Crèche et école
Avec sa nouvelle politique, la FWB se donne surtout les moyens de prévenir. Reste l’intervention, parent pauvre du dispositif. Lorsqu’une situation surgit, qui intervient ? Qui dispose des capacités et des moyens pour le faire ? Des questions cruciales, car la prévention ne diminue que de 20% les cas de harcèlement dans un établissement. Voici l’état des lieux en fonction des acteurs clés.
► Le secteur associatif
Les temps sont durs pour le secteur associatif. Il y a encore quelques mois, ils étaient deux à pouvoir intervenir : Infor Jeunes Bruxelles et le CRIH (Centre de référence et d’intervention harcèlement). Le premier pour le territoire de Bruxelles-Capitale, le second pour la province du Hainaut. Ces deux acteurs ont développé une expertise dans l’intervention.
Malheureusement, en janvier, Infor Jeunes Bruxelles a dû mettre fin à son volet intervention qui n’était financé par aucun subside public et officiait sur fonds propres. L’absence de gouvernement bruxellois, couplée aux nouvelles mesures d’économies décidées par le pouvoir politique, rend la situation financière de l’asbl intenable. Dans ce contexte, la structure a dû licencier cinq employés en 2025.
« On a adressé une demande au cabinet pour financer trois équivalents temps-plein pour poursuivre cette mission précise, nous avons reçu l’équivalent d’un mi-temps. Impossible dans ces conditions de pérenniser une équipe », regrette Adèle Danckers, responsable du service harcèlement.
De son côté, le CRIH continue à intervenir vaille que vaille, grâce à un montage financier alambiqué. Comment ? Primo, le centre bénéficie du soutien de la mutuelle Solidaris. Deuxio, son volet formation permet de dégager des rentrées financières pour rétribuer du temps de travail. Tertio, les psychologues de l’équipe ont pu être reconnues et conventionnées comme actrices de première ligne.
« Ce montage pallie l’absence de financement public, mais ce n’est pas logique de fonctionner comme ça », regrette David Plisnier, coordinateur du CRIH. Sachant que 90% des interventions concernent le milieu scolaire, il semblerait logique que la FWB finance également ce volet, estime le coordinateur. Au niveau de la Région wallonne, David Plisnier identifie une autre piste financière du côté du ministère de la Santé qui a certaines missions de santé scolaire dans ses compétences.
« Il y a un manque en matière d’intervention, confirme Chloé Tolmatcheff, professeure et chercheuse à l’Université de Radboud à Nimègue (Pays-Bas). Si on veut pouvoir régler le problème du harcèlement, il faut aussi dédier des moyens pour agir quand une situation de harcèlement se présente. »
► La nouvelle politique de lutte contre le harcèlement
Dans la politique d’amélioration du climat scolaire et de prévention du harcèlement, aucune mention du terme intervention. « Ce n’est pas un manque de volonté politique. On a préféré avancer sur le volet prévention pour lequel on disposait davantage de connaissances », explique Malvina Govaert, cheffe du chantier Démocratie scolaire et Bien-être à l’école du Pacte pour un enseignement d’excellence. Une politique d’intervention est en cours de création. Écoles, expert·es et acteurs de terrain ont été consulté·es pour identifier les enjeux et besoins.
En moyenne, on compte annuellement entre six et sept situations de harcèlement effectif par école
► Les opérateurs du programme
« Cela ne rentre pas dans leur mission. L’opérateur n’est pas là pour réaliser le programme ou intervenir directement auprès des élèves, mais bien pour accompagner l’école », répond Simona Lastrego, directrice de l’Observatoire du climat scolaire.
► Les équipes mobiles de la FWB
La FWB dispose d’équipes mobiles habilitées à gérer des situations de crise, de conflits et de violence, mais la prise en charge du harcèlement ne fait pas partie de leurs prérogatives. Seuls les directions et pouvoirs organisateurs peuvent faire appel à leur service.
► Les écoles qui participent au programme
Au terme du programme, on peut espérer que les écoles soient mieux équipées pour organiser des actions de prévention, détecter, faire la part des choses entre ce qui est du harcèlement et ce qui ne l’est pas, gérer des conflits et pour certaines prendre en charge le harcèlement. « Mais il y a aussi des écoles où tout va s’arrêter quand l’opérateur ne sera plus là », avertit David Plisnier.
Esther Alcala de l’Université de Paix exprime aussi ses craintes : « Toutes les écoles devraient pouvoir disposer d’un centre de référence pour les situations plus graves ou qui s’installent dans la durée ».
Adèle Danckers poursuit : « Je suis dubitative quant à la possibilité des écoles de prendre ça en charge sans moyens supplémentaires au terme des quatre ans du programme. J’aime bien l’analogie de l’incendie utilisée par David Plisnier. On peut équiper les écoles pour utiliser l’extincteur en cas de départ de feu, mais pour un gros incendie, il faut faire appel à la caserne ».
À LIRE AUSSI