Vie pratique
Savez-vous que 25% parmi les plus de 55 ans ne jouent jamais aux jeux de société ? La faute à une absence de partenaire de jeu. Le remède ? Multiplier les rencontres ludiques intergénérationnelles. On fait le tour d’initiatives qui vont dans ce sens. De quoi vous inciter à diversifier les âges autour du plateau.
Bert De Smet, directeur éclairé d'Asmodee Belgique, l’affirme tant et tant : « Les jeux de société sont le trait d’union idéal pour rapprocher les générations. Ils sont aussi un remède très efficace à la solitude ressentie par les seniors en maison de repos ». En effet, dans son étude de fin 2024, l’éditeur et distributeur de jeux nous apprend que 18% des sondé·es se déclarent prêt·es à jouer sur base bénévole avec des seniors. Une boîte de jeu aurait-elle le super pouvoir de rassembler tous les horizons et de combattre la solitude ?
L’intergénérationnel sera le genre humain !
Les jeux de société rassemblent. Voilà la phrase que l’on a le plus entendu. Tant chez les grands-parents (parfois même, les arrière-grands-parents) qu’auprès des bénévoles de tous bords qui viennent jouer auprès des seniors. Au Ligueur, on vous répète depuis des années qu’on considère le jeu comme média familial autour duquel il peut se dire, se passer plein de choses. Chacun·e sort de son rôle.
De plus en plus, dans les tables de jeu que l’on organise, des grands-parents viennent avec leurs petits-enfants. Souvent, ils nous exposent leurs habitudes de jeu. Rares sont les activités qui rassemblent différentes générations, pas vrai ? Asmodee nous apprend d’ailleurs dans son étude que l’âge des partenaires de jeu n’est pas considéré comme un facteur important. Deux personnes sur trois (66%) préfèrent même jouer avec des partenaires de générations différentes.
On retrouve Bert De Smet qui explique que « grâce au jeu, on rit ensemble, on s’amuse et tout le monde passe un bon moment. Autre atout non négligeable, il aiguise les capacités cognitives des jeunes et des moins jeunes. Jouer est excellent pour la mémoire, pour la réflexion stratégique et pour la capacité à résoudre des problèmes. Pour les enfants, le jeu suscite les capacités de réflexion, la créativité et la concentration ».
Autant dire que les raisons ne manquent pas pour multiplier les rencontres autour d’un plateau. Voyons comme ça se passe.
À la rencontre de toi par le jeu
Exemple avec Asmodee, qui a multiplié les rencontres entre des élèves d’écoles et différents homes, aux quatre coins du pays. Verdict ? Carton plein. Natasja, directrice de la maison de repos à Lede, relate l’expérience : « Un vraie source de dynamisme pour les personnes âgées ». Il peut arriver que certaines rencontres entre les enfants et les seniors soient un peu timides. Très enthousiastes à l’idée de passer du temps avec de très jeunes, les aîné·es peuvent se heurter à des gamin·es un peu impressionné·es. Le jeu a cette vertu de faire voler tout cela en éclats.
Une bénévole qui a accompagné des classes dans un home de Mons relate un fait émouvant. « Lors de ces rencontres, on sent que les élèves sont très heureux, heureuses et attendri·es d’expliquer les règles aux ancien·nes. Le rapport s’inverse. Il n’y a rien de plus mignon que les entendre se lancer - de façon complètement décousue - dans de longues explications. Et alors que mes élèves sont quand même dans un esprit très compétitif, ici, le fait de perdre ne pose plus aucun problème. Au contraire, on a le sentiment qu’ils en tirent une certaine fierté ». Une idée pour apprendre à nos enfants à devenir bon perdants ?
Côté seniors à Liège, dans une maison de repos où le même type d’opération a été mené, on nous parle des bienfaits engrangés. Céline*, logopède, en observe les aspects positifs. « Une partie pas trop compliquée, bien menée, c’est une véritable stimulation. Concentration. Expression. Dynamisme. Il n’y a que de bonnes choses qui ressortent de ces initiatives. Des semaines plus tard, les résident·es en parlent encore. Mieux, ça leur a donné de bonnes habitudes de jeux qui ne sont que bénéfiques ».
On retrouve Natasja qui incite à venir grossir le rang. « Toutes les personnes qui souhaitent jouer sur base régulière avec nos résidents sont les bienvenues. Les parents, amis et autres bénévoles qui sont adeptes de jeux de plateau ou de cartes trouveront ici d’agréables partenaires de jeu ». Évidemment, pour cela, faut-il encore choisir soigneusement des jeux qui se prêtent à ce genre de rencontres.
Le bon jeu inter G ?
Ce qui est beau avec les rouages solidaires, c’est qu’ils fonctionnent dans tous les sens. Ainsi, Papi Dan est bénévole à Bruxelles et organise des tables de jeux dans plusieurs écoles. « J’adore deux choses : jouer et manger. Les séances de jeux que j’organise dans les écoles se font donc au moment du goûter. On joue d’abord, on mange après. Et je fais pareil avec les ‘vieux’. Souvent, j’organise des tables de jeux autour d’une auberge espagnole, chez les un·es et les autres. Personne de ma famille ne veut jouer avec moi, alors je me déplace vers les autres à la recherche de joueur et joueuse. Et on s’éclate ».
La règle d’or de Papi Dan ? « Je déteste gérer des crises de gamin·es mauvais·es perdant·es, alors je ne propose majoritairement que des jeux collaboratifs assez faciles. Loup garou ou dans le même genre Danny (que l’on recommande vivement au Ligueur) qui fait appel à la créativité et au fait de faire deviner des mots. J’aime beaucoup les jeux narratifs également. Story box, par exemple, qui oblige à s’écouter les un·es les autres ».
Finalement, peu importe le type de jeu, qu’il soit compétitif, collaboratif, en duo, à plein, la règle d’or est qu’il puisse se comprendre en quelques minutes, ne dure pas trop longtemps et puisse se jouer à tous les âges. Évitez peut-être les jeux trop dynamiques, complexes qui font appel à la rapidité des joueurs et joueuses. Un bon jeu de pli (on ne cesse de chanter les louanges de Tichu, Flip 7, Luz, The Gang…), un bon jeu abstrait (ceux de la collaboration Helvetiq-Steffen Spiele dont on vous parle tant) et, pourquoi pas, un jeu complètement absurde comme Da-Da-Da dans lequel vous inventez votre langage fait d’onomatopées… et d’éclats de rire. Parce que le rire, lui aussi, comme le jeu, ne souffre aucune différence d’âge.
*prénom modifié
ZOOM
Des jeux Inter-G-éniaux
On aime tellement l’idée de faire du bénévolat auprès des ancien·nes qu’on vous a concocté une sélection 100% senior compatible sur leligueur.be. Tapez simplement : « Des jeux Inter-G-éniaux »
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