Développement de l'enfant
L’arrivée d’un nouveau bébé dans une famille produit souvent comme un vent de panique chez les parents (surtout chez les mamans ?!). Ils s’en veulent beaucoup du coup qu’ils font à leur grand ou leur grande. Ils sont aussi très préoccupés par la nouvelle organisation à mettre en place.
Plusieurs semaines seront nécessaires pour que la famille agrandie se construise un nouvel équilibre. Une bonne organisation pour faciliter l’arrivée du bébé, c’est bien sûr déjà une solution. Planifier souvent, partager les tâches entre parents, déléguer de temps en temps et souffler aussi, par moments. Mais, surtout, éviter de se mettre la pression dans son rôle de parent. Ne pas vouloir à tout prix être égal avec ses deux enfants. Car vous le constaterez vite : ils sont différents !
Chaque enfant développe ses particularités. C’est impossible d’éduquer deux enfants exactement de la même manière. Ce désir de traiter tous les enfants de la même façon – peut-être par peur de ne pas être un « bon parent » – est une pression de notre société. Même si on aime autant ses deux enfants et qu’ils ont une importance égale pour soi, il est très probable que ce qu’on fait avec l’un ne donnera pas les mêmes résultats avec l’autre. Si le premier a besoin d’obscurité et de chansons pour s’endormir, le second préférera peut-être un peu de lumière et du silence. Par contre, des câlins, de l’attention et de l’amour, c’est sûr, ils en savoureront tous les deux ! « Enceinte de ma seconde fille, j’avais terriblement peur de moins aimer l’une ou l’autre, de devoir diviser mon amour par deux. Quand la seconde est née, j’ai compris que mon cœur n’était pas un gâteau à couper mais un gâteau qui se multipliait avec l’arrivée d’un nouvel enfant. J’avais deux enfants et deux gâteaux d’amour », raconte Caroline, maman rayonnante.
Une réaction vive, c’est normal !
Comment gérer l’annonce d’une naissance à l’aîné qui était jusque-là le seul enfant chouchouté par ses parents ? « Lorsqu’on annonce une naissance à un enfant, il faut accentuer le côté positif, car la fratrie, c’est du positif », déclare d’emblée Élisabeth Darchis, psychologue clinicienne et thérapeute familiale française. Le futur grand frère ou la future grande sœur peut réagir à cette annonce de mille et une manières différentes. L’essentiel, c’est qu’il ou elle ait une réaction. Même si ce n’est pas celle qu’on espérait. « C’est intéressant que la fratrie réagisse fortement à l’annonce d’une naissance, précise Élisabeth Darchis. Entre les rires et le rejet, on observe parfois un comportement ambivalent. Un bisou sur le ventre, puis une tape un peu forte… ces réactions sont tout à fait normales. Un enfant qui ne réagit pas du tout est plus inquiétant, car il a besoin de réaménager les places dans la famille. Avec l’arrivée du bébé, tout un travail psychique se met en route chez l’enfant aîné, et ce travail peut commencer dès la grossesse. L’arrivée du bébé réactive aussi son angoisse de la séparation : les parents doivent alors le sécuriser, sans le surprotéger. » Lui rappeler qu’on l’aime, sans en faire trop…
Heureusement, avec un second enfant, les parents se sentent souvent un peu rodés, moins stressés et plus sereins qu’avec un premier
« Si l’enfant persiste dans le rejet du bébé, c’est qu’il n’a peut-être pas compris qu’il n’a pas le choix : ce n’est pas lui qui choisit si un nouvel enfant arrive dans la famille. Peut-être aussi qu’il a peur de perdre l’amour de ses parents. C’est important de lui répéter que l’amour ne se partage pas : il ne fait qu’augmenter. Si les parents sont persuadés de cet amour grandissant, alors ils peuvent rassurer leur enfant. Par contre, si l’un d’eux est angoissé, il risque de renforcer l’angoisse de son grand ou de sa grande », ajoute la psychologue.
Plus zen avec un second ?
Heureusement, avec un second enfant, les parents se sentent souvent un peu rodés, moins stressés et plus sereins qu’avec un premier. « Mon premier a été plusieurs fois aux urgences, même pour une simple chute. Pour mon second, par contre, je téléphone au pédiatre en cas de doute », raconte Vinciane. « Je suis plus zen avec deux enfants, enchaîne Elsa. Quand mon fils est né, j’ai ressenti un sentiment d’équilibre et de plénitude. Je me suis dit : notre famille est complète. Avant, on était tellement fans de notre fille qu’elle seule comptait, on s’effaçait complètement. On était au service de notre mini-bouddha, toute notre vie tournait autour de cette petite perle. On se disputait presque pour lui donner le bain, on accourait dès qu’elle pleurait… On en faisait peut-être trop, mais ça nous semblait normal. Avec l’arrivée du deuxième, on s’est un peu calmés. Deux parents et deux enfants, c’est plus équilibré. On peut s’occuper chacun d’un enfant à tour de rôle. » « Le bonheur est dans l’alternance », déclare une autre maman. On n’oubliera donc pas de se ménager aussi un peu de temps pour soi, rien que pour soi.
L’AVIS DE L’EXPERTE
Régresser pour mieux accueillir le bébé
Élisabeth Darchis, psychologue clinicienne française*
Des pipis au lit qui reviennent chez un enfant propre à l’arrivée d’un nouveau bébé dans la famille… quelle belle réaction ! C’est une régression tout à fait normale et même très utile.
D’ailleurs, c’est toute la famille qui régresse lors d’une grossesse puis d’une naissance. La femme enceinte a des envies diverses et capricieuses, le papa fait parfois une couvade, les grands-parents se remettent à tricoter et ressortent les vieilles photos des bébés de la famille…
Pour la fratrie, c’est pareil. Le grand peut se remettre à sucer son pouce, à chercher une grande proximité avec sa mère…
Cette phase de régression et d’identification au bébé est nécessaire au travail d’accueil du bébé. C’est un bon signe, ça permet à l’enfant de s’interroger : suis-je un bébé ? Quelle est la place du bébé et quelle est ma place dans la famille ? L’enfant peut ainsi voir les points positifs et les privilèges qu’il a en grandissant. Il peut aussi mieux comprendre le bébé.
* Élisabeth Darchis est l’auteure, avec Jean-Patrick Darchis, de Frères et sœurs entre complicité et rivalité (Éditions Nathan).
LES PARENTS EN PARLENT…
De futurs super complices ?
« Dans quelques jours, notre petit Raphaël deviendra grand frère ! On aura deux garçons séparés de moins de deux ans. Pourvu que ce faible écart d’âge leur permette d’être super complices dans quelques années ! Mais ce n’est pas encore gagné pour Raph. J’ai un peu peur qu’il n’accepte pas trop le petit loulou qui arrive dans la famille. Avant même qu’on ne lui annonce ma grossesse, il montrait mon ventre en disant "Non, non". On n’a pas trop compris la raison de son geste, surtout qu’il n’était pas encore dans le secret… J’espère qu’il ne réagira pas de la même manière quand il verra son petit frère pour la première fois. Heureusement, il lui arrive aussi de jouer gentiment avec mon ventre, de faire rouler son petit train dessus ou de lui faire un câlin. Mais sa première réaction m’a surprise. Il avait vraiment l’air fâché. Comme si ce bébé l’embêtait déjà. C’est sûr que l’arrivée du bébé risque de le bousculer… mais je l’aimerai toujours, mon petit grand de presque 2 ans ! J’essayerai de gérer au mieux les deux enfants, car je ne veux pas délaisser l’un pour l’autre. Faudra bien s’organiser. »
Aude, maman de Raphaël, 22 mois, et d’un bébé sur le point de naître
Un deuxième : deux fois plus de boulot !?
« Tant que nous étions parents d’un enfant, j’étais assez cool, je dois l’avouer : j’avais le temps de jouer au mini-foot avec les copains, de courir en forêt et même de boire un verre après le boulot ! Depuis que notre numéro 2 est là, je cours tout le temps, mais sans baskets. Le matin, je dois vite préparer le grand et le déposer à la crèche avant de filer au boulot. Après le boulot, je suis attendu à la maison pour un peu soulager ma femme avec les enfants, le bain, le souper… Parfois, je fais les courses. Là, je vais en plus à la wasserette car notre machine est tombée en panne. Ma femme dit que c’est plus facile avec un deuxième qu’un premier. Moi, je trouve qu’un deuxième, c’est deux fois plus de boulot. Le pire, c’est quand ma femme me réveille en pleine nuit parce qu’elle allaite le petit et qu’elle ne sait pas aller voir le grand qui s’est aussi réveillé. »
Dan, papa de Léo, 23 mois, et de Paul, 1 mois
ZOOM
Des changements pour le papa
« La place du père est très importante lors de la naissance d’un second enfant, explique la psychologue Élisabeth Darchis. Parfois, l’aîné régresse et accapare plus sa mère, et le père se sent un peu délaissé, mais ça ne dure pas très longtemps. Lors de l’arrivée d’un second, le grand changement pour le père, c’est qu’il a plus accès à l’aîné. Il peut lui montrer ses avantages "de grand" en partageant avec lui des moments privilégiés auxquels le bébé ne peut pas participer. » Comme aller à la plaine de jeux, courir au parc ou même faire une balade à vélo (l’enfant est alors bien installé et sécurisé sur son siège). Et puis, s’il est en manque de sa maman, un petit switch permettra au papa de rester avec le bébé le temps d’un gros câlin entre la maman et son grand…
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