Loisirs et culture
Le 20 novembre est la date anniversaire de la Convention internationale relative aux droits de l’enfant. Une avancée majeure sur le plan de la justice et des mentalités, mais qui nécessite encore bien des prises de conscience auxquelles contribue la littérature jeunesse. Ici, via trois ouvrages de genres différents.
DÈS 6 ANS
Les guerres, il y en a malheureusement toujours sur un coin ou l’autre de la planète. Et certaines d’entre elles sont l’occasion pour les belligérants d’enrôler des enfants-soldats. De force la plupart du temps, malgré l’injonction faite aux États par la Convention internationale relative aux droits de l’enfant de protéger les enfants.
C’est l’histoire d’un de ces enfants-soldats que nous raconte l’auteur-illustrateur Éric Battut, une centaine d’albums au compteur, en s’appuyant sur un dessin expressif nourri de six couleurs primaires chaudes à l'acrylique. Le sujet est certes grave, mais l’artiste a opté pour un texte simple et une forme de douceur qui n’atténue pas le propos, mais conduit peu à peu le petit héros à se sortir de l’enfer où il est embrigadé.
Baki-roi-du-ballon, 12 ans, est enrôlé de force par des soldats qui envahissent son village. Son pays, africain en l’occurrence, est ravagé par une guerre civile. On lui apprend à tirer, à tuer quand il devrait jouer ou aller à l’école. Il parvient néanmoins à s'enfuir et rejoint un camp de réfugié·es, seul, loin de sa famille, où il pourra heureusement apprendre à lire. Devenu adulte, il retourne dans son village comme maître d’école, un maître conscient que la paix reste toujours fragile.
Éric Battut a choisi de ne pas dramatiser son sujet, en accordant par exemple beaucoup d'importance aux paysages, comme si le jeune lecteur, la jeune lectrice suivait la destinée de Baki avec du recul. Il nous livre un message de résilience et d'espoir.
- La guerre, ce n’est pas pour moi !, d’Éric Battut (Rue du Monde/coll. Pas comme les autres).
DE 9 À 99 ANS
L’attaque de l’Ukraine par la Russie de Poutine a montré son lot d’enfants tués ou blessés. D’autres se sont réfugiés ici avec leurs mères. Pour beaucoup d’entre nous, l’Ukraine est un pays méconnu. Saluons les éditions La Martinière pour ce documentaire confié à un journaliste du Monde, spécialiste de la politique internationale et… fils d’Ukrainien.
On découvre une terre conquise par un viking, passée entre les mains des Mongols, des Polonais, de tsars russes et d’empereurs autrichiens, des nazis, intégrée ensuite à l’URSS avant son indépendance en 1991. Une terre de souffrances aussi avec une terrible famine sous Staline, la « Shoah par balles », extermination massive de Juifs, sous Hitler, la catastrophe de Tchernobyl et, bien sûr, la guerre actuelle.
Illustré de photos très évocatrices, cet album présente également la culture ukrainienne, des personnages illustres comme Gogol ou l’actuel président Volodymyr Zelensky, mais aussi la beauté de la nature et de l’architecture.
- L’Ukraine expliquée aux enfants, de Sylvain Cypel (La Martinière jeunesse).
DÈS 12 ANS
En son article 34, la Convention internationale relative aux droits de l’enfant demande à ce que les États protègent celui-ci contre l’exploitation économique et les travaux comportant des risques. La réalité est pourtant tout autre.
Les Frères noirs, roman graphique illustré par d’impressionnantes gravures réalisées à la carte à gratter, se déroule en 1838 entre la Suisse et l’Italie. Il raconte la réalité de deux jeunes garçons, Giorgio et Alfredo, arrachés à leur famille pour travailler comme ramoneurs, d’où le titre. Exploités par des trafiquants de main-d’œuvre infantile, ils étaient obligés de s’expatrier, abandonnés à leur sort, aux violences et aux maladies parfois mortelles.
Avec un sens aigu de la dramatisation, Lisa Tetzner raconte une réalité qui, malheureusement, se rencontre encore dans certains pays, même si c’est pour d’autres tâches.
- Les Frères noirs, de Lisa Tetzner et Hannes Binder (La Joie de lire).
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