Loisirs et culture
Le petit dernier
Nous avions déjà adoré le premier album réalisé en commun par Lisbeth Renardy et Thomas Médard, L’étrange collection de Mamita (éditions Les Fourmis Rouges), présenté dans le Ligueur en avril 2024. Ces artistes accomplis avaient joint leurs talents pour brosser le portrait d’une grand-mère imaginative, pleine de ressources. Forts de cette réussite, ils s’immergent avec Le petit dernier dans le quotidien d’une famille de trois enfants en se centrant sur le point de vue du cadet.
La place d’un enfant dans sa fratrie est un sujet qui a souvent été abordé dans les pages du Ligueur, éclairé par l’apport de psychologues et autres. C’est donc une approche à destination des enfants à partir de 3 ans que propose Le petit dernier. Ceux et celles qui sont cadet∙tes (ou l’ont été car il suffit d’une naissance pour changer de rang) se retrouveront aisément dans ce portrait et les situations précises présentées : hériter des habits des aîné∙es, être obligé d’aller au lit en premier, être confiné dans des seconds rôles au milieu des jeux des grand∙es, etc.
Il y a donc le frère Yosha, l’artiste, la sœur Mara, la sportive (on notera au passage que sa couleur de peau nous incite à penser qu’elle a été adoptée ou est née d’un couple métis…) et Eugène, le petit dernier qui raconte son vécu. Si cet album est le deuxième de Lisbeth Renardy avec son compagnon Thomas Médard, l’illustratrice a déjà une belle bibliographie à son actif et on reconnaît aisément son univers graphique chatoyant. Surjouant sur les tailles des protagonistes et jouant de formats différents, les illustrations sont truffées de détails du quotidien, un quotidien bien d’aujourd’hui. Le rendu de cette vitalité familiale passe aussi par les couleurs presque plastiques à la gouache.
Le frère et la sœur ne sont guère tendres avec le puîné et ont tendance à le tenir à l'écart. Ce qui au début peut sembler une gentille histoire comme il y en a dans plein de familles se révèle peu à peu le reflet de vraies douleurs, en particulier lorsqu’Eugène se sent « un intrus dans (sa) propre famille. Invisible. Incompris. Insignifiant. Infime. » Aussi décide-t-il de fuguer… L’histoire progresse au fur et à mesure d’une tension grandissante, tant au niveau du récit que du graphisme, avec de belles trouvailles de mises en page (comme le texte inscrit dans les faisceaux lumineux de lampes de poche). L’album nous réserve une dernière surprise lorsque nous découvrons à qui s’adressait le petit Eugène dans son récit. À partir de 3 ans.
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