouïe. C’est exactement ce qui va se dessiner dans les années à venir. Une sorte de robot qui va se personnaliser au fur et à mesure de nos conversations. Et qui s’alimentera de l’historique des discussions. Une sorte de conversation algorithmique. « On va créer une relation dans le temps, avec un suivi et des impacts », nous dit Yvan Huque, persuadé qu’au-delà de la voix, nos enfants vont grandir avec une machine qui les comprend de mieux en mieux.
Faut-il s’attendre à voir grandir nos enfants avec des amis imaginaires numériques ? Des doudous invisibles qui les connaissent par cœur et les accompagnent au quotidien. Il suffit de voir la façon dont nos petit·es développent une empathie vis-à-vis de Siri et autres pour le croire. Après la problématique du réel et du virtuel, celle du vivant et de la machine.
► À quoi va ressembler notre « expérience » de navigation ?
L’IA, la réalité augmentée, les objets connectés ou encore la généralisation de la voix, c’est bien beau. Mais à quoi va ressembler notre façon d’explorer le web ? Pour beaucoup, finies, les mises en page sous forme de grilles telles qu’on les connaît aujourd’hui. Elles vont disparaître pour laisser la place à une véritable histoire. C’est à ça que travaillent les développeurs aujourd’hui.
On ne partirait plus d’une fenêtre vierge qui propose une recherche d’info, mais bien d’un parcours. Toute excursion du champ illimité qu’est le web ne va faire que révéler de nouvelles couches d'une histoire au fur et à mesure du scroll. Oui, on continuera bel et bien à scroller, confirment nos experts geeks. Concrètement ? Mon enfant fait un exposé sur les boutures de rosier, par exemple, le web l’accompagnera dans des recherches éminemment plus personnalisées et lui permettra d’approfondir ses connaissances, l’aiguillant d’une info à une autre. Là encore, un temps gagné pour l’accès au contenu.
La problématique à creuser va consister à savoir si tout cela accompagne les fameux apprentissages lents dont on a parlé en page 16. Qu’est-ce qui compte le plus quand on cherche une info : avoir la réponse le plus rapidement possible ou le cheminement qui y a conduit ? Nous creuserons tout cela dans un futur proche.
► Qu’en est-il de la cybersécurité de mes enfants dans les années à venir ?
C’est sans surprise que, face à cette jungle luxuriante qu’est le monde numérique, les parents s’interrogent sur la sécurité de leurs enfants. D’ici 2025, 75 milliards d’appareils seront connectés au web chaque année. Le tout avec une accélération croissante. Tout ira vite, les pages s'afficheront instantanément à très haut débit, sous l’égide de la 5G, de la généralisation de la fibre optique.
Les familles vont-elles suivre cette fulgurance ? Bien sûr, puisqu’elles sont dans le flux continu de tous ces progrès. Seulement, déjà aujourd’hui, elles ne sont pas toujours au fait des dispositifs et autres paramètres à connaître pour une navigation plus sûre. Si on ne dispose pas de chiffres pour les familles, on sait par exemple que 75% des entreprises n’effectuent pas leur mise à jour correctement.
Le meilleur dispositif de cybersécurité selon Olivier Bogaert, commissaire de la Federal computer crime unit, spécialisée dans la lutte anti cybercriminalité, la meilleure protection pour soi et sa famille, c’est l’information. Bien connaître les usages et les limites, aller au-delà des idées préconçues. Non, un dispositif Apple n’est pas plus sécurisé qu’un autre, il regorge de logiciels malveillants également.
Le meilleur contrôle parental qui soit ? D’abord améliorer la confidentialité d’un profil utilisateur. Dans les paramètres, limiter la visibilité de ses photos, vidéos ou autres. Restreindre l’accès des posts à ses ami·es. Aussi, limiter la publicité ciblée. À partir des paramètres, désactiver un maximum de sous-menus. Ensuite, bien mettre en garde son enfant sur les interactions commerciales parfois déguisées. Les offres marchandes, certes, mais surtout les challenges en tous genres qui sont trop souvent des incitations douteuses ou dangereuses et peuvent se retourner en quelques clics contre lui ou elle.
Le rôle du parent dans ces internets du futur ? Agir de façon préventive et maintenir le dialogue pour être capable à tout moment d’anticiper les risques. « Comme quand on traverse une rue », nous dit le commissaire Bogaert. Pas de panique, le Ligueur sera toujours à vos côtés pour vous permettre cette cybertraversée.
- Jouer : Aux trousses des pirates informatiques est un jeu éducatif sur la cybersécurité pour les 9-12 ans mais aussi le reste de la famille. Même les plus cyberchevronnéꞏes y découvrirons avec Ella, la cyberhéroïne, des infos simples et accessibles pour se protéger et naviguer en toute sécurité.
ZOOM
Les enjeux numériques à l’école ?
La numérisation de la société passe également par l’école. Particulièrement depuis 2020 et la coronacrise qui a imposé à l’école, aux parents et aux élèves de multiplier plateformes et outils numériques pour rester en contact. Les conséquences de tout cela, Merlin Gevers, chargé d’études à la Ligue des familles, est justement en train de les mesurer dans une étude que nous vous dévoilerons prochainement. Il nous expose les enjeux de demain.
« La communication entre parents, école et élèves a été une vraie question pendant le covid. Seuls 16% des élèves étaient laissé·es sans sollicitation de l’école après 18h et le week-end, et 60% étaient plus stressé·es à cause de ces communications hors temps scolaires. Et puis il y a eu des parents en fracture numérique qui ont été mis à l’écart de l’école. La communication numérique à l’école perdurera à l’avenir, il est donc important de mettre des garde-fous, comme une vraie possibilité de déconnexion tant chez les élèves que chez les profs. Aussi, il doit y avoir une alternative claire pour raccrocher les parents plus éloignés de l’école. Dans l’idéal, une école doit consulter au préalable les parents sur la façon dont ils souhaitent être informés.
Enfin, les possibilités pour les écoles de proposer l’achat d’ordinateurs en secondaire ont fait exploser les frais scolaires : +70% de hausse du coût. Dans les faits, beaucoup d’écoles présentent ces achats comme obligatoires, ce qui est illégal, ou organisent l’enseignement d’une telle manière qu’un ordinateur est nécessaire pour suivre les cours. Si une fourniture est nécessaire, alors elle doit être accompagnée d’une réponse collective de manière à ce que le coût ne soit pas à charge des épaules des familles. »
Le chargé d’études insiste sur la nécessité d’une éducation numérique généralisée à l’école pour accompagner tous ces enjeux.
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