Développement de l'enfant

Le sommeil, ça s’apprend

Les problèmes d’endormissement et de réendormissement sont fréquents chez les tout-petits

Votre enfant ne parvient pas à s’endormir seul. Il se réveille à plusieurs reprises la nuit. Rassurez-vous, ces problèmes d’endormissement et de réendormissement sont fréquents. Mieux, il est même possible d’y mettre fin.

Jeanne, 1 an, se réveille toutes les nuits. Pire, ses réveils nocturnes sont de plus en plus fréquents jusqu’à atteindre un éveil toutes les heures. Chaque réveil s’accompagne de pleurs, car la petite ne parvient pas à se réendormir seule. Ses parents ne savent plus quoi faire et se sentent complètement perdus. D’un côté, ils ne veulent pas laisser pleurer leur fille, d’un autre ils sont à bout et ne peuvent plus continuer ainsi.
Des histoires comme celles-ci, il y en a pléthore. Car en matière de sommeil, les parents se montrent très (trop ?) résistants. C’est le constat partagé par les expert·e·s consulté·e·s dans ce dossier. « On dit qu’il faut en moyenne dix ans de troubles du sommeil avant qu’un adulte ne consulte pour insomnie chronique », confirme Marie Bruyneel, somnologue en charge du laboratoire du sommeil au CHU St-Pierre (Bruxelles).
Pour les enfants, c’est pareil. « Certains parents poussent la porte de la consultation après des années de mauvaises nuits », constate Nathalie Ferrard, psychologue. Comment expliquer une telle pugnacité ? « La normalité dans le sommeil connaît une grande variabilité », avance Marie Bruyneel.
Il y a aussi ce sentiment de gêne, voire de honte, chez certains parents qui préfèrent passer sous silence leur calvaire nocturne. Comme si le fait de déclarer que son enfant ne fait pas ses nuits était un aveu de faiblesse ou un échec éducationnel. Et puis, il y a les stoïques, qui préfèrent ne pas se poser trop de questions. Dans tous les cas, un petit retour au B-A-Ba du sommeil peut s’avérer utile.

Embarquer pour le train du soir

Tout commence par l’endormissement, c’est-à-dire le moment où le besoin de sommeil se manifeste. Bâillements, sensations de froid, picotements des yeux sont autant de signaux envoyés par le corps pour avertir qu’il est temps d’aller se coucher. Le sommeil lent succède à la phase d’endormissement. Le sommeil lent est d’abord léger, puis devient progressivement de plus en plus profond. C’est pendant le sommeil lent que le corps se repose, que l’organisme fabrique des anticorps et que l’hormone de croissance est produite chez l’enfant.
Vient ensuite le sommeil paradoxal, phase de sommeil durant laquelle nous rêvons. L’endormissement, le sommeil lent et le sommeil paradoxal forment un cycle de sommeil qui dure en moyenne une heure trente.
Pourquoi parle-t-on de train du sommeil ? C’est une métaphore pour désigner le fait qu’être à l’écoute des signaux d’endormissement permet d’entamer le premier cycle au bon moment. À l’inverse, les ignorer nous fait louper le train et peut reporter l’endormissement jusqu’au cycle suivant.
Les parents l’ignorent souvent, mais chaque cycle est entrecoupé de micro-réveils, plus longs et plus fréquents après les deux premiers cycles de sommeil. Cela explique les réveils intempestifs de la petite Jeanne qui ne parvenait pas à enchaîner seule les wagons du sommeil.
« On avait essayé tous les trucs doux, mais rien ne fonctionnait. Une amie m’a parlé d’une psychologue comportementaliste. En deux consultations, c’était plié. Je lui ai donné 180€, mais j’aurais pu lui donner trois mois de salaire ! », raconte Élodie, la maman.
La recette miracle ? Une ligne de conduite à suivre et à laquelle on ne déroge pas. Ça tombe bien, c’est de cela dont le couple parental a besoin. « Quand Jeanne s’est mise à pleurer la nuit, nous avons suivi les règles en la laissant d’abord pleurer trente secondes. On lui a aussi dit des mots bien précis du style ‘Je ne t’abandonne pas, je suis à côté, si ça ne va pas, je reviendrais, mais tu dois te réendormir seule’. Progressivement, nous avons augmenté le temps de pleurs à une minute, deux minutes, puis cinq minutes, mais, au bout de trois nuits, c’était réglé ».

Doudou et rituel du soir comme compagnons de route

À partir de quand peut-on espérer une nuit complète ? Vers 6 mois, l’enfant a atteint la maturité cérébrale pour faire ses nuits, répondent Audrey Moureau et Louise Cordemans, pédopsychiatre et psychologue à l’Unité de jour Parents-Bébé de l’Hôpital universitaire des enfants Reine Fabiola (Huderf).
« Dès 2-3 mois, le nouveau-né est déjà capable d’enchaîner plusieurs cycles de sommeil. Vers 3 mois, l’enfant différencie le jour et la nuit. Plusieurs éléments peuvent aider l’enfant dans cet apprentissage, comme le fait de lui proposer des lieux différents pour les moments dédiés au sommeil la journée et la nuit. La luminosité et aussi tous les marqueurs de temps qui ponctuent la journée comme les repas, la promenade, le bain l’aident aussi à construire l’alternance du rythme de veille et de sommeil », souligne Audrey Moureau.
Le repère d’âge est une première balise, mais encore faut-il savoir comment s’y prendre pour accompagner l’enfant dans l’apprentissage du sommeil. « Dans l’acquisition du sommeil, il y a une triade importante composée de la fatigue, de la satiété et de la relaxation », explique Louise Cordemans.
La satiété désigne la satisfaction des besoins tant au niveau alimentaire que relationnel. L’enfant repu dont le réservoir affectif est rempli sera d‘autant plus enclin à basculer vers le sommeil. « L’environnement doit aussi être propice à l’endormissement », ajoute Audrey Moureau. Une pièce calme, une lumière tamisée, une température suffisante, voilà de quoi mettre votre petit·e dans de bonnes conditions.
L’objet transitionnel s’avère être aussi un bon compagnon de route pour gagner les bras de Morphée en toute autonomie, davantage encore pour celui ou celle qui rechigne à quitter les bras du parent. Parfois, l’enfant n’y prête pas attention et doudou fait simplement partie du décor, ce n’est que plus tard que l’enfant désignera l’heureux élu. Il arrive aussi que l’enfant en choisisse un en particulier qui sera son inconditionnel.
Parce qu’il est doux, qu’il a une odeur réconfortante, qu’il ne le quitte pas, le doudou peut jouer un rôle clé pour aider l’enfant à s’endormir ou se réendormir seul. Dans le cas de Jeanne, le doudou a même fait partie du conditionnement. « La psy nous avait conseillé de choisir un doudou attitré et de lui donner une place importante. Pendant quelques jours, doudou a mangé avec nous, Jeanne jouait avec, le prenait dans ses déplacements et tout naturellement est venu prendre place chaque soir dans son lit », explique Élodie.

À chaque enfant ses propres besoins

Le rituel du soir est une autre condition sine qua non à l’endormissement à partir de 4-6 mois. Moment privilégié, il vient clôturer la journée en beauté et permet au parent et à l’enfant de se retrouver une dernière fois avant d’entamer la nuit. Histoire du soir, relaxation, massage, chanson… À chaque parent de trouver ce qui fonctionne pour son enfant.
« Ce qui compte, c’est qu’il y ait un cadre toujours identique, car c’est de lui que dépend le sentiment de sécurité de l’enfant : les éléments s’enchaînent, immuables, et garantissent qu’il n’y aura pas d’imprévus », explique Louise Cordemans.
C’est là tout l’enjeu, car un enfant sait y faire pour réclamer une dernière histoire, un petit verre d’eau, un dernier câlin… Et le parent, de bon cœur, d’accepter. Mais c’est ainsi que monte le jeu des enchères au risque parfois de louper le coche de l’endormissement. Mathilde l’a constaté avec son petit Gustave, 22 mois.
« Je me suis fait prendre au piège. Il demandait toujours un truc en plus le soir. Finalement, on ne savait plus bien quand le rituel commençait et quand il terminait. C’est ma belle-mère lors d’un repas qui m’a fait remarquer que la mise au lit avait pris quarante-cinq minutes. »
Sylvie et Valentin aimeraient bien s’en tenir au rituel du soir. Mais depuis les 15 mois d’Anouk, leur petite dernière, il n’a cessé de s’étaler. « À 15 mois, l’enfant est au cœur de la période où il s’autonomise, c’est souvent l’âge où il apprend à marcher. Il comprend alors qu’il peut s’éloigner de son parent, ce qui déclenche de nouvelles peurs. Ces périodes de régression sont normales, c’est un cap à passer », analyse Audrey Moureau.
Cela fait maintenant plus d’un an que les parents se relayent un jour sur deux aux côtés de leur cadette jusqu’à ce qu’elle s’endorme. Pourtant, Anouk avait pris de bonnes habitudes et dormait seule. Et puis un changement de chambre et de lit ont signé une nouvelle ère, au grand dam des parents. Sylvie ne comprend pas ce qui coince. Sa fille dort avec sa grande sœur, accompagnée de son doudou fétiche et du foulard avec l’odeur de sa maman.
« Le fait de multiplier les moyens pour rassurer l’enfant peut paradoxalement induire du doute chez lui. Nous recevons en consultation des parents qui nous disent ‘J’ai tout essayé’, mais c’est parfois ce qui pose problème. L’enfant est perdu et ne se sent pas en confiance face à la diversité des réponses qu’il reçoit ou des variantes de mises au lit. »
Même topo quand apparaît la peur des monstres et compagnie vers l’âge de 3 ans. Le parent gagne à se montrer ferme et à préférer un ‘Non, les monstres, ça n’existe pas’, plutôt que de commencer à vérifier sous le lit ou ouvrir le placard et perdre ainsi de précieuses minutes à l’heure du passage du fameux train du sommeil.

EN PRATIQUE

Bon à savoir

  • Le bébé s’endort en sommeil agité à les pleurs sont un moyen d’endormissement et pas un signe d’appel à cet âge, surtout si l’enfant a les yeux fermés.
  • Les conditions d’endormissement sont importantes dans l’apprentissage du sommeil à si l’enfant s’endort en mangeant ou dans les bras du parent, il associe ces conditions à l’endormissement et peut chercher à retrouver ses composantes. Coucher l’enfant dans son lit encore éveillé, une fois qu’il est repu et a été câliné.
  • Pour faciliter l’apprentissage, miser sur le rythme et la répétition. Avoir des activités identiques d’un jour à l’autre, rythmer les repas et moments de sommeil aident l’enfant à se repérer dans le temps.
  • Pour bien dormir la nuit, il faut bien dormir le jour. Vers 6 mois, le bébé a encore besoin de trois à quatre siestes. Vers 9 mois, il passe à deux siestes et vers 18 mois à une sieste.

À LIRE

Livres références

Retrouvez toutes les informations, conseils et protocoles éprouvés pour aider votre enfant à s’endormir ou se réendormir dans ce livre de référence : Le sommeil, le rêve et l’enfant. De la naissance à l’adolescence (Albin Michel) et Mon enfant dort mal. Endormissements difficiles, réveils nocturnes : comment aider mon enfant à dormir (Pocket), par Marie Thirion et Marie-Josèphe Challamel.