Société
L'inspiration vient du rêve et de l'espoir
Dans le bus, un enfant est plongé dans une carte géographique. Pas vraiment de son plein gré. Cela se voit. Maman le houspille. « Allez, concentre-toi ! Monsieur vous interroge là-dessus, ce matin ».
Un mot sur la carte capte l’attention du gamin. Là, près des États-Unis. Dans la mer. Golfe du Mexique. « Tu as vu, Maman ? Ils n’ont pas encore changé le nom ! ». Maman oublie l’urgence de la leçon et se lance, avec conviction, dans une grande tirade anti-Trump très argumentée, rappelant, au passage, qu’un livre, ce n’est pas comme internet, on ne change pas son contenu sur le coup de tête d’un « cinglé ».
L’espace d’un instant, je me suis dit que ce serait quand même assez rassurant d’avoir « Maman » au gouvernement. Vous voyez, quelqu’un qui analyse les choses. Les replace dans leur contexte. Hiérarchise les urgences pour le bien-être, le futur de ses enfants. Et, cerise sur le gâteau, gratifie le petit d’un regard plein d’amour lorsque le bus le dépose à l’arrêt de l’école.
« Maman » ne croit pas que remplacer un mot par un autre va changer sa vie. Elle pense surtout qu’il y a des mots qu’il ne faudrait plus entendre (violence, haine, harcèlement…). « Maman » ne croit pas qu’un chômeur, une chômeuse doit gagner moins que quelqu’un qui travaille. Elle pense surtout qu’elle devrait gagner plus pour subvenir aux besoins de son petit. « Maman » ne croit pas que diminuer les aides sociales va aider les citoyen·nes. Elle pense surtout à sa voisine du dessous, maman solo de trois enfants, qui rame pour trouver un boulot et qui s’inquiète des mesures d’économie prises par le gouvernement. « Maman » a le front anxieux. Mais qui ne l’a pas en ces temps incertains ?
Bon, je n’ai pas accès aux pensées de « Maman ». Je m’emballe sans doute. Je projette peut-être. Mais je pense que je ne suis pas loin de la vérité. Un peu partout dans le monde, on voit émerger des gouvernements, des dirigeant·es qui surfent sur le populisme des réponses simplistes et de la démagogie du slogan qui fait mouche. La cohérence politique n’est plus de mise. À défaut de vision globale, c’est la chasse à l’opportunité qui fait office de guide, les budgets inspirent les mesures alors que c’est l’inverse qui devrait prévaloir. L’inspiration vient du rêve et de l’espoir, pas d’une soustraction ou d’une division. L’inspiration vient du terrain et de l’action, pas d’un travail en chambre désincarné ou d’étiquettes toujours plus stigmatisantes.
L’organisatrice d’un festival à haute valeur familiale et sociétale me confiait dernièrement son désarroi face aux subsides qui permettent à son asbl de mettre en place son événement phare. « J’ai l’impression qu’ils croient qu’on se met de l’argent dans les poches. Mais très concrètement, cet argent, il sert à quoi ? À payer un brasseur, un loueur de tentes… Cela fait fonctionner l’économie locale. Mais voilà, on actionne la cible facile des ‘asbl profiteuses’ et on prend des mesures qui, en fait, assèchent une partie de l’économie et torpillent la cohésion sociale. D’une pierre, deux coups néfastes. Ce n’est pas du gagnant-gagnant, c’est du perdant-perdant ».
Attention, danger ! Face aux promesses populistes et vérités alternatives assumées, il s’agit d’être plus vigilant·e que jamais. Il serait inquiétant de ne même plus s’étonner d’entendre le président des États-Unis projeter de transformer la bande de Gaza en Côte-d’Azur. De voir les femmes terriblement sous-représentées dans un gouvernement. De constater que les milliardaires affairistes se substituent aux élu·es. Notre maman du bus a bien compris que la météo politique n’est pas à l’endormissement ou à l’inattention. « Maman » est digue. Elle est affection. Elle est force. Elle est bienveillance. Elle est badass. Elle nous fait penser que rien n’est perdu et que, dans ce monde à la dérive, ramener un peu de raison musclée et d’amour bien trempé est loin d’être superflu.