Santé et bien-être

Les hormones font-elles grandir trop vite nos enfants ?

Il règne une certaine confusion sur les crises hormonales dès la plus tendre enfance. À tout âge, parents et spécialistes n’ont de cesse de mettre des maux sur le compte de la crise hormonale. Changements d’humeur, puberté précoce, variation de poids et de taille… Démêlons le vrai du faux et essayons d’être aussi fluides qu’un polymère d'acides aminés.

Mauvaise humeur, changements brusques de comportement… les bouleversements hormonaux provoquent des réactions incontrôlées chez les petit·e·s et le parent ne peut pas y faire grand-chose. => VRAI / FAUX

Beaucoup de phénomènes se mélangent dont certains qui échappent à la science. Le changement de comportements chez nos enfants dont tant de parents, de psys, de pédiatres et d’autres parlent ? Il n’est peut-être pas à chercher du côté médical. On a donné petit à petit la parole aux enfants et, devinez quoi, ils la prennent. Le répondant, la brusque transformation dans l’attitude, les sautes d’humeur… sont peut-être tout simplement des facteurs inhérents à la personnalité de nos petit·e·s.
Sur le plan hormonal, chez l’enfant, ovaires et testicules sont censés être au repos. Ils sont prêts à travailler, certes, mais ne le font pas. L’hypophyse ne donne pas d’ordre aux glandes sexuelles. Elle reçoit en revanche d’autres ordres de l’hypothalamus. Il existe donc une relation entre la sécrétion d’hormones et le système nerveux. Oui, les réactions hormonales interviennent parfois. Attention, tout de même. Votre enfant pleure pour un oui ou pour un non, par exemple ? Il peut juste s’agir d’une modification de l’émotivité. On s’y perd facilement et c’est toujours ardu de faire la part des choses. Une certitude : la puberté commence de plus en plus tôt. Même s’il n’existe pas de registre du développement en Europe, on estime une progression de 0,3 point d’avancée chaque année.
Le docteur Heinrichs rencontre de plus en plus de jeunes filles de 11 ans qui lui disent qu’elles sont préparées à être réglées puisque les copines ont déjà toutes leurs menstruations. C’est de plus en plus intégré dans les mœurs.

Il existe des techniques que l’on peut pratiquer en famille pour sécréter de l’endorphine et rendre plus heureux son enfant. Comme une gymnastique pour provoquer une réaction mécanique. Par exemple, la répétition des sons en i rend plus euphorique. => VRAI / FAUX

On aurait adoré que ce soit vrai lorsque l’on a posé la question. La meilleure façon pour rendre heureux son enfant ? C’est d’être présent. D’ailleurs, face à un petit·e qui ne va pas bien, des connaissances en hormones ou chimie ne suffisent pas. Il faut une approche globale. L’endocrinologie pédiatrique repose sur toute cette complémentarité tant scientifique que psychologique. Il est toujours utile de mener plusieurs investigations qui vont permettre de fermer des portes pour en ouvrir d’autres. Et à chaque fois, mieux vaut toujours se référer au médecin de famille. L’occasion de rappeler de toujours se méfier des croyances invérifiées en matière de bien-être.

Les troubles hormonaux peuvent provoquer des variations spectaculaires de poids qui peuvent se rétablir si on est suivi à temps. => VRAI / FAUX

Les problèmes liés au poids sont une des deux principales raisons qui attirent les parents chez les endocrinologues, avec la puberté précoce. Premier réflexe en cas de prise excessive ou de perte de poids d’un enfant : l’espoir qu’il existe peut-être un traitement. Il règne une certaine confusion entre santé mentale et dérèglement hormonal. Là encore, comme la réponse précédente, il s’agit de pistes qu’on pourra explorer pour se montrer le plus précis et rassurant possible.
Les variations de poids sont plus souvent liées à des troubles alimentaires qu'à la simple réponse hormonale. Toutefois, chez les enfants, une prise de poids peut en effet être liée à un excès de cortisone ou de mauvaise réparation des graisses. La piste endocrinologique est de toute façon une bonne porte d’entrée. Elle prévoit des examens poussés qui permettent de pouvoir évaluer d’où provient cette prise ou cette perte de poids.
Prenons l’exemple d’une piste hormonale : l’insuline. Habituellement produite par le pancréas, elle permet de maintenir le taux de sucre dans le sang. Le sucre présent dans le sang qui n’est pas utilisé lorsque l’insuline le transporte vers les cellules est stocké sous forme de graisses. Mais là encore, cette piste est plus souvent la conséquence que la cause multifactorielle. Gare aux conclusions trop rapides, donc, l'analyse hormonale n'explique qu'une partie du problème..

Les retards de croissance chez les enfants peuvent être traités. Les hormones de synthèse peuvent influer sur la courbe. => VRAI / FAUX

On commence à s’intéresser aux questions de taille de l’enfant à partir de 5 ans. Souvent parce qu’un tiers, un copain, une copine ou un adulte maladroit a fait une réflexion à l’enfant que celui ou celle-ci va relater au parent. Avant, il n’y a pas de distinction et même si Junior est plus petit que ses copains, copines, pas de problème. Une fois l’alerte enclenchée, les parents deviennent très inquiets. « Mais quoi, mon fils ne va pas faire 1m65, docteur ? », entendent plus souvent qu’à leur tour les spécialistes.
Ce retard de croissance peut être lié à un déficit de l’hormone de croissance, la somatotropine, naturellement produite par l’organisme. Il suffit alors de leur donner cette substance, sous forme synthétique, pour que nos jeunes pousses se remettent à se déployer.
Claudine Heinrichs de préciser que dans de tels cas, on ne parle pas de traitement qui améliorent mais qui développent. Et qui ne feront pas de miracle non plus. Car, la piste peut très bien être génétique, comme on l’a dit dans le chapitre précédent.
Et rappelons aux un·e·s e aux autres qu’il n’y pas de bonne ou de mauvaise taille. La seule qui vaille ? Quand les deux pieds touchent par terre, pouvez-vous expliquer avec humour à vos enfants.

La période de la préadolescence, c’est d’abord un chamboulement hormonal. => VRAI / FAUX

Vaste question qui nous a d’ailleurs inspiré ce dossier. Une fille de 7-8 ans qui connaît une puberté précoce est-elle une ado-naissante, terme qu'on entend de plus en plus aujourd'hui ?
D’un point de vue scientifique, la puberté dure quatre ans. Elle se déclenche dès que le corps est exposé à des petites quantités d’œstrogènes, des hormones sexuelles primaires, sécrétéés par les ovaires, le cortex surrénal, les testicules et le placenta.
Les jeunes filles consultent plus que les garçons chez qui les premières transformations physiques sont moins impliquantes que la naissance de bourgeons mammaires qui se terminent par des cycles de fertilité. Mais est-ce suffisant pour considérer ces enfants comme des ados ? Est-ce que ce n’est pas un changement de société ? Ces phénomènes comme ceux des lolitas, par exemple, ne précipitent pas de mécanisme hormonal, comme on peut le lire.
À l’inverse, on entend des parents à propos de leur enfant dire qu’il ou elle « ne veut pas grandir », ce qui sur le plan scientifique est impensable. Quoi qu’il en soit, sur le plan hormonal, la préadolescence ne signifie pas grand-chose. C’est déjà une première piste à exclure sur le long chemin de la compréhension de cette notion plutôt ambiguë.

Les perturbateurs endocriniens participent à la puberté précoce et font exploser les courbes de croissance. => VRAI / FAUX

Autre croyance que l’on entend beaucoup dans les discussions entre parents inquiets, mais qui n’est en réalité pas plus poussée dans les analyses scientifiques : les perturbateurs endocriniens présents partout brouilleraient les cycles hormonaux de nos chérubins. Ce que l’on sait et qui est sujet à études depuis les années 80 aux États-Unis, c’est le rapport des enfants à l’alimentation. Un point très interpellant.
Basé sur le développement mammaire comme échelle de référence, la communauté endocrino-pédiatrique observe que les mauvaises habitudes alimentaires croissantes depuis quarante ans provoquent un développement de plus en plus précoce, lié à la masse corporelle trop élevée. En cause, l’hypothalamus, qui reçoit un message erroné et commande au corps : « Allez, on est prêt ».
Le lien avec les perturbateurs endocriniens, quant à lui, est impossible à étudier, dans la mesure où tout le monde y est exposé. Des études sont menées sur des hypothalamus de rats qui sont difficiles à comparer avec ceux des humains. Les outils de mesures vont certainement s’améliorer dans les années à venir.
Toujours est-il qu’il y a une grande confusion chez les parents. Rassurons-les sur un point : il est impossible pour eux de contrôler ou prévenir cette puberté précoce. Ce qui n’empêche pas de diminuer au mieux les plastiques de tous bords, paillettes, aliments industriels, cosmétiques bourrés de chimie, etc. Tout en se méfiant évidemment, d’un phénomène dont on vous a déjà mis en garde : celui du marketing de la peur.

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