Loisirs et culture
Il y a des œuvres de littérature jeunesse qui vous intriguent et vous invitent à feuilleter les pages. Elles sont singulières. Par leur dessin. Par leur approche. Par l’idée même qui a présidé à leur création. Le petit musée des différences est de celles-là. Née de l’imagination féconde de la Coréenne Suzy Lee, elle stimule l’imaginaire à partir d’objets… en porcelaine.
Ce livre est carrément fascinant. Chaque double page s’orne de la représentation de pots, de vases, de coupes. Dans un monde noir et blanc, le bleu vient faire vibrer la surface. Il est ornementation, mais aussi explosion de fantaisie. Il est aussi cadre finement tracé, un cadre généralement respecté, sauf quand les exceptions confirment la règle. Comme quand ce dragon se libère, prenant ses aises sur une double page.
Un imagier épuré
Le principe de l’ouvrage ? En vis-à-vis, des éléments de vaisselle en porcelaine dialoguent généralement dans l’opposition ou la complémentarité, c’est le dessus face au dessous, le rêve face à la réalité, l’avant face à l’après. Les images s’enchaînent entre philosophie et humour, élégance minimaliste et malice artistique.
Ce « petit musée des différences » joue sur les mots avec finesse tandis que le graphisme épuré ravit les pupilles curieuses. C’est un imagier étonnant, un « répertoire de contraires en porcelaine ».
Un art multi primé
Suzy Lee est née à Séoul. Son livre est ainsi un hommage aux créateurs des porcelaines exposées au Musée National de Corée dans sa ville natale. Tous les modèles des objets représentés par l’illustratrice viennent de là-bas. Ils ont été produits durant la période Joseon (1392-1910) et sont au centre d’un petit carnet technique dans les dernières pages.
Dans cet exercice de style singulier, Suzy Lee excelle. Ses talents de dessinatrice, consacrés par un prix Hans Christian Andersen en 2022 (c’est un peu le prix Nobel de littérature jeunesse), trouvent un terrain de jeu jubilatoire. Le résultat de son approche ludique a tout pour séduire différents publics. Les enfants, bien sûr, dès 5 ans. Mais aussi les parents. Surtout si elles et ils sont fans de culture coréenne.
Suzy Lee a déjà publié deux autres ouvrages chez Rue du monde, La peinture de Yulu et L’été de Vivaldi qui ont tous deux reçu une mention spéciale à la foire de Bologne en 2021 et 2022.
ZOOM
Sur les enfants
Lorsqu’elle a reçu le prix Andersen en 2022, Suzy Lee a prononcé un discours qui apporte un certain éclairage à son dernier livre. Il y est question de ce public de rêve que constituent les enfants.
« L’album est le média le plus classique et, en même temps, le plus innovant. Des myriades d’expériences ont été réalisées dans les albums. Et savez-vous pourquoi cela est possible ? Parce que les albums ont les lecteurs les plus créatifs et espiègles qui soient : les enfants. (...)
Les enfants sont transparents et lucides. J’ai beaucoup de respect pour ces êtres simples, mais brillants, qui traversent la première étape de leur vie en faisant de leur mieux.
Dans ce monde défavorable, il existe heureusement un média qui leur est ouvert. Je fais des livres d’images. Je fais ce que j’ai envie de faire. Je dessine librement pour exprimer toute la joie qui traverse mon âme et mon corps. Je le fais sérieusement, et je le fais de tout mon cœur dans un esprit ludique. C’est la meilleure façon pour moi d’exprimer mon respect à mes chers lecteurs. »
- Le petit musée des différences par Suzy Lee, édité par la Rue du monde. À partir de 5 ans.
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