Développement de l'enfant
« Manon profite de mon arrivée à la crèche pour me montrer tout ce qu’elle sait faire… et elle continue à jouer : elle fait des cabrioles, elle m’entraîne vers la piscine à boules, elle m’amène une peluche ou deux… Là, je suis enceinte et écartée de mon travail, j’ai donc du temps pour elle, je ne la presse pas », décrit Aurélie, la maman de cette petite de 19 mois.
En intéressant sa maman à ce qui l’a occupée pendant ses journées à la crèche, Manon a compris qu’elle peut attendre d’elle qu’elle s’émerveille devant ses découvertes.
Même si elles se répètent, les retrouvailles avec votre petit bout à la crèche n’ont rien d’un moment anodin, d’autant que vous êtes soumis au regard des professionnelles qui s’occupent de lui. À chaque parent, sa façon d’accueillir son enfant. À chaque bambin, sa façon de se connecter à son parent. Et d’exprimer les émotions qui le submergent à cet instant précis : joie des retrouvailles, tension de l’attente, colère d’avoir été laissé… Vous nous racontez : Inès lance de joyeux « papa » ou « mama » dès qu’elle vous voit arriver, vous son père ou sa mère, ou entend vos voix. Kader court vers vous en tendant les bras. À votre vue, Max s’enfuit souvent… pour mieux vous faire réagir ?!
Y aurait-il de meilleures retrouvailles que d’autres ? « La bonne formule est compliquée car, d’une part, il y a le besoin, non énoncé, de l’enfant d’un passage de témoin entre ses différents milieux de vie pour qu’il ne se retrouve pas en difficulté (qui, du parent ou de la puéricultrice, tient les règles à ce moment particulier de transition ?) et, d’autre part, il y a la réalité de la vie de l’adulte – avec les horaires à respecter, la fatigue accumulée, éventuellement un grand frère ou une grande sœur à aller chercher à l’école », explique Reine Vander Linden, psychologue clinicienne.
Passage de témoin
Votre attitude lorsque vous déposez votre petit à la crèche (ou chez ses grands-parents ou des amis pour un week-end) et lorsque vous le reprenez a un impact sur son « confort », et donc sur son humeur. « L’enfant qui passe de la crèche à la maison vit une discontinuité d’expérience. Bien sûr, pas comme quand il avait 3 ou 4 mois… Mais, à chaque fois, cela lui demande de se réadapter à son autre milieu. Comme parent, on peut faciliter cette réadaptation en y étant attentif. »
À chaque parent, sa façon d’accueillir son enfant. À chaque bambin, sa façon de se connecter à son parent
Comment ? L’enfant saisit vite comment son parent se comporte d’habitude avec lui. Et là, les scénarios peuvent être très différents. Quand il vient la chercher à la crèche, le papa de Lucie se montre dispo pour sa petite. Elle lui montre peut-être son jeu favori du moment. La puéricultrice et le papa partagent les nouvelles du jour, avec une Lucie au centre de la conversation… qui devient un vrai « trialogue » : « Hé, Lucie, tu as fait ceci, tu vas me raconter, on va refaire la même chose à la maison… » La petite comprend que le fil n’est pas coupé entre la crèche et la maison. La maman de Jules, quant à elle, est pressée. Trois mots à peine échangés avec la puéricultrice par-dessus la tête de Jules, et ils sont dehors. Cela donne une sensation tout autre à l’enfant. Voilà deux scénarios peut-être caricaturaux, mais significatifs…
« Si vous ne faites pas le relais avec les puéricultrices, l’enfant risque plus de faire des colères, une fois dehors, conclut la psychologue. Parce qu’il n’a pas envie de quitter la crèche sans un rituel d’au revoir. Parce que cela crée une discontinuité d’expérience, d’où un malaise et une tension à l’intérieur de lui qui peuvent faire jaillir des colères. »
BON À SAVOIR
Des réponses ajustées…
L’enfant comprend vite quel genre de sollicitude son parent a à son égard. Et il sait vite ce qu’il peut en attendre. « Si le parent donne des réponses ajustées à ses besoins, il va lui demander du réconfort et de l’attention quand il en a besoin, éclaire Reine Vander Linden. Par contre, s’il ne reçoit pas souvent de réponses ajustées à ses besoins, il va rester à distance, comprenant que c’est plutôt sur ses propres ressources qu’il doit compter. »
Attitude plus complexe : certains enfants vont vouloir être près de leur parent pour retrouver leur sécurité, tout en se rendant compte que, parfois, ce parent ne leur donne pas de justes réponses à leurs besoins. « Quand ils vont être en sa présence, ils vont juste avoir envie de l’attaquer pour toutes les fois où il n’a pas été adéquat avec eux. »
LES PARENTS EN PARLENT…
Vite, vite ?!
« J’ai eu une période hard au boulot. J’arrivais à la dernière minute à la crèche pour récupérer Myrtille. Tout se faisait vite, vite. Ça a été une période compliquée pour elle : elle faisait colère sur colère quand on quittait la crèche. Et l’ambiance après, je ne vous dis pas : l’énervement généralisé ! Ce n’était plus possible pour personne. Après discussion avec sa maman, je me suis dit : maintenant, stop ! Il fallait que le passage crèche-maison soit plus cool. »
Paul, papa de Myrtille, 19 mois
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