Développement de l'enfant

Les papas, plus vite débordés ?

Les papas dans l'organisation du quotidien avec leur bébé

« Même quand les deux parents travaillent, c’est la maman qui se lève la nuit s’il y a un problème, parce que le papa n’entend pas le bébé pleurer ! Jérémie va chercher le sac pour la balade mais il ne pense pas à vérifier s’il y a tout ce qu’il faut dedans, comme un bavoir par exemple. Quand je le lui fais remarquer, il me dit : "Pour quoi faire, un bavoir ?" Même chose au retour de la balade, cela ne lui vient pas à l’idée de vider le sac et de regarder s’il y a des trucs sales à laver. Ou alors, il va chercher Sam à la crèche et ne s’aperçoit même pas qu’il est sans body parce qu’il a vomi dessus. Les hommes ont-ils la tête ailleurs ? Tout ce qui roule roule, d’accord. Mais, quand même, ils ont moins certains automatismes. Et ils sont plus vite débordés par les choses. J’hallucine pour les détails pratiques. C’est nous, les mères, qui les gérons, encore et toujours. » Alors, comme le soutient Leïla, la maman du petit Sam, les pères sont-ils, en général, plus vite débordés que les mères ?

En ce XXIe siècle, on rêve d’une meilleure répartition des tâches parentales. Certes, elle s’observe par petites ou grandes touches ici et là, peut-être chez vous, mais rien ne semble radicalement évoluer d’un point de vue sociologique.
Qu’en est-il chez vous, justement ? Les jours passent et « tout suit son cours », note simplement une jeune mère. De gros changements surviennent ou se profilent pourtant, comme la reprise du boulot côté maman. L’occasion pour le papa de réorganiser son quotidien ? « La question du partage des tâches, c’est tout le temps qu’elle se pose, dès le premier jour de vie de l’enfant », assure une autre maman. Une troisième : « On devient parent et cela a un côté inné. Mon compagnon me pose sans cesse des questions parce que "toi, tu sais", dit-il. Mais je n’ai pas toujours la solution, la bonne solution. »

Des vécus et des attentes à l’infini

Dans l’organisation de la vie avec un tout-petit, il y a une tellement grande variabilité de vécus… et d’attentes aussi. « La place que prend le papa dépend en partie de la place que lui accorde la maman dans sa tête, observe Reine Vander Linden, psychologue clinicienne. Il y a des mères qui attendent tout du papa, d’autres qui n’en attendent rien, des mères qui sont persuadées que leur homme ne sait pas y faire avec un tout-petit et donc ne laissent pas faire, des mères qui sont sur le terrain de la rivalité et veulent montrer qu’elles sont infiniment meilleures que leur compagnon, des mères qui acceptent la passivité du père et d’autres qui se battent contre le manque d’anticipation de leur homme… La question de l’organisation au quotidien, et donc des rôles de mère et de père, est omniprésente dès l’arrivée de l’enfant. Mieux vaut qu’elle soit parlée, discutée qu’implicite, avec son lot d’attentes frustrées et de non-dits… Si la maman attend tout du papa mais ne le lui dit pas parce que, quand même, il devrait deviner si c’était un bon père, ou si, malgré un partage heureux et plaisant des rôles, le papa oublie de vider le sac après la promenade et que ça énerve la maman, des petites épines vont venir "fatiguer" la relation père-mère autour du bébé. J’invite vraiment les papas à interroger leur femme sur le sujet : "Et toi, comment vois-tu mon rôle de père ?" » Et vice versa, bien sûr !

Reine Vander Linden - Psychologue
« Il y a toujours ce principe de poupées gigognes qui joue : le papa prend soin de la maman et l’aide à ce qu’à son tour elle prenne soin de son bébé »
Reine Vander Linden

Psychologue

Des styles se révèlent. « Je ne m’attendais pas du tout à ce que mon compagnon soit doux avec notre bébé, lui qui est toujours tellement hard. » Ou : « Je ne supporte pas que le papa fasse tout le temps l’avion avec Gabriel ; c’est fou, il ne voit pas que le petit crache et a plutôt besoin de calme. » Ces styles concordent parfois avec ce qu’on avait imaginé, ils sont parfois en totale contradiction avec ce qu’on pensait. Et donc, cela peut créer de la tension, du bonheur, du souci…

Quelques heures sans penser à son bébé ?!

« Oups, j’ai passé la matinée sans penser à mon bébé ! » Vous permettez-vous, comme maman, d’être distraite de votre enfant parce que, par exemple, ayant repris le travail, une tâche passionnante vous absorbe ? Certaines mères en sourient : « C’est chouette, je me détache de mon bébé… » D’autres, à l’inverse, sont prêtes à « se flageller » et se culpabilisent parce qu’elles s’estiment être une mauvaise mère. Ici aussi, de grandes différences existent d’une femme à l’autre.
Idem chez les hommes. Les papas se surprennent à vivre cette réalité bien plus tôt parfois. Une journée de sport avec les copains, on s’amuse, on rit et, le soir, on s’avoue : « Zut, je n’ai pas pensé à mon bébé et à ma femme… » Ceci frise la caricature, mais cela peut être tellement vrai aussi.

Les papas dans l'organisation du quotidien avec leur bébé

C’est quoi, un papa « suffisamment bon » ?

Si vous, la maman, reprenez le travail, le papa va sans doute devoir réaménager des éléments de sa propre vie. On parle de la maman qui a tout en elle pour être « suffisamment bonne », selon la formule du psychanalyste Donald W. Winnicott. C’est quoi, à ce stade-ci, un papa « suffisamment bon » ? « Un père qui a un chouette contact en direct avec l’enfant mais qui est aussi attentif à sa femme qui a beaucoup à gérer, qui galère peut-être pendant toute la journée, répond Reine Vander Linden. S’il peut reconnaître, soutenir et valoriser les mérites de sa femme, cela va faire directement du bien à l’enfant. Il y a toujours ce principe de poupées gigognes qui joue : le papa prend soin de la maman et l’aide à ce qu’à son tour elle prenne soin de son bébé. Et cela, sans esquiver sa place en première ligne auprès de l’enfant. »
Les femmes qui reprennent le chemin du travail racontent souvent que, de retour à la maison, elles débutent leur deuxième journée avec le bébé. Alors que, rentrant à la maison après le travail, les hommes se donnent davantage le choix : si certains mettent les pieds dans leurs pantoufles, d’autres, au contraire, mettent la main à la pâte.

L'AVIS DE L'EXPERTE

Parlez de vos émotions

Reine Vander Linden, psychologue en périnatalité

Parfois, trois mois plus tard, les mamans comme les papas ont encore du mal à digérer l’accouchement.
À ce sujet, j’ai envie d’adresser d’abord un message aux pères. Vous avez peut-être protégé votre femme des émotions fortes que l’accouchement, la naissance ont amenées chez vous, en vous disant qu’elle aussi a vécu des secousses, en vous disant aussi qu’à la place que vous occupez, vous l’« enveloppez », elle, la maman, et ne voulez pas la charger davantage. Vos émotions, vous les avez gardées pour vous. Vous continuez peut-être aujourd’hui à être envahis par des pensées et des images compliquées en relation avec l’accouchement, la souffrance de votre femme, votre impuissance à la soulager… au point d’en avoir le sommeil perturbé ou d’éprouver des sautes d’humeur ou de l’agressivité. Cela fait du bien d’en prendre conscience, d’établir des liens entre le trash de l’accouchement et vos émotions actuelles, d’en parler avec votre femme.
Et vous, les mamans, vous avez peut-être vécu un accouchement difficile alors que vous pensiez qu’il allait bien se dérouler, comme subir une césarienne sous anesthésie générale ou dans un climat d’urgence, ou votre bébé a peut-être dû séjourner (même quarante-huit heures) dans un service néonatal. Trois mois plus tard, vous ressentez peut-être toujours de la tristesse et des regrets… même si tout va bien pour votre bébé. Ce vécu qui n’était pas votre rêve a laissé des traces en vous. N’hésitez pas à interpeller votre gynécologue s’il y a des aspects de votre accouchement que vous n’avez pas compris. Et n’hésitez pas à entraîner le papa dans ce rendez-vous de clarification. Parlez aussi à votre bébé des émotions difficiles qui vous habitent, dites-lui votre peine de n’avoir pas pu l’accueillir comme vous l’aviez rêvé. Même s’il ne comprend pas vos paroles, partager avec lui ces émotions cachées va permettre que celles-ci ne soient plus un obstacle entre lui et vous mais une occasion d’échanges, une manière de tisser le lien.

LES PARENTS EN PARLENT…

Ah, les habitudes !
« J’ai l’impression que mon homme s’investit moins pour notre deuxième enfant que pour notre premier. Notre grand a passé deux semaines en néonatologie. Alors, le papa s’est impliqué à fond… tout naturellement : il a pris congé, il s’est dit que c’était important qu’il prenne sa part dans les choses à faire. Mais les bonnes résolutions prises pour le premier enfant semblent oubliées avec le second ! Je pense que la durée du congé de paternité joue dans cet état de choses. Et puis, la routine s’installe rapidement : j’ai pris l’habitude de m’occuper des deux enfants, c’est comme ça. Alors, oui, mon mari pourrait faire davantage, il en a conscience, mais il arrive souvent que la petite soit endormie lorsqu’il rentre le soir… »
Lisa, maman d’Eliott et de Sara

Effacement ?
« Pour éviter toute engueulade entre la maman et moi, je fais les choses comme je pense qu’elle veut que cela se fasse ou j’en fais moins. Mais elle finit par me reprocher de ne plus prendre aucune initiative. Sans compter que ma personnalité s’efface complètement. Elle ne me reconnaît plus (et moi non plus) : "Je n’ai pas épousé un robot ou quelqu’un d’aussi mou." »
Rémy, papa d’Olivia

« Je n’ai pas le réflexe, mais… »
« Une femme ne réfléchit pas pendant des heures, elle fait les choses qu’elle doit faire avec son bébé. Notre vocabulaire, à nous les hommes, ne comprend pas le mot "sacrifice", alors c’est vrai que les papas, même les papas modernes, sont d’une façon générale moins actifs, moins entreprenants. En même temps, je ne suis pas complètement en décalage… J’ai un esprit très pratique, j’aime bien ranger et je range, je ne prépare pas les repas mais je fais autant le ménage que ma compagne. Je lui répète souvent : "Si t’as besoin que je fasse quelque chose, je n’ai pas forcément le réflexe d’y penser mais dis-le-moi." Et elle ne se gêne pas pour me le dire, alors je m’exécute. »
Julien, papa de Pauline

Une base solide
« Avec Mila, notre premier enfant, on n’était pas fatigués. Elle a vite dormi. Avec Félix, notre second, c’est autre chose : les nuits sont courtes. J’apprends à "vivre fatigué". D’où des tensions au sein de notre ménage. Le bébé se réveille en pleine nuit ou il ne veut pas dormir, il pleure, et la tension monte, monte… Difficile de garder son calme ! Depuis que Félix est là, on ne dort quasi plus dans la même chambre. Le couple en pâtit. Heureusement, c’est évident que mon épouse et moi, on soit ensemble : on a une base solide qu’elle m’a appris à voir. »
Tristan, papa de Mila et de Félix

Choisir, c’est renoncer
« Peut-être qu’aujourd’hui, avec mes deux enfants, je vois moins mes potes, mais plus mes amis. Il y a des liens qui s’effilochent et d’autres qui se consolident. Côté vie sociale, j’ai laissé tomber des choses, ma compagne aussi. Lorsqu’on choisit d’avoir des enfants, il faut se dire que choisir, c’est renoncer. »
Maxime, papa de Juliette et de Félicia

PENSEZ-Y

Qui s’occupe de quoi ?

Votre bébé a 3 mois. Déjà ! Vous n’imaginez plus la vie sans lui. Vous atteignez une vitesse de croisière, VOTRE vitesse de croisière. Mais la fatigue s’accumule aussi. Les habitudes s’installent de façon prégnante. Les unes agacent, les autres soulagent…
La reprise du boulot côté maman ne serait-elle pas une chouette occasion de vous interroger en couple sur l’organisation de votre quotidien ? Quelles sont vos attentes, à l’un et à l’autre ? Comment voyez-vous le rôle de maman, le rôle de papa ? Comment les rêvez-vous ? Comment pouvez-vous faire pour ne pas vous laisser déborder par votre petit bout ? Qui s’occupe de quoi ?…