Développement de l'enfant

Homosexualité : tolérée, mais pas (encore) vraiment acceptée

Comment le parent reçoit-il l’annonce de l’homosexualité de son enfant ? La Belgique est un des pays les plus progressistes en matière législative, mais qu’en est-il des citoyens qui font la société ? Au sein des familles, l’acceptation reste encore en demi-teinte. Explications. 

« Papa, je ne sais pas si je suis bi ou homo, mais j’voulais te le dire ». Adèle a 15 ans lorsqu’elle adresse ces mots à son père dans la voiture qui les mène à l’école. Victoire, la maman, est surprise de ne pas en avoir été informée la première. « C’était certainement une manière de le dire sans trop le formaliser. J’ai senti que c’était important de laisser ma fille donner le ton de quand le reste du monde pouvait ou devait le savoir. C’est au jeune de décider quand il se sent prêt », poursuit-elle.

L’enfant choisit son timing et le parent chemine

C’est au retour d’un voyage de quelques mois au Brésil que Maryse s’est sentie prête. Enfin, plus ou moins. De dimanche en dimanche, la jeune femme de 24 ans reporte son annonce. « J’avais l’impression que je devais m’accepter moi-même avant de faire mon coming-out et être sûre de mon homosexualité. J’ai finalement décidé de suivre le conseil d’une collègue. Un dimanche, j’ai appelé mes parents pour prendre rendez-vous en leur annonçant que j’avais quelque chose d’important à leur dire ». Pour l’enfant, l’annonce met un terme au voyage clandestin. Pour le parent, c’est tout un cheminement qui commence. 

Dans le documentaire de Pascal Petit, Mon enfant est homo, Josiane et Jean-Paul témoignent de leur cheminement. Face caméra, le couple explique leur sentiment de dégoût au moment de l’annonce. Le film se termine par des images d’eux, tout sourire, aux côtés de leur fils Jonathan à la gay pride, la marche des fiertés destinée à donner de la visibilité aux personnes homosexuelles, bisexuelles, queer, transgenres ou autres et à revendiquer la liberté et l'égalité des orientations sexuelles et des identités de genre. Entre les deux moments, il y en a eu des pas pour ces parents qui, de leur propre aveu, n’ont pas été à la hauteur. 

Il a fallu d’abord comprendre que ce n’était ni un choix, ni une maladie. Josiane et Jean-Paul ont aussi eu besoin de temps pour digérer la nouvelle. Même réalité pour Monique. « Cassandra est la benjamine de quatre garçons. L’été de ses 12 ans, nous avons fait venir une amie française avec qui elle correspondait. Mais j’ai vite compris dans leur façon de se comporter que c’était plus qu’une amitié ». C’est la tristesse qui prend le dessus lorsque Monique comprend. Elle se réconforte ensuite en pensant que « ça finira par passer ».

Dix ans plus tard, Cassandra est une jeune homosexuelle qui s’assume et aucun membre de la famille n’y a jamais rien trouvé à redire. Même mamy, fervente catholique. « Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les aînés se révèlent souvent plus acceptants. Leur expérience leur offre du recul et ils relativisent mieux la nouvelle, explique Camille Warnier, coordinatrice de CHEFF, une organisation de jeunesse LGBTQI+ (voir encadré). L’acceptation du coming-out d’un enfant est une forme de deuil, c’est-à-dire que le parent doit passer de l’enfant rêvé à l’enfant réel. Tout parent nourrit une image de son enfant qui demande à être réajustée par la suite ». Pour certain·e·s, le processus d’acceptation sera rapide et minime, pour d’autres, cela représente un vrai chemin de croix. 

Les parents passent aussi par une étape où ils ont besoin d’être rassurés. De se rendre compte que les homosexuel·le·s sont « finalement des personnes comme les autres ». Dans le documentaire, Jean-Paul témoigne. « Cela fait quinze ans que ma fille a fait son coming-out. Depuis, elle vit en couple avec sa compagne, elle est maman d’un petit garçon. Quand je compare sa vie à celle de ses voisins hétéros, c’est exactement la même ».

« Je préfère que ma fille soit heureuse avec une femme que malheureuse avec un homme » Luc, papa de Maryse

Pour Victoire, le fait d’avoir des amis gays autour d’elle l’a aussi aidée à banaliser l’homosexualité de sa fille. Même sentiment pour Luc, papa de Maryse, qui connaît dans son village « un couple de jeunes gays très bien ». Tom Devroye, coordinateur d’Arc-en-Ciel Wallonie, la fédération des Maisons Arc-en-Ciel en Fédération Wallonie-Bruxelles, explique : « Le fait de connaître l’autre, d’avoir une personne homosexuelle dans son réseau permet de dépasser le sentiment de peur lié à la méconnaissance de l’autre ».

Au niveau de la Belgique, la « normalisation » de l’homosexualité est en bonne voie. « La situation évolue positivement depuis vingt ans. On est dans un des pays les plus progressistes au monde sur ce sujet puisque la Belgique a été le deuxième pays, après les Pays-Bas, à reconnaître le mariage et l’adoption pour des personnes du même sexe. Tout ce qui est relatif à la PMA, gestation pour autrui et changement de sexe à l’état civil fait aussi montre de belles avancées législatives, observe Tom Devroye. Les mentalités font évoluer les lois et, inversement, les lois font évoluer les mentalités. On peut le dire, l’homosexualité s’est normalisée, mais d’autres combats nous attendent comme la reconnaissance de la transidentité ».

Peur de l’homophobie plus que de l’homosexualité

S’il y a bien une chose qui inquiète le parent d’un enfant homosexuel, c’est que ce dernier souffre et soit rejeté par la société. En définitive, le parent craint davantage l’homophobie sociale que l’homosexualité de son enfant comme en témoigne Marie-Claude dans le documentaire Mon enfant est homo : « Ce n’est pas le fait qu’il soit homo qui m’a perturbé, mais la crainte de ce qui allait lui tomber sur la tête ».

Un constat partagé par Camille Warnier : « Une fois que le parent accepte l’homosexualité de son enfant, c’est le niveau plus large qui prend le relais. À son tour, le parent va aussi faire son coming-out auprès de son réseau et se retrouver à porter le poids de l’image de son enfant. Plus une famille sera ancrée dans une tradition culturelle et religieuse fermée, plus ce sera difficile, car ces familles sont guidées par une forme d’autorité supérieure. Derrière la résistance des parents, il y a surtout une crainte de la réaction sociale du réseau, de l’entourage ou de la société ».

Heureusement, les normes bougent et évoluent. Lorsque Josiane et Jean-Paul appellent leur (belle-)sœur pour l’informer de l’homosexualité de leur fils, celle-ci répond tout de go : « Et alors ? Il n’est pas malade ». Une réaction pleine d’humour pour cette proche qui estime qu’on ne banalise pas assez l’homosexualité. Pour Luc aussi, la réaction positive des collègues a été déterminante dans son cheminement. Et celles et ceux à qui ça n’a pas plu ? « Qu’ils passent leur chemin. Ils n’ont qu’à vivre avec leur temps », poursuit-il.

Monique, Luc, Victoire. Chaque histoire est singulière, mais, bien souvent, un même constat s’impose : l’amour pour l’enfant prend le dessus et gagne. Camille Warnier confirme : « La plupart des parents aiment sincèrement leurs enfants et recherchent avant tout leur bien-être ». Dépasser l’image rêvée de l’enfant, placer son bonheur au-dessus de tout, c’est finalement une étape que rejoint la plupart des parents. 

Une acceptation familiale à toute épreuve ?

Nous aurions pu rester sur cette note positive. Mais, comme souvent, la réalité est en demi-teinte. Car si trois parents ont répondu à l’appel à témoignages du Ligueur, il y a aussi tous les autres concernés qui sont restés dans l’ombre. Notre article donne à voir trois belles histoires, mais il n’est pas représentatif de toutes les réalités.

Camille Warnier dispose d’une large expérience d’accompagnement psychologique auprès de membres de la communauté LGBTQI+ et nuance l’acceptation familiale. « Les familles d’aujourd’hui sont relativement acceptantes, mais ce n’est pas inconditionnel. Elles admettent l’homosexualité de leur enfant pour autant qu’il rentre dans le moule sur d’autres aspects. Les parents attendent que leur enfant colle le plus possible à la norme. Dans ce sens, je parlerais plus volontiers de tolérance que d’acceptation ». En d’autres mots, cette acceptation en demi-teinte pourrait se décliner ainsi : « O.K. pour que tu sois homo, mais pas pour que tu ressembles à une tapette ou à une camionneuse ».

À ce titre, la jeune génération a beaucoup à nous apprendre. Elle s’affranchit plus volontiers des cases et stéréotypes, comme le constate Victoire auprès de ses trois enfants. « Les jeunes se considèrent plus facilement comme bi, il y a plus de fluidité dans la définition de chacun quant à son genre ou sa sexualité. Cela permet une meilleure inclusion de tous ». Et si les moins jeunes en prenaient de la graine et que demain plus personne ne doive sortir du placard ?

En savoir +

Lexique

► L’expression « coming-out » vient de l’anglais « coming out of the closet » qui signifie « sortir du placard ». Elle désigne le moment où un gay ou une lesbienne parle, pour la première fois, de son homosexualité. Il s’agit en réalité d’un processus à répétition, car il y aura plusieurs premières fois. Il en va de même pour le parent.

► LGBTQI+ : cette appellation regroupe toute la communauté lesbienne, gay, bisexuelle, tansgenre, queer, intersexe. Le + implique également toutes les variations de genre.  

À lire

► Mon fils, ma fille est homo… Qu’est-ce que ça change ?, une brochure éditée par Tels Quels et Ex aequo.
► La revue Rédac’CHEFF et le Guide de l’étudiant·e LGBTQI+ des CHEFF à retrouver sur lescheff.be 

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